Ils sont Belges, âgés, résident à l’étranger et sont inquiets : "Quand pourra-t-on être vacciné ?"

"Je suis dans l’impossibilité de rentrer, car je suis dépendant d’un visa comme expatrié. Je risque de perdre ce visa car je risque de ne pas rentrer en Thaïlande dans les délais… Le problème est : quand est-ce que je pourrais être vacciné ?" René Rasson se pose cette question depuis des semaines. Ce retraité de 73 ans réside en Thaïlande depuis 2014. Même si le pays est relativement épargné par rapport à ses voisins quant aux décès dus à l’épidémie de coronavirus, René n’est pas rassuré.

La campagne de vaccination dans le pays a du mal à démarrer. Les vaccins attendus ont beaucoup de retard alors que la vaccination des soignants doit débuter. "Ici, c’est le vaccin chinois qui devait arriver hier (mercredi, ndlr), mais on n’a aucune nouvelle… Il est en retard de plusieurs semaines (des doses de vaccin chinois sont bien arrivées mercredi, mais pas en suffisance, ndlr). Et le vaccin d’Astra Zeneca n’arrive pas non plus. Donc on est dans le flou total… "

La vaccination des personnes de plus de 65 ans est prévue à partir du mois de juin, mais René n’y croit pas trop. Et puis, dit-il, les vaccins qui sont prévus par les autorités thaïlandaises l’inquiètent un peu : "D’après certaines revues scientifiques, il apparaît que le vaccin chinois ne convient pas aux personnes de plus de 65 ans, même en Thaïlande on le déconseille… Et l’Astra Zeneca, c’est la même chose."

Des vaccins, oui mais…

Inquiet, René Rasson a contacté le ministère des Affaires étrangères en Belgique. Pas de réponse claire, on y travaille, lui aurait-on répondu. "Le problème est : quand est-ce que je pourrais être vacciné ? Est-ce que je dois rentrer en Belgique pour me faire vacciner ? Est-ce que je dois attendre des nouvelles du ministère ? De mon ambassade ? On est assis sur un gros point d’interrogation… Je me dis : il se passe quoi ? On nous a oubliés ?"

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Le Premier ministre thaïlandais Prayut Chan-O-Cha réceptionne les doses de vaccin chinois SinoVac mercredi 24 février. © Tous droits réservés

Des vaccins peu nombreux

Même interrogation pour Thérèse Bogdan. "Je suis inquiète, oui". Elle, elle réside avec son époux depuis 2016 en Côte d’Ivoire. Thérèse va avoir 65 ans. Mais elle doute que le pays puisse avoir des vaccins en suffisance. "Je pense qu’on n’en sera jamais vaccinés ici ! Je ne pense pas qu’ils vont dépenser des vaccins pour nous, les étrangers même si j’ai 65 ans, et que je devrais être dans les prioritaires. On n’a aucune idée si on va pouvoir l’être en fait. Et comme c’est presque impossible de rentrer…"

Thérèse est revenue en Belgique à Noël. Elle a dû faire un test avant de quitter le territoire ivoirien, un test qui est payant, et qui coûte 75 euros. Pour quitter la Belgique, elle doit payer un autre test, soit 50 euros. Son assurance privée ne rembourse pas ces frais de santé là.

Et aujourd’hui, elle se demande quoi faire : rentrer tout de même en Belgique pour se faire vacciner ? Est-ce qu’elle sera prise en compte dans la campagne de vaccination belge ? Et si elle ne peut pas se faire vacciner, comment revoir sa famille ? Ses amis ? "Je suis quand même grand-mère. Lorsque je suis rentrée en Belgique, je n’ai pas ou voir mes petits-enfants. Nous étions coincés, nous n’avons pu voir personne. On se sent un peu oubliés en tant que Belges à l’étranger…"

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En Côte d’Ivoire, le nombre de cas de contaminations a dépassé les 32.000 en février. Les autorités comptabilisent 188 décès. © Tous droits réservés

Des expatriés dans l’expectative

492.727 Belges résident à l’étranger, et sont inscrits auprès de leur ambassade, selon les chiffres fournis par le SPF Affaires étrangères. Parmi ceux-ci, il faut différencier ceux qui ont une résidence principale dans un pays de l’Union européenne, et les autres. Pour les premiers, le SPF Affaires étrangères renvoie aux dispositions mises en place au niveau des autorités de leur pays de résidence.

