Incendie de Notre-Dame : les autorités cachent-elles vraiment un scandale sanitaire lié à la présence de plomb ?

Incendie de Notre-Dame: les autorités cachent-elles un scandale sanitaire lié à la présence de plomb?
Incendie de Notre-Dame: les autorités cachent-elles un scandale sanitaire lié à la présence de plomb? - © BERTRAND GUAY - AFP

L’incendie de Notre-Dame survenu il y a quelques mois a provoqué une pollution au plomb dans les alentours de la cathédrale. C’est ce que rapportait le site Mediapart il y a quelques jours. Pourtant, ni la préfecture de police ni l’agence régionale de santé ne semblent s’alarmer des taux constatés. La question inquiète toutefois les riverains concernés par d'éventuelles retombées sanitaires.

Des taux de concentration au plomb 400 à 700 fois supérieurs au seuil autorisé auraient été constatés sur les sols à l’intérieur et aux alentours de la cathédrale suite à la fusion de plusieurs centaines de tonnes de ce matériel nocif, contenu notamment dans la flèche et de la toiture de la cathédrale. C’est ce qu’affirme Mediapart qui parle ici de "scandale sanitaire".

"Pas de mesures de protection particulière"

Ainsi, selon des documents officiels, les prélèvements seraient de 10 à 740 fois supérieurs au seuil autorisé à l’intérieur de la cathédrale. Ils seraient 500 fois au-dessus du seuil réglementaire sur le parvis et de 2 à 800 fois supérieurs à ce seuil à l’extérieur de la zone du chantier ainsi que sur certains ponts, squares et rues environnantes.

Le média avance que ces chiffres n’ont pas été rendus publics pour ne pas alarmer les riverains ou les personnes travaillant à proximité de la cathédrale. Interrogée par Mediapart, une des personnes en charge des prélèvements s’alarme du comportement des instances de l’État, qui agiraient "comme lors de la catastrophe de Tchernobyl en 1986".


►►► A lire aussi : Incendie de Notre-Dame de Paris : les images avant et après


De leur côté, la préfecture de police et l’agence régionale de santé île de France jouent la carte de l’apaisement. La préfecture de police aurait lancé des prélèvements mais les mesures effectuées dans l’air indiquent que les valeurs recensées sont inférieures au seuil réglementaire de 0,25 µg/m3.

Dans un communiqué publié il y a quelques mois, la préfecture conseillait aux populations vivant à proximité immédiate de Notre-Dame "de procéder au ménage de leur habitation ou local et de leurs meubles et objets, à l’aide de lingettes humides pour éliminer tout empoussièrement".

De son côté, l’ARS affirme via un communiqué publié la semaine dernière que par mesure de sécurité, certains espaces comme le parvis ont immédiatement été fermés au public. Celui-ci précise qu’il n’existe aucune "norme sanitaire" en matière de "poussières extérieures", que ces mesures dans l’espace public peuvent être "très hétérogènes", et qu’il n’est pas sûr que les niveaux relevés soient forcément liés à l’incendie de la cathédrale. Elle fait également savoir que des prélèvements montrent ponctuellement des valeurs élevées mais que ces résultats ne nécessitent pas des mesures de protection particulière.

Quels sont les dangers ?

Couramment utilisé dans de nombreuses applications comme dans le bâtiment, l’industrie ou encore ou l’artisanat, le plomb est un métal toxique qui peut entraîner d’importants risques sanitaires. "Les métaux comme le plomb ont une toxicité qui est en général cumulative. L’organisme a du mal à s’en débarrasser car il ne peut pas les transformer ou les métaboliser. Ils doivent donc être éliminés d’une façon ou d’une autre, soit par le foie soit par le rein", explique Philippe Hantson, professeur de toxicologie à l’UCL.

