Il y a 75 ans, les accords de Yalta : quelles conséquences aujourd'hui?

Il y a 75 ans, jour pour jour, se finalisent la rencontre historique des trois grands : Franklin D. Roosevelt, Joseph Staline et Winston Churchill à Yalta. Quelles ont été les conséquences de ces traités dans une Europe meurtrie par la Seconde guerre mondiale?

Le 11 janvier 1945, sur les bords de la Mer Noire, les accords sont finalisés. Trois enjeux ont été discutés : la capitulation sans conditions de l'Allemagne, le sort des terres allemandes occupées ainsi que le projet de création d'une organisation, pacifique et démocratique d'après-guerre.

A ce moment là, Yalta apparaît comme le seul moyen de ressouder les liens de confiance et de coopération chez les puissances alliées. Le monde n'est pas encore divisé entre deux blocs aux idéologies diamétralement opposées. Mais Staline détient une telle force militaire que les occidentaux sont contraints de céder à ses revendications, notamment l'autorité soviétique sur les territoires libérés. Quelles sont les conséquences encore visibles aujourd'hui? Décryptage final.

Territoires et populations occupées

L'Armée rouge, dans sa course contre le nazisme, a avancé dans les territoires d'Europe centrale. De nombreux peuples sont donc sous occupation soviétique lorsque la réunion à Yalta a lieu. Les alliés se distribuent les terres comme des parts de gâteau. Mais que faire des populations qui se trouvent sur ces territoires? Leur sort n'est pas discuté lors des accords : les alliés obtiennent les territoires sans les populations, supposant qu'elles n'auront qu'à fuir ou qu'à s'adapter.

Des millions d'allemands sont expulsés par la Pologne, des millions de polonais fuient le régime soviétique... Les biens des réfugiés sont confisqués et l'espoir de retour devient un leurre. Certains historiens considèrent donc les accords de Yalta (et ceux de Postdam plus tard) comme le début d'une énorme injustice. Les grandes puissances, quelque part, sanctionnent un crime en punissant des populations civiles qui n'ont rien à voir dans ce conflit.

La fin de la première guerre mondiale est symbolisée par le traité de Versailles, souvent représenté comme un traité brutal, violent qui servira aux frustrations nazies. Pourtant, ce traité est un texte extrêmement progressiste à l'époque : on y aborde le souci de meilleures conditions de travail du monde ouvrier, l'égalité des rémunérations par rapport aux genre, le droit et la protection des minorités... Rien de tout cela à Yalta.

On protège la déportation et l'expulsion des minorités, on nie le principe d'égalités des nations, on nie le droit des peuples à disposer d'eux-même... A Yalta, les enjeux de coopération, de paix et de protection des civils se heurtent très vite aux ambitions des puissances alliées. 

Des dossiers en suspens pendant un demi-siècle

Après Yalta, la question de l'Allemagne est en suspens jusqu'en 1990. Les puissances alliées occupent leurs zones respectives pendant des décennies et y imposent leur autorité. Cette situation ne se termine qu'au lendemain de la chute du mur de Berlin.

D'un point de vue du droit international, il ressort bel et bien d'une occupation militaire, qui a duré un demi-siècle. L'unification allemande clôture alors le premier dossier laissé en suspens à Yalta.

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Novembre 1989, des étudiants revendiquent la fin d'une Allemagne divisée. © BELGA Tous droits réservés

D'autres éléments sont pourtant laissés en attente pendant des années. En 2005, l'Union européenne s'élargit et accueille deux nouveaux pays : la Pologne et la Tchécoslovaquie. Ceux-ci, alors subitement soumis au droit européen, prennent conscience qu'ils pourraient être punis devant la cour européenne.

En effet, les populations allemandes qui avaient été expulsées par les divisions actées à Yalta, auraient alors le droit de porter plainte et surtout, de récupérer leurs biens. L'adhésion des deux pays est alors bloquée par de longues négociations qui aboutissent finalement sur une nouvelle injustice.

Dans le traité, on inscrit que l'entrée dans l'union d'un nouveau pays ne modifie en rien "les règles de la propriété établie précédemment". Les expropriations qui ont eu lieu restent donc impunies et des millions d'exilés ne retrouveront jamais leurs bien. 

L'objectif d'une paix stable et durable

Franklin D. Roosevelt amène a Yalta le projet d'une organisation mondiale poursuivant la paix. Thomas Wilson, son prédécesseur, avait, quelques années plus tôt, échoué avec la Société des Nations. Enlisé dans un conflit qui ravage le monde, le président des Etats-Unis entend bien solidifier les bases de la future Organisation des Nations Unies, telle qu'on la connait aujourd'hui.

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C'est dans le salon blanc que les chefs d'états et leur administration négocient. Staline est à gauche de l'image, Churchill au centre. © BELGA

Dans l'inconscient collectif, Yalta symbolise la paix, organisée par ces trois chefs d'états qui ont réussi à s'entendre sur des dossiers brûlants, tout en évitant une troisième guerre mondiale. Alors, effectivement, un autre conflit mondial est évité. Cela prouve la force des engagements pris à Yalta. 

Mais il faut tout de même souligner que les lendemains de cette réunion au sommet amènent un affrontement glacial entre deux idéologies. La guerre entre communiste et capitaliste n'est froide que dans le prisme européano-centré : les villages envahis d'Afghanistan, les populations bombardées au Napalm au Vietnam, les ports bombardés en Indochine et les milices instrumentalisées dans toute l'Afrique, pour ne citer qu'eux, n'ont pas le même ressentiment.

 Si les accords de Yalta sont historiques, c'est parce qu'ils consolident la confiance de trois grands puissants chefs d'états déterminés à stopper un conflit meurtrier. Mais si la poudrière européenne est finalement épargnée, on ne peut pas endire autant du reste du monde, qui sera le théâtre injuste d'une guerre par procuration.

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