Il y a 40 ans, l'éruption cataclysmique du Mont Saint-Helens balayait 60.000 hectares de la carte du monde

Le Mont Saint Helens lors de l'éruption du 18 mai 1980 (à gauche). Avant l'éruption (en haut à droite) et le cratère d'1,5 km de large ayant remplacé le sommet (en bas à droite).
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Le Mont Saint Helens lors de l'éruption du 18 mai 1980 (à gauche). Avant l'éruption (en haut à droite) et le cratère d'1,5 km de large ayant remplacé le sommet (en bas à droite). - © USGS

C’est l’histoire d’une des éruptions les plus dévastatrices de l’histoire de l’humanité. Un événement cataclysmique sans précédent dans l’ère moderne, comparable à l’éruption du Vésuve qui détruisit Pompéi en 79 après J-C.

D’une puissance colossale, équivalente à plusieurs milliers de bombes atomiques d’Hiroshima, l’éruption du Mont Saint-Helens raya de la carte des Etats-Unis une région de plus de 600 kilomètres carrés. À l’heure où le réveil du volcan Taal aux Philippines laisse craindre le pire, retour sur cette explosion naturelle, véritable catastrophe écologique, dont les conséquences perdurent encore aujourd’hui.

Séisme annonciateur

Tout commence le 20 mars 1980. L’hiver touche à sa fin dans l’Etat de Washington, un tremblement de terre de 4,2 sur l’échelle de Richter secoue le Mont Sint Helens, un volcan situé entre Seattle et Portland. Très vite, des séismes peu profonds se multiplient. Cette activité inhabituelle agite les géologues et volcanologues de l’USGS, l’institut d’études géologiques américain. Car ce type de tremblement de terre résulte souvent d’une poussée de magma emprisonné qui tente de se frayer un passage vers la surface, fracassant et déplaçant la roche dans son inexorable quête de liberté. Une éruption majeure n’est donc pas à exclure. Après plus d’un siècle, celui que l’on surnomme le mont Fuji d’Amérique du Nord à cause de ses pentes si merveilleusement enneigées va-t-il se réveiller ? Difficile à prédire, même si environ deux semaines plus tard, suite à une série d’éruptions magmato-phréatiques (lorsque le magma rencontre de l’eau ou des sols enneigés) et gazeuses mineures, l’état d’urgence est déclaré.

Agitation et excitation chez les volcanologues

De leur côté, de nombreux spécialistes accourent dans cette région de l’ouest des Etats-Unis afin d’observer le phénomène. Une occasion unique d’enrichir une discipline jusque là principalement basée sur l’observation des coulées de laves hawaïennes. Devant une telle agitation, mélange d’excitation et d’inquiétude, la décision d’ériger un camp de base à Coldwater Ridge, 10 kilomètres au nord-est du volcan, est prise. La vue y est imprenable.

Le calme avant le cataclysme

Au fil des jours, la tension retombe. Alors que les séismes prennent de l’ampleur, plusieurs centaines de petites secousses sont mesurées, les émissions de gaz, elles, demeurent stables. Intimement liées à la quantité de magma, une augmentation des émissions indiquerait une éruption imminente. Mais ce n’est pas le cas.

La montagne qui gonfle

Après plusieurs semaines de secousses et alors que la lassitude s’installe peu à peu chez les scientifiques, un phénomène exceptionnel vient raviver les esprits, la montagne se déforme. Petit à petit une bosse apparaît sur le flanc nord du Mont Sint Helens. Constitué de lave solidifiée, ce dôme impromptu croît de deux mètres par jour. Très vite, la déformation atteint plusieurs dizaines de mètres de haut. Les séismes continuent à prendre de l’ampleur. Le danger se précise, mais nul ne sait comment il se matérialisera. Devant cette inconnue, les autorités décident d’évacuer la zone et d’en restreindre l’accès.

À quelques heures près, 30.000 victimes

Coup de théâtre cependant le 14 mai. Le volcan se calme, l’activité sismique et le gonflement ralentissent. Il n’en faut pas plus à la population locale pour réclamer le droit de retourner dans la zone interdite. Le 17 mai, un premier groupe reçoit la permission de récupérer une partie de leurs biens abandonnés dans l’urgence. Un retour progressif des 30.000 personnes déplacées est même envisagé pour le lendemain dès 10h du matin. Ils n’en auront cependant jamais l’occasion.

8h32, le 18 mai 1980

Il est 7 heures ce 18 mai 1980 lorsqu’un jeune volcanologue de l’USGS présent sur place, David Johnston, transmet son rapport relatif aux observations de la nuit. Tout semble normal, même si le dôme atteint désormais 150 mètres de hauteur. Mais à 8h32, un violent tremblement de terre de magnitude 5,1 secoue la face nord du volcan. Sous la violence du séisme, le flanc déjà fragilisé par sa déformation, cède. Trois kilomètres cubes de roche se détachent, se transforment en titanesque glissement de terrain atteignant une vitesse de 250km/h et recouvre tout sur son passage d’une couche de gravats de près de 150 mètres d’épaisseur. À titre de comparaison, cette masse aurait littéralement enseveli Bruxelles sous plusieurs centaines de mètres de gravats.

Une éruption latérale qui dévaste tout sur plus de 600 km²

Parallèlement, le magma accumulé jusque là emprisonné se retrouve mis à nu, et explose. L’énergie dégagée à cet instant équivaut à celle de 100 bombes atomiques. La déflagration, entendue jusqu’en Californie et en Colombie-Britannique à 300 kilomètres de là s’accompagne d’une nuée ardente de cendres et de gaz de plusieurs milliers de mètres de haut se déplaçant à plus de 500km/h et atteignant une température de 360 degrés Celsius. Le souffle dévaste tout sur son passage. Des millions d’arbres, et des dizaines de milliers d’animaux sont déchiquetés sur une surface de 600 kilomètres carrés (60.000 hectares). Un mélange dévastateur qui balaie tout sur son passage.

Le Soir 3 faisant état de l'éruption

Un nuage de poussière de 20 kilomètres de haut

L’explosion passée, un énorme nuage commence à s’élever au dessus-volcan, jusqu’à atteindre 20 kilomètres de haut, plongeant toute la région dans une sinistre pénombre. Pendant plusieurs heures, d’autres explosions s’enchaînent, libérant une énergie équivalente à celle de 2.500 bombes atomiques. Au contact des cendres brûlantes, la neige sur des parois fond, et se transforme en une coulée de 270 kilomètres cubes de boue qui dévale les vallées environnantes franchissant même les collines et détruisant sur son passage routes, ponts et maisons. Un train abandonné quelques jours auparavant par précaution a été retrouvé 10 kilomètres plus loin.

Le sommet remplacé par un cratère de 1,5 kilomètre de largeur

Ce n’est finalement qu’en fin d’après-midi que l’activité éruptive s’estompe. Les premiers constats sont effectués. Malgré les précautions prises par les autorités le bilan est catastrophique. Au final, les dégâts seront estimés à deux milliards de dollars de l’époque. 57 personnes