Incapables de payer leurs soins, ces patients kinois enfermés contre leur gré à l'hôpital

Adonai Yamfu, 20 ans, est allongé sur un lit dans une chambre commune, la jambe droite maintenue en suspension par un système vétuste. Quatre semaines auparavant, il a été heurté par une voiture à Kinshasa, la capitale congolaise. Inconscient, des os fracturés, il a dû subir plusieurs opérations chirurgicales. Le jeune commerçant fait maintenant face à un autre problème : il n’a pas de quoi payer la facture qu’on lui a présentée. Près de 800 dollars. Une fortune. "Je n’ai pas cet argent, ma famille non plus, dit-il, agité. Comment puis-je trouver une telle somme ?"

A l’hôpital général de Kintambo, un établissement de 2000 lits situé dans une commune habitée principalement par la classe moyenne kinoise, une quinzaine de patients indigents, hommes, femmes et enfants, ont interdiction de quitter les lieux, bien qu’ils soient en assez bonne santé pour rentrer chez eux. Un jeune garçon qui a fait une péritonite, un autre paralysé des jambes après être tombé d’un arbre, une femme blessée suite à une chute de moto… Un point commun : tous sont trop pauvres pour s’acquitter de leurs frais de soins. Certains sont là depuis quelques semaines, quelques-uns depuis trois mois. La pratique n’est un secret pour personne. "Si on les laissait partir sans payer, tout le monde ferait pareil, et nous pourrions fermer l’hôpital, dit Apolline Kanyeba, infirmière en charge du bloc opératoire et des soins intensifs. Souvent, nous acceptons de négocier, mais il faut au moins qu’ils montrent de la bonne volonté.Un marchandage digne d’une prise d’otage.

Une fillette de 12 ans, vêtue d’un t-shirt trop grand, un bandage posé sur le mollet gauche, tourne avec ennui les pages d’un carnet de notes oublié par un médecin. Elle tente de les déchiffrer, pour tuer le temps. "Je suis venue de Brazzaville, avec mes parents. J’avais une blessure à la jambe, mais elle s’est infectée, raconte-t-elle. Ils ne pouvaient pas payer pour moi, alors je pense qu’ils sont rentrés au pays." Sa voisine de lit, une dame de 80 ans blessée dans un accident de voiture, partage avec elle les repas que sa fille lui apporte. L’hôpital n’offre pas de nourriture aux patients.

"Une violation grave des droits humains"

"La situation économique est très difficile", constate le docteur Aimé Tshikalu, gynécologue à la maternité qui fait face à l’hôpital de Kintambo. Ici aussi, plusieurs jeunes femmes attendent de "trouver l’argent", souvent après une césarienne, ou des complications lors de l’accouchement. "Les familles sont démunies, dit le médecin. Parfois, elles abandonnent leurs proches, peut-être en se disant que s’il n’y a personne sur qui faire pression, ils seront relâchés.Lorsqu’il faut libérer des lits, il arrive que l’administration des établissements de santé finisse par laisser partir un patient dont elle pense ne rien pouvoir tirer. Parfois, c’est une ONG, l’église, ou un "bienfaiteur" qui intervient.

"La détention des patients insolvables est une pratique largement répandue dans certains pays, notamment la RDC, le Nigeria, le Cameroun", constate Robert Yates, chercheur pour le think tank britannique Chatham House et co-auteur d’un rapport très critique sur la problématique. Il condamne vivement la pratique, et le silence des organisations internationales, qui injectent pourtant des millions d’euros dans les pays concernés. "Enfermer des gens contre leur gré et sans condamnation est illégal, dit-il. C’est une violation grave des droits humains."

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