Dramatique incendie au camp de Moria: l'Europe a fait le choix de la solution la plus coûteuse en termes humains et financiers"

"Nous avons tout perdu. Nous avons les mains vides. Je n’ai rien, rien avec moi, et désormais nous ne savons pas où nous allons dormir. Notre maison a disparu, notre nourriture a disparu, notre argent a disparu. Nous ne savons pas ce qui va se passer."

Le témoignage de Corning Dama, migrant de République démocratique du Congo témoigne du caractère dramatique des événement survenus au camp de Moria, sur l’île de Lesbos, en Grèce, qui a été la proie des flammes mercredi, et encore cette nuit.

Moria est le plus grand camp de réfugiés en Europe, un ancien site militaire transformé en camp de transit. Ce camp de Moria hébergeait 13 000 réfugiés, quatre fois plus que sa capacité d’accueil.

Des conditions largement dénoncées

Sotieta Ngo, directrice du CIRÉ, la Coordination et initiatives pour les réfugiés et étrangers, témoignait ce matin sur la Première: "Ce camp était connu et largement dénoncé, outre la surpopulation, pour les conditions d’hygiène et de détention. Les personnes n’avaient pas accès à une douche, à une toilette ou à une alimentation suffisante. MSF avait dénoncé le fait que des adolescents tentaient de se suicider par désespoir, des adolescents qui étaient enfermés à la Moria pour une durée indéterminée dans des conditions complètement indignes".

Des voix estiment que les incidents se sont produits lors d’un contrôle sanitaire pour le Covid, puisque là aussi le virus existe, des cas positifs ont été détectés dans le camp.

"On entend l’Union européenne dire être très triste de cette situation, mais c’est un peu facile, déplore Sotieta Ngo. Ça fait des années que la situation est problématique et que ce sont les migrants qui en payent le prix. Parmi les migrants, de nombreuses personnes — hommes, femmes, enfants, enfants parfois seuls, il y a de nombreux mineurs isolés non accompagnés — souhaitent demander une protection, une demande d’asile dans l’Union européenne, et l’Union européenne se satisfait de réformes qui ne répondent pas aux problèmes."

Le règlement de Dublin toujours d'application

Le fameux règlement de Dublin, qui prévoit que le migrant est pris en charge par le pays d'entrée: "La Belgique est rarement le premier pays d’entrée. Ce sont les États dans le pourtour méditerranéen qui le sont, ce qui explique la situation de la Grèce ou la situation des îles comme Lampedusa par exemple. C’est difficilement supportable pour ces États, il faut que les États se répartissent les demandeurs d’asile et pourquoi pas oser laisser la possibilité aux demandeurs d’asile de dire : " j’ai de la famille, j’ai une communauté qui m’attend et qui peut me soutenir, laissez-moi me rendre dans cet État ". Ce n’est pas possible aujourd’hui et ça devrait l’être". Les États ont choisi de ne pas régler le problème et on ne cesse donc d’investir. Ça coûte cher, c’est une politique qui coûte très cher, détenir une personne coûte très cher et ça coûte même plus cher que de l’aider. Les États ont donc fait le choix de la solution la plus coûteuse en termes humains et en termes financiers".

 

 

 

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