Immigration: le système australien peut-il être mis en place chez nous?

Des enfants réfugiés en détention en Australie
Des enfants réfugiés en détention en Australie - © TAKVER @Flickr

Le Secrétaire d'Etat à l'Asile et à la Migration Theo Francken (N-VA) avait déclaré vouloir s'inspirer du système australien en matière d'immigration.

En Australie, il y a d'une part l'immigration par le moyen de visas de travail, et puis il y a les demandes d'asile. La politique de l'Australie est d'arraisonner des navires de candidats réfugiés au large de ses côtes, et de transférer les demandeurs dans des centres extraterritoriaux, à Manus en Papouasie Nouvelle-Guinée, ou à Nauru par exemple. Personne théoriquement n'accède au territoire australien, même en cas de dossier recevable. Cette politique fait partie d'une campagne plus vaste et restrictive, dont ce clip fait partie:

L'Australie a été fortement critiquée par les Nations Unies en 2015. Cette année là, des mutineries avait eu lieu dans un centre de détention pour migrants.

Après le démantèlement d'un camp extraterritorial, le gouvernement australien avait offert près de 29 millions d'euros au Cambodge pour accueillir les personnes présentes sur l'île... Mais des centaines de demandeurs d'asile sont encore pris au piège de ces centres, aussi payés à coup de millions d'euros par l'Australie.

Est-ce que cela est faisable chez nous? Réponses d'Andrew Crosby, chercheur en sociologie des migrations au G.E.R.M.E. à l'Université libre de Bruxelles.


Q: Est-ce genre de contrôle aux frontières est imaginable en Belgique? 

Andrew Crosby: Comme beaucoup d’Etats industrialisés, l’Australie mène une politique restrictive en la matière. Et je dirais même que c’est un pays qui peut être qualifié de modèle de restriction, parce que sa politique insulaire lui permet justement de faire gérer ses " indésirables " par des autres acteurs qui sont en dehors du pays. Et généralement ce sont des îles dans le Pacifique.

D’un point de vue strictement technique, je ne pense pas que ce système est exportable chez nous. C'est-à-dire que la Belgique n’est pas une île, nous avons donc des frontières terrestres qu’on ne peut pas contrôler de la même manière.

Q: En ce qui concerne la gestion de centres extra-territoriaux, est-ce possible?

Andrew Crosby: Nous avons en Europe un système international de protection des Droits de l’Homme, qui, malgré ses défauts, est l’un des plus développés dans le monde. Et en fait, techniquement, il ne permettrait pas de simplement renvoyer tout le monde vers un autre pays ou vers une île par exemple…

Même si cela arrive parfois, il y a en effet des accords avec la Turquie ou la Libye où on demande à ces pays de contrôler un maximum la sortie des migrants vers l’Europe.

Mais si des personnes doivent être protégées et si on les repousse, on risque d’enfreindre une règle fondamentale des Droits de l’Homme, que ce soit dans la convention de Genève ou dans la Convention internationale de Droits de l’homme, c’est à dire en ne traitant pas leur question , on risque qu’ils subissent des traitement inhumains ou dégradants., simplement parce qu’ils n’ont pas pu atteindre le territoire.

L’Australie n’a pas vraiment une juridiction supranationale comme nous l’avons avec la Cour européenne des Droits de l’Homme, et il est clair qu’il y a aussi beaucoup de protestations même à l’intérieur de l’Australie, et elle a beaucoup été critiquée par rapport à sa politique de détention sur les îles dans l’Océan pacifique.

Il y a officiellement des centres qui doivent être démantelés, et il faudra donc relocaliser ces personnes, ce n’est pas quelque chose qui se fait en deux secondes. Oui, il y a quelques centres qui vont être fermés, mais d’autres vont rester ouverts. On a annoncé que le centre sur l’île de Manus allait être fermé, mais il y a toujours l’ile de Nauru et de l’île de Christmas. Je ne pense pas que la politique va fondamentalement changer.

Q: Le Secrétaire d'Etat Theo Francken parle de migration choisie, aussi en fonction des besoins économiques. Est-ce que cela fonctionne en Australie?

Andrew Crosby: En termes d’immigration pour entrer, c’est en fonction des besoins du marché du travail, si on veut s’installer ou s’établir dans le pays. L’autre volet c’est que même avec leur politique restrictive, les Australiens accueillent des demandeurs d’asile. Quelques dizaines de milliers ont été admis. Ils jouent beaucoup aussi sur la question de la relocalisation. Les gens qui sont enfermés sur des îles, une infime minorité peut recevoir l’asile et aller en Australie. Et puis il y a le regroupement familial.

Mais même en Australie, cette politique ne peut pas être implémentée telle quelle. Le système est en train de s’effondrer sur lui-même. Il suscite tellement de critiques à l’intérieur de l’Australie, de la Papouasie Nouvelle-Guinée etc, que cela a un coût et humain et politique. Même là-bas, cela ne fonctionne pas, a fortiori ici cela fonctionnerait encore moins.

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