Impeachment : des proches de Donald Trump retrouvent subitement la mémoire

Etrange comme la mémoire défaillante de hauts responsables, soutiens de Donald Trump, se rétablit. A mesure que l’enquête démocrate s’affine, en se faisant plus pressante, leurs souvenirs, jusqu’alors imprécis, refont miraculeusement surface.

Témoin-clé

Gordon Sondland est ce qu’on appelle un témoin-clé, un des fils précieusement tissés par des parlementaires démocrates en vue de constituer leur toile d’auditions. Gordon Sondland est ambassadeur des Etats-Unis auprès de l’Union européenne. A la mi-octobre, l’homme est appelé à témoigner devant le Congrès. Pas de piège. Gordon connaît son sujet, ce sera le dossier ukrainien. Cette seule et unique question alimentera d’ailleurs les débats : "Donald Trump a-t-il suspendu une aide promise à l’Ukraine afin de forcer son homologue ukrainien pour qu’il ordonne une enquête sur Joe Biden ?" Et ce jour-là, sans véritable surprise, Sondland a réponse à tout. Sous serment, il déclare n’avoir participé à aucune démarche visant à faire pression sur le gouvernement ukrainien. Il y va quand-même de ses propres observations personnelles, jugeant qu’une telle attitude serait "inappropriée", voire "illégale".

Je me souviens maintenant

Mais voilà. Depuis trois semaines, l’enquête démocrate se poursuit. Et avec elle, ont émergé les récits d’autres hauts responsables récoltés par la Chambre des représentants. Confronté à ces nouveaux témoignages, Sondland dit qu’il n’en a finalement pas fini. Le miracle se produit, et il en décrit le phénomène dans une lettre, une déposition écrite, qui vient d’être rendue révélée. Parce que si les premières phases de l’enquête pour impeachment se sont déroulées à huis clos, désormais, les témoignages sont rendus publics.

Que dit ce diplomate américain qui lui aurait échappé il y a à peine trois semaines ? Une nouvelle salve d’indices accablants selon les uns, des précisions utiles, selon les autres. Une volonté en tout cas de présenter de nouveaux détails. "Je me souviens maintenant…", commence Sondland, qui affirme s’être rafraîchi la mémoire. "Je me souviens d’une conversation que j’ai eue le 1er septembre dernier avec l’un des conseillers du président ukrainien." Pourquoi maintenant, pourquoi ne pas avoir fait cette révélation devant le Congrès ? Pas de réponse de l’intéressé. Mais il revient sur cette conversation, passée sous silence, et désormais beaucoup plus détaillée. "Je me souviens avoir parlé, en aparté, avec Andreï Yermak (un conseiller du président ukrainien). Je lui ai dit que la reprise de l’aide américaine n’arriverait sans doute pas. Jusqu’à ce que l'’Ukraine valide une enquête contre la corruption." Il ajoute ne pas avoir alors compris que cette enquête devait viser Joe et de son fils Hunter Biden, alors membre du conseil d’administration d’un groupe gazier, visé par des accusations de corruption. Mais pourquoi alors ? Sondland répond qu’il a fait cette demande "en l’absence de toute explication crédible", ce qui laisse ses détracteurs pantois.

"Une mascarde", selon la Maison-Blanche

Depuis, une nouvelle salve de textos a été divulguée ces dernières heures. Et c’est à partir de ces échanges, dont Gordon Sondland a été l’un des initiateurs, que l’on apprend que des diplomates américains insistaient pour que la déclaration ukrainienne mentionne spécifiquement, parmi les cibles de l’enquête, l’entreprise Burisma, dans laquelle siégeait Hunter Biden.

Avec la publication de ces premières transcriptions d’auditions à huis clos, l’enquête démocrate vient d’entrer dans une nouvelle phase. Elle devrait donner lieu à des témoignages retransmis en direct à la télévision. Les démocrates espèrent que cela fera basculer l’opinion en faveur d’une destitution, permettant peut-être de forcer le verrou républicain du Sénat, qui aura le dernier mot.

La Maison-Blanche, de son côté, refuse toujours de collaborer avec ce qu’elle considère être une "mascarade". Les dernières révélations ? "Elles montrent qu’il y a encore moins de preuves qu’avant pour cette imposture illégitime." Le directeur de cabinet de Donald Trump est convoqué ce vendredi. Mick Mulvaney, lui, pourtant, qui avait reconnu pour la première fois que le président américain avait lié l’aide militaire à l’Ukraine à des considérations de politiques intérieures. Il est peu probable que le plus haut responsable de la présidence vienne témoigner.

 

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