Incendie au camp pour réfugiés en Grèce : "Ce camp de Moria était loin de toute humanité"

Aucune personne n'est morte dans l'incendie du camp de réfugiés de Moria, sur l'île grecque de Lesbos, ont indiqué mercredi les autorités grecques. Une enquête a été lancée pour déterminer combien de personnes sont devenues sans-abri, a déclaré le ministre grec de l'Asile et migration, Giorgos Koumoutsakos, lors d'une conférence de presse à Athènes.

L'incendie s'est produit dans la nuit de mardi à mercredi après des tensions liées au confinement obligatoire qui a été décrété après que plusieurs personnes ont été testées positives au coronavirus, a déclaré le ministre.

Des demandeurs d'asile à l'origine de l'incendie

Des demandeurs d'asile sont à l'origine des incidents qui ont provoqué l'énorme incendie, a affirmé mercredi le ministre des Migrations Notis Mitarachi.

"De nombreux foyers se sont déclarés dans le camp dans la nuit de mardi à mercredi (...) Les incidents à Moria ont éclaté quand des demandeurs d'asile ont protesté contre la quarantaine" imposée dans le camp après la détection de 35 cas de Covid-19, a indiqué le ministre lors d'une conférence de presse sur l'île, assurant qu'il n'y a pas eu de "blessés graves".

La Commission européenne a annoncé qu'elle prendrait en charge le transfert immédiat vers la Grèce continentale de 400 enfants et adolescents se trouvant dans le camp.

De son côté, le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef), a dit se tenir prêt à aider et à répondre aux besoins urgents de plus de 4.000 enfants, dont 407 mineurs non accompagnés extrêmement vulnérables.

Le camp de Moria, considéré comme le plus insalubre d'Europe

Moria, le plus grand camp de candidats réfugiés, considéré aussi comme le plus insalubre et inhumain d’Europe, a été la proie des flammes mercredi matin, un violent incendie ayant ravagé infrastructures et abris sur place. Le camp a été évacué aux petites heures par les autorités grecques. Situé sur l’île de Lesbos, Moria hébergeait près de 13.000 personnes, parmi lesquelles près de 40% d’enfants, en attente de statut.

Les flammes se sont propagées à partir d’endroits du camp regroupant la trentaine de personnes mises en quarantaine sanitaire, car testées positives au nouveau coronavirus. L’incendie a été attisé par des vents violents. Son origine est encore indéterminée.

Certains résidents accusent des personnes vivant sur l’île, d’autres pointent du doigt des migrants. "Il semblerait que les feux aient commencé autour d’endroits où étaient isolés les premiers cas connus et détectés positifs", à la Covid 19, explique Stéphane Oberreit, chef de mission de l’ONG Médecins sans frontières (MSF) en Grèce et dans les Balkans du nord.

L’incendie a provoqué une panique généralisée dans le camp. "Il semblerait que le camp soit un champ de ruines, et qu’il n’y ait plus rien qui soit utilisable. L’intensité du feu a fait exploser des bouteilles de gaz, qui ont été comme des bombes… Ça a été un désastre", ajoute Stéphane Oberreit.

Aujourd’hui, les personnes hébergées dans le camp se retrouvent pour la plupart sur la route qui mène à la plus grande ville de l’île, Mitilini, "bloquées par les autorités".

En profiter pour évacuer définitivement ce camp ?

Ce n’est pas la première fois que les flammes détruisent le camp de Moria. En 2019, une réfugiée et son bébé sont morts dans un mystérieux incendie qui a été suivi par de violentes émeutes. En 2020, c’est un enfant qui décède dans les flammes.

Les autorités grecques étaient critiquées depuis des mois pour la gestion de ce camp, prévu pour accueillir 3000 personnes, et qui en hébergeait jusqu’à 20.000 à certains moments.

Pour Stéphane Oberreit, l’occasion de ce drame doit permettre de changer de logique d’hébergement : "C’est le moment ou jamais pour évacuer ce camp qui n’aurait jamais dû exister dans ces conditions-là. Ce sont des conditions déplorables, surtout en période pandémique du Covid… Les conditions n’étaient absolument pas réunies pour que les gens puissent se protéger et éviter toute transmission, vu la surpopulation de ce camp et les conditions d’hygiène déplorables. C’est une espèce de déni qui perdure depuis des années ! Ce n’est pas la bonne façon d’appréhender cette situation. C’est la responsabilité de l’Etat grec et dans une large mesure des autorités européennes de s’assurer que ces gens soient en sécurité", ajoute-t-il, en prenant toutes les précautions pour que la situation sanitaire soit prise en compte, ou que ces personnes soient protégées de toute forme de violence.

MSF craint en effet des épisodes de ce genre dans les prochains jours envers les personnes évacuées et dispersées sur les routes de l’île, des groupes d’extrême droite ayant déjà entrepris des actions contre les migrants du camp et les ONG sur place.

MSF demande donc qu’en urgence, ces personnes soient accueillies dans des abris temporaires, par la réquisition d’hôtels ou d’appartements vides, avant leur évacuation dans le calme pour un endroit où elles pourront s’établir pour les semaines ou les mois que durera leur procédure de demande d’asile.

La situation du camp de Moria est bien connue par les autorités européennes, martèle Stéphane Oberreit. "N’avoir pas pris des mesures d’évacuation de ce camp déjà depuis des années alors qu’on fait face à cette situation est déjà un problème. Aujourd’hui, il faut évacuer cette population de Moria. La meilleure chose est de l’amener sur le continent en Grèce ou dans le reste de pays de l’Union."

"La politique migratoire européenne, la façon dont elle se traduit ne font que garder dans une situation intolérable des gens pendant des mois, et parfois plus d’une année. Il faut changer cet élément de prise en charge, et avoir une démarche beaucoup plus humaine, une normalité dans l’accueil", insiste-t-il. "Le camp de Moria était loin de toute humanité."

Sujet dans notre journal télévisé de 13h de ce mercredi

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK