Impertinent et "économiste par accident": qui est Yanis Varoufakis?

Impertinent, inflexible et "économiste par accident": qui est Yanis Varoufakis?
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Impertinent, inflexible et "économiste par accident": qui est Yanis Varoufakis? - © TIZIANA FABI - BELGAIMAGE

Yanis Varoufakis, 53 ans, est le nouveau ministre des Finances grec. Avec un parcours atypique, l'homme chargé de négocier la dette de la Grèce au sein de l'Eurogroupe n'est pas uniquement passé pas la case politique. Professeur universitaire et consultant pour une entreprise de jeu vidéo, Yanis Varoufakis a enchaîné les rôles avant de devenir le coriace qui ne tremble pas devant ses homologues européens.

Athènes ne fait pas de "bluff", ses "lignes rouges" sont vraiment "infranchissables" avait d’emblée débuté Yanis Varoufakis, au moment où commençait la dernière réunion de l'Eurogroupe sur l'avenir économique de son pays. Le greco-australien, nouveau ministre des Finances grec, fait beaucoup parler de lui par ses nombreuses piques envoyées aux dirigeants de la zone euro et son inflexibilité. 

De la théorie à la pratique

Yanis Varoufakis est avant tout un statisticien de l’économie, et réalisateur de documentaires à ses heures perdues. Il passe d'abord par le Royaume-Uni où il obtient son doctorat à l'université de Cambridge en économie statistique, et finit par quitter les Anglais, allergique à la politique libérale de Margaret Thatcher. Il se console vite par un poste en tant que professeur d’économie à l’université de Sydney, puis d'Athènes.

Il glisse ensuite progressivement de la théorie à la pratique en devenant en 2004 conseiller économique de Georgios Papandréou, président du PASOK, à qui il tournera le dos plus tard. Pour Varoufakis, c'est Papandréou qui, en décidant d'appeler l'Europe et le FMI à l'aide en 2010, a plongé la Grèce "dans l'enfer".

Un passé dans les jeux vidéo

Peu avant de devenir ministre des Finances, Yanis Varoufakis a alimenté son parcours professionnel par un passage en tant que consultant pour un géant des jeux vidéo. Aussi étrange que cela puisse paraître, c'est à Valve, l’entreprise américaine qui gère Steam, la plus grande plateforme de distribution de jeux vidéo dématérialisés, qu'il a prêté ses talents d'économiste. Son rôle était de théoriser les enjeux des communautés en ligne, une occasion pour lui d’étudier un système basé sur le troc dans lequel les joueurs peuvent acheter, vendre et échanger des objets.

Pourtant novice dans le milieu du jeu vidéo, Yanis Varoufakis a perçu cela comme une opportunité plutôt qu'une erreur de parcours. Ce nouveau poste lui permet, sur la base de données massives et réelles, d'expérimenter sur le terrain les théories des jeux, une discipline qui consiste à trouver la meilleure décision à prendre en fonction des anticipations des actions des autres.

"Je suis économiste par accident"

C'est par cette phrase qu'il se présente modestement sur son blog, l'universitaire se dit aussi "marxiste occasionnel". Sur son site personnel, il y dédie ses réflexions sur le monde après la crise économique de 2008. Veste en cuir, col relevé, jamais de cravate, chemise ouverte, le nouveau ministre des Finances de Grèce, à qui beaucoup prêtent des faux airs de Bruce Willis, a une allure décontractée et un franc-parler caractéristique. Un look et une attitude désinvolte qui ont certainement le don d’agacer ses homologues européens, davantage rompus aux codes.

Très friand de partager ses pensées à travers les tribunes de la presse, de conférences de par le monde et par ses livres, Yanis Varoufakis est aussi un hyper connecté sur le web et sur les réseaux sociaux. Sur ces derniers, notamment sur Twitter, il se donne à cœur joie pour se montrer corrosif et rectifier à l'occasion des déclarations de la part de ses détracteurs, ou encore partager son état d'esprit.

A titre d'exemple, son dernier tweet en date indiquait qu’il était allé voir une pièce de théâtre de Samuel Beckett. D'apparence innocente, le tweet est toutefois ponctué par: "Un soulagement par rapport à vous savez quoi…". Et l'on sait exactement de quoi il parle. Publié hier soir, le tweet laisse en réalité transparaître un long soupir et une lassitude en regard de la réunion de l'Eurogroupe qui doit statuer aujourd'hui de la suite à donner à la demande de prolongation du plan d’aide aux Grecs.

Il fait aussi preuve de beaucoup d'autodérision en retweetant un internaute qui pointait du doigt ses ressemblances physiques troublantes avec "Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom".

Le pied-de-nez de la Grèce

Depuis des années, cet expert critique la politique de l’Union européenne dans les médias grecs et étrangers. “Le gouvernement est prêt à verser son sang pour rétablir la dignité des grecs", disait Alexis Tsipras, Premier ministre grec et leader de la gauche radiale Syriza, au lendemain de son élection. Les deux hommes sont proches, mais Yanis Varoufakis n’est pas membre de son parti de gauche radicale Syriza. Ils gardent tout de même un point commun, celui d’être contre la politique européenne d’austérité.

"Les mesures prises pour renflouer le pays sont totalement dépassées par la réalité de la situation économique", explique Yanis Varoufakis. Ce qu'il demande à l'Eurogroupe, malgré l'inflexibilité des dix-neuf ministres des Finances de la zone euro, c'est davantage de temps pour permettre au pays de mettre en oeuvre son plan de réformes, plutôt que de nouveaux prêts d'aide à la Grèce.

A ceux qui accusent la Grèce de vider les poches de l'Europe, Yanis Varoufakis réplique : "Le problème n’est pas que l’Allemagne, l’Italie ou la Slovaquie n’aient pas donné suffisamment d’argent à la Grèce". Il ajoute : "Ils en ont donné plus qu’ils pourraient avoir. C’était comme de l'argent jeté dans un trou."

"Le gouvernement n'a qu'à regarder dans les yeux de ceux qui ont faim"

"L'Europe ne regagnera son âme que lorsqu'elle aura regagné la confiance du peuple en tenant compte d'abord de l'intérêt de celui-ci", concluait Yanis Varoufakis, à l'issue de la dernière réunion de l'Eurogroupe.

Il rappelle aussi que la Grèce n'a aucune envie de sortir de la zone euro, et que cela serait synonyme d'échec pour l'Europe elle-même : "La sortie de la Grèce de l'euro n'est pas une perspective qui rentre dans nos plans, simplement parce que nous pensons que l'Europe est fragile. C'est comme quand on construit un château de cartes. Si on enlève la carte Grèce, les autres s'écroulent".

@yasalami

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