A ce titre, il faut différencier les toxicités chroniques et aiguës. En ce qui concerne le plomb, on parle fréquemment de toxicité chronique car le plus souvent, des populations sont exposées à de faibles concentrations à leur insu, pendant plusieurs mois voire plusieurs années. "Des douleurs abdominales, une insuffisance des reins ou une difficulté de production des cellules sanguines sont des symptômes que l’on rencontre dans les formes chroniques de contamination", rajoute le Professeur Hantson.

Concernant la forme aiguë d’intoxication au plomb, comme ce fut le cas pour l’incendie de Notre Dame de Paris, il s’agit plutôt d’une exposition inhabituelle à un taux élevé de plomb sur quelques jours par exemple, soit par inhalation de vapeurs ou ingestion. "A ce moment-là, les symptômes sont plutôt neurologiques et relèvent de l’ordre des maux de tête, des douleurs au ventre, voire de comas dans les cas les plus aigus. Ces formes d’intoxication aiguë sont plutôt rares".

Jusqu’à présent à Paris, un seul cas de saturnisme aurait été décelé en juin chez un jeune enfant contenant un taux de plomb supérieur au seuil recommandé de 50 microgrammes par litre. "Ce n’est pas parce que vous y êtes confronté une fois que vous allez développer des problèmes. Vous pouvez en éliminer une partie. Le grand problème du plomb, c’est surtout une exposition chronique", nuance Philippe Hantson.

Manque de transparence ?

Face aux potentiels risques de santé publique, des élus de gauche au Conseil de Paris ont interpellé ce mardi le préfet de police exigeant une cartographie des taux de pollution au plomb. "Quelles sont précisément les valeurs relevées autour de la cathédrale et quelles mesures ont été prises pour préserver la population ?", a interrogé Danielle Simonnet (LFI), évoquant "un terrible scandale". "Le ministère de la culture, la préfecture de police, l’Agence régionale de santé (ARS) et la mairie de Paris sont coresponsables dans ce silence", a-t-elle ajouté.

Philippe Hantson n’est pourtant pas aussi alarmiste. Selon lui, des particules de plomb se sont effectivement répandues durant l’incendie mais considérant leur côté très lourd, elles ne stagnent pas longtemps dans l’atmosphère. "Dans un espace ouvert, ces poussières de plomb au sol ne seront pas spécialement inhalées. Quelques particules ramenées sous les chaussures ne vont pas forcément occasionner un problème majeur".

L’ARS ne cache pourtant pas que les résultats de prélèvements effectués sur le parvis montrent que "les premières mesures de nettoyage n’ont pas eu l’efficacité souhaitée" et que d’autres prélèvements dans les logements et structures collectives doivent à nouveau être opérés pour s’assurer que des valeurs supérieures ne soient pas recensées.

"Dans le périmètre direct de la capitale, des endroits peuvent contenir des quantités de plomb, sous forme de poussières, qui doivent être importantes. Mais parler d’un nuage toxique qui s’est répandu avec des concentrations importantes de plomb dans un périmètre extrêmement large, je pense que c’est beaucoup plus difficile à affirmer", précise le professeur de toxicologie.

Au-delà des riverains de la cathédrale, ce sont aussi les travailleurs du chantier dont certains travaillent sans protection ou les pompiers qui sont intervenus sur l’incendie, qui pourraient être concernés par ces conséquences sur la santé. Le risque est également que ces conséquences ne se manifesteront pas forcément dans l’immédiat mais parfois quelques années plus tard sans que l’on en fasse forcément un suivi approprié.

L’ARS a récemment conseillé aux enfants de moins de 7 ans, plus sensibles au plomb que les adultes, et aux femmes enceintes d’effectuer une plombémie, soit une analyse de la mesure de plomb dans le sang. Elle effectuera également un bilan trois mois après l’incendie, soit dans quelques jours. Si les autorités semblent quelque peu avoir manqué de transparence au niveau des données avancées, l’ampleur de la situation et les retombées sanitaires restent encore compliquées à évaluer.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK