Il y a 75 ans, la Conférence de Yalta : au coeur des négociations

Le 11 février 1945, après une semaine de négociations dans la petite ville de Yalta, Staline, Roosevelt et Churchill signent les accords orchestrant la fin de la Seconde guerre mondiale. Les chefs d'états des puissances alliées ont pris leurs quartiers dans le somptueux palais de Livadia, en Crimée. Les négociations ont pour finalité la consolidation d'une paix durable, sur les ruines de l'Europe meurtrie.

Au début de ce mois de février, les troupes allemandes sont en difficulté. Les puissances alliées se réunissent pour discuter du sort des territoires sous occupation. Le contexte est délicat : Staline est en position de force face aux occidentaux. Ses armées à l’est déciment les forces ennemies et font reculer le Reich depuis 6 mois. Il est de plus la puissance invitante de cette réunion, et sa supériorité militaire sur ses interlocuteurs ne fait aucun doute. Roosevelt et Churchill, méfiants, redoutent en effet la puissance soviétique, craignant une trop grande influence de l'Armée rouge en Europe centrale. Décryptage de ces accords historiques. 

Capitulation sans condition

En février 1944, la chute du régime nazi approche. Les puissances alliées n'ont qu'un impératif : la défaite de l'Allemagne sera sans conditions, il n'est pas question d'un accord. Pourquoi cette revendication? La confiance est fragile en temps de guerre : chaque chef d'état redoute que l'un d'entre eux puisse se retourner contre les autres de par un accord avec l'Allemagne nazie.

Quelques mois plus tôt, Hitler vient d'échapper à une tentative d'assassinat montée par ses généraux. Sentant la chute de l'empire imminente, ils posent une bombe dans son quartier général afin de l'éliminer. Pour les alliés, le signal est clair : les dignitaires nazis sont résignés face à la défaite et veulent négocier.

Seulement, en 1939, Staline obtenait d'Hitler un pacte de non-agression. Il n'exclut pas que ses interlocuteurs puissent être tentés de faire de même et de pactiser contre lui. De plus, Hitler vient d'échapper à une tentative d'assassinat montée par ses généraux. Sentant la chute de l'empire imminente, ils posent une bombe dans son quartier général en Pologne afin de l'éliminer. Staline, lucide face à la menace d'une alliance alliés et généraux nazis contre son empire, veut absolument écarter ce scénario. 

De l'autre côté de la table, Roosevelt et Churchill chérissent eux-aussi l'impératif d'une capitulation sans conditions. La puissance soviétique effraie les occidentaux, qui veulent à tout prix éviter un retournement de situation russo-allemand. 

La capitulation de l'Allemagne instaure entre les "trois grands" une relation de confiance absolument primordiale pour leur permettre d’atteindre leurs objectifs.

 

Le sort des terres allemandes

L'Allemagne va perdre la guerre, cela ne fait aucun doute. A Yalta, Roosevelt, Churchill et Staline détiennent l’autorité absolue concernant l'avenir du pays. Chaque mesure prise concernant le maintient de la paix future est vue comme nécessaire. Les puissances s'accordent alors sur la démilitarisation complète, le désarmement, et le démembrement de l’Allemagne. Les alliés sont d'accord : l'Allemagne ne doit plus jamais constituer une menace. Pour ce faire, les quatre puissances (puisque la France est comprise dans les accords) entendent occuper le territoire allemand.

Seulement, comme face à un gâteau, on recherche à couper des parts équitables. Comment délimiter les zones d'occupations sans qu'une partie ne se sente lésée? La course militaire est en effet, toujours d'actualité : les armées continuent d'avancer en Europe. C'est globalement au point de rencontre des différentes armées que les divisions sont finalement établies. Mais Roosevelt, affaibli par la maladie et Churchill, par son échec politique, cèdent facilement aux revendications de Staline. Cela lui permet d'exercer son autorité sur de nombreux territoires en Europe de l'est, comme la Pologne. Elle est déjà occupée par l'Armée russe et le restera. Pour satisfaire l'ambition soviétique, les populations polonaises ainsi que le gouvernement en exil à Londres voient leur souveraineté populaire sacrifiée.

Préoccupations américaines

Franklin D. Roosevelt fume toujours, et son état ne s'améliore pas. Le président des Etats-Unis est avant tout soucieux d’obtenir la collaboration de Staline avec l'entrée en guerre de l'URSS contre le Japon. Si l'Allemagne est presque neutralisée, l'empire nippon ne l'est pas encore. Les américains sont seuls face à l'empire japonais, allié du régime nazi. Staline traîne des pieds mais accepte finalement, à la seule condition d'attendre la capitulation de l'Allemagne. Pour le convaincre, de vastes concessions sont faites au maréchal soviétique : on lui "offre" des villes, des îles ou encore des accès stratégiques  chinois et japonais.

L'autre objectif de Roosevelt est l'établissement de la future Organisation des Nations Unies. L'échec de son prédécesseur, Wilson, à consolider la Société des Nations motive le président américain à consolider son projet. Il insiste sur la participation de l'URSS à cette organisation : ce n'est pas le moment d'exclure un empire aussi puissant que celui de Staline. Grisé par les nombreuses considérations à son égard, il insiste pour que le nombre des républiques soviétiques soit élevé à seize. Impossible pour les occidentaux, qui seraient alors en infériorité numérique : un compromis est trouvé, il y aura deux républiques soviétiques et pas une de plus. La création de l'ONU est donc finalisée à Yalta, ainsi que la manière dont voteront les états-membres.

Les conséquences des accords sont à retrouver dans le troisième épisode de notre dossier sur les 75 ans de l'anniversaire de Yalta.

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