Il y a 90 ans, la première finale de la coupe du monde de foot en Uruguay

C’était il y a tout juste 90 ans : le 30 juillet 1930 avait lieu la première finale de la coupe du monde de football. Elle opposait à Montevideo les deux grands rivaux de l’époque, l’Uruguay et l’Argentine. Buenos Aires n’est pas bien loin, juste de l’autre côté du bras de mer du Rio de la Plata, en français rivière de l’argent, un nom prémonitoire quand il s’agit de football…

Ce jour-là c’est surtout la sécurité qui inquiète les organisateurs : cette finale sent le soufre. Des dizaines de supporters argentins ont débarqué au cri de "la victoire ou la mort". A l’entrée du stade du centenaire, construit pour la circonstance et baptisé ainsi car il célèbre le centenaire de l’Uruguay, on fouille les supporters pour qu’ils n’y entrent pas armés.

Officiellement, la Fifa en a dénombré 68.346 mais beaucoup d’observateurs estiment qu’il y avait plus de 90.000 spectateurs.

Un arbitre belge pour la première finale de la Coupe

L’arbitre est belge : il s’appelle John Langenus. Mais il n’est pas tranquille, il a mis du temps à accepter cette responsabilité. Et il a obtenu qu’un bateau se tienne prêt à appareiller dans l’heure après le coup de sifflet final au cas où les choses tourneraient mal. Les passions footballistiques ne datent pas d’hier. Dès avant le début de la rencontre, les deux équipes s’opposent… sur le choix du ballon.

Chaque équipe veut utiliser le sien ! Comme les palabres n’aboutissent pas, Langenus joue les Salomons : une mi-temps avec chaque ballon. Superstition ou pas, toujours est-il qu’on commence par le ballon argentin et qu’en première mi-temps il roule pour l’Argentine qui mène 2-1 à la mi-temps.

Et en seconde période, avec leur ballon les Uruguayens renversent la donne pour l’emporter 4 à 2. Montevideo exulte quand l’équipe peut soulever le trophée : à l’époque, la coupe est un alliage d’argent et d’or figurant la déesse grecque Niké, la déesse grecque de la victoire.

On l’appellera plus tard la coupe Jules Rimet, du nom du président de la FIFA de l’époque qui avait souhaité que le pays qui remporterait trois fois la coupe pourrait la garder définitivement. Elle prendra donc la direction du Brésil en 1970 où elle sera volée dans les années’80 et ne sera jamais retrouvée. La coupe en or que nous connaissons aujourd’hui a été créée pour la coupe du monde de 1974.

Mais en 1930, c’est Jules Rimet lui-même qui avait fait le voyage avec le précieux trophée.

Un sacré périple pour quatre équipes européennes, dont la Belgique

Si c’est un Belge qui a arbitré la première finale de l’histoire, il n’était pas le seul de nos compatriotes à avoir fait le voyage. Sur les onze arbitres de la coupe du monde, il y avait un autre Belge, Henry Christophe et surtout il y avait nos diables rouges, qui faisaient partie des quatre équipes européennes présentes aux côtés de la France, de la Roumanie et de la Yougoslavie. Ils n’avaient aucun mérite : pas besoin de passer par des qualifications, la FIFA cherche désespérément des participants. Jules Rimet, président de la FIFA, espérait 16 participants, ils ne seront que 13…

Car depuis l’Europe, le voyage en paquebot est long, il coûte cher et le krach de 1929 a plongé les économies dans la tourmente. D’ailleurs, à l’exception des Yougoslaves, tout le monde voyage à bord du même bateau. Le SS Conte Verde part de Gênes avec les Roumains, embarque les Français à Villefranche-sur-mer et les Belges à Barcelone. Il fera encore escale à Rio de Janeiro pour embarquer les Brésiliens avant d’arriver à bon port pour des premiers matches prévus le 13 juillet. Ce jour-là, la Belgique est battue sévèrement par les Etats-Unis : 3-0.

Une semaine plus tard, elle connaît une deuxième défaite contre le Paraguay : 1-0. Traverser l’Atlantique pour être éliminés sans avoir marqué le moindre but, gageons que les Diables de l’époque ont pensé à la devise olympique de Pierre de Coubertin : " l’important, c’est de participer".

L’Uruguay, un ancien grand du football mondial

Premier pays à remporter la coupe du monde face à son grand voisin du sud, l’Argentine, l’Uruguay récidivera vingt ans plus tard en l’emportant contre son grand voisin du nord, le Brésil. L’épilogue a eu lieu au stade Maracana de Rio et a pris pour le Brésil des allures de drame national que seul remplacera un drame du même acabit, le fameux 7-1 infligé par l’Allemagne lors du mondial brésilien de 2014.

En 1950, personne n’imagine que l’Uruguay puisse empêcher le Brésil de triompher, au point que le président Jules Rimet, qui doit remettre la Coupe, n’a prévu son discours qu’en portugais. Dans la mémoire uruguayenne, ce match, remporté 2 à 1 alors que le Brésil menait 1-0, a estompé la victoire de 1930.

Quoi qu’il en soit, 2 victoires en coupe du monde pour un aussi petit pays, c’est un réel exploit totalement inédit. Depuis lors, les joueurs uruguayens ont souvent réussi à se qualifier pour la phase finale, sans pouvoir égaler la performance de leurs glorieux aînés, même si ces dernières années ils ont relevé la tête avec un joli palmarès : demi-finales en 2010, huitièmes en 2014 et quarts de finale en 2018.

Relever la tête ou, diront certains, montrer les dents puisque c’est ce que fit en 2014 Luis Suarez en mordant en plein match le défenseur italien Giorgio Chiellini.

L'équipe d'Uruguay championne du monde en 1930

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