Il y a 40 ans, l'URSS envahit l'Afghanistan : la fin de la guerre froide et les racines de l'islamisme internationalisé

Un hélicoptère soviétique abattu en Afghanistan
Un hélicoptère soviétique abattu en Afghanistan - © RussiaHistory

C’était il y a 40 ans, le 27 décembre 1979, l’Union soviétique envahissait l’Afghanistan. Cet événement, dernière grande crise de la guerre froide, déclenche un long conflit et provoque un affaiblissement intérieur de l’URSS qui conduira à sa fin, analyse Michel Liégeois, professeur de relations internationales à l’UCL : "L’Union soviétique va épuiser ses forces militaires, ses finances, le crédit de son armée. Cela va créer les conditions d’arrivée au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev et permettre une politique très différente de ses prédécesseurs ce qui va hâter la chute de l’Union soviétique".

Face au Pakistan soutenu par les Etats-Unis et à l’Inde non alignée, Moscou joue la carte afghane en reprenant les revendications de Kaboul sur les régions pachtounes du Pakistan, ce qui donnerait au pays un accès à la mer d’Arabie. L’URSS vole donc au secours des communistes afghans qui ont pris le pouvoir à la faveur d’une révolution en avril 1978. Les réformes voulues par les communistes afghans ont poussé le pays dans la guerre civile.

Ben Laden

A l’époque, l’invasion de l’Afghanistan torpille aussi les négociations sur la limitation des armements nucléaires et conduit au boycott des Jeux olympiques de Moscou en 1980. Mais des conséquences à plus long terme en découlent aussi : "Cette invasion va susciter une mobilisation de forces aujourd’hui qualifiées de dynamiques mais qu’on n’avait pas perçues ainsi à l’époque, fait remarquer Michel Liégeois. Ce sont des combattants étrangers, venus par exemple d’Arabie saoudite pour soutenir les talibans comme Oussama ben Laden. Des talibans qui reçoivent par ailleurs le soutien des Etats-Unis.

Pour les Soviétiques, la victoire militaire s’éloigne. Le retrait est décidé. Il se termine en 1989. C’est l’échec pour les Soviétiques et l’Armée rouge en particulier, explique le professeur Liégeois : "C’est le début de la fin de la guerre froide et de la chute de l’Union soviétique. Et d’autre part le début de la montée en puissance de l’islamisme internationalisé qui donnera quelques années plus tard les attentats du 11 septembre, l’apogée d’al-Qaïda dont les racines se trouvent dans la lutte contre l’occupant soviétique en Afghanistan".

Mers chaudes

Si l’objectif de soutenir le mouvement communiste en Afghanistan a joué un rôle certain dans les causes à court terme de l’invasion soviétique en Afghanistan, Michel Liégeois souligne un élément fondamental de la géopolitique russe : c’est la volonté d’avoir accès aux mers chaudes pour être à même de jouer un rôle permanent de puissance internationale sur les mers du monde. Les côtes nord de l’URSS ne sont pas accessibles toute l’année et les flottes de la Mer noire doivent passer par les Détroits qui forment un goulot d’étranglement.

Guerre civile

Quarante ans plus tard, l’Afghanistan vit toujours aujourd’hui dans les violences. Une guerre civile qui n’a jamais cessé, selon le professeur de l’UCL.

L’absence de tradition démocratique et les structures tribales empêchent de passer au pluralisme politique, analyse Michel Liégeois. "Des structures subsistent qui ne reconnaissent pas le système de suffrage universel comme légitime et veulent éviter les ingérences étrangères, y compris de l’ONU, qui est perçue comme telle. Ce problème a été rencontré par les Soviétiques et d’une certaine façon aujourd’hui par l’ONU. Les talibans notamment bénéficient à cause de cela du soutien d’une part de la population".

Tanks soviétiques en périphérie de la province de Bamiyan (centre)

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