Pour les autres, les Affaires étrangères se réfèreront également au plan de vaccination du pays concerné… mais la question reste difficile. Que faire si ce plan de vaccination n’est pas mis en place, s’il prend du retard, ou si les mesures de précautions ne sont pas suffisantes ? Envoyer des doses de vaccin dans les ambassades ? Sanitairement non praticable, et d’ailleurs impossible avec certains vaccins qui nécessitent des dispositifs de congélations spécifiques. Faire revenir les expatriés en Belgique ? "On va regarder pays par pays", nous explique-t-on.


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La question reste épineuse. Aurait-on donc oublié les Belges qui résident à l’étranger ?

"Bien entendu, les Belges qui résident à l’étranger ne sont pas oubliés, nous répond Sabine Stordeur, co-responsable de la Task force vaccination en Belgique. "Mais effectivement, il y a plusieurs niveaux de discussion qui doivent interagir, y compris les affaires extérieures. Et cette discussion est déjà en cours et chacun tente d’appréhender au mieux la situation." Cerner quels sont les accords bilatéraux entre la Belgique et chaque autre pays, mais aussi tenter de déterminer ce qu’il convient de faire dans chaque cas : la tâche semble titanesque. Mais elle est bien sur le métier, nous confirme-t-on.


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Sabine Stordeur l’explique aussi : les Belges qui résident dans un pays de l’Union européenne doivent s’inscrire dans la stratégie de vaccination du pays d’accueil. "Il y a des conventions européennes qui permettent de garantir que toute personne peut recevoir les soins adéquats sur le territoire dans lequel il (ou elle) réside."

Hors de l’Union européenne, les cas particuliers sont légion, et parfois la question est en effet plus difficile, "étant donné que tous les pays n’ont pas à ce jour une stratégie de vaccination, ni les vaccins adéquats pour vacciner les personnes sur leur territoire. Il faudra tenir compte des conventions internationales en la matière, et c’est un sujet qui devra être discuté un autre niveau que celui de la Task force vaccination", précise Sabine Stordeur.

Mais elle tempère : la campagne de vaccination est encore à ses débuts en Belgique, et les choses se mettent en place progressivement"Nous essayons de terminer la phase 1A qui concerne les personnes les plus âgées qui résident en maisons de repos et les professionnels de la santé. Et que donc les Belges qui résident à l’étranger devraient normalement entrer en ligne de compte à partir de la fin de la phase 1B ou du début de la phase 2."

Des cas très particuliers

Reste que les cas particuliers concernant les Belges hors des frontières seront nombreux. Ainsi, celui de Michel Bériot. Ce Belge de 74 ans habite depuis 2014 à Gognies-Chaussée, un village français situé à un jet de pierres de la frontière, entre Mons et Maubeuge. Il a gardé sa mutuelle en Belgique. Son médecin, dont le cabinet se trouve à Perwez, en Hainaut occidental, à 2 km de son lieu de résidence en France, le traite depuis des années.

"Je suis un traitement au niveau de l’hypertension et de la fibrillation cardiaque, qui ne sera pas pris en compte en France pour la vaccination, il faudrait qu’il y ait des échanges entre la Belgique et la France pour préciser les traitements qui sont en cours". La femme de Michel est aussi concernée : elle a 66 ans, et elle a été traitée pour un cancer du poumon.

"Puisque mon dossier médical belge n’est pas accessible par un médecin français, je me demande comment un médecin français peut avoir tout mon historique médical", résume le retraité. "Quand on parle de personnes ayant des traitements lourds etc., il faudrait au moins que le médecin traitant puisse être interrogé pour savoir exactement la situation du patient".

Michel s’est adressé aux services de la Région wallonne, qui l’ont simplement renvoyé aux dispositions françaises.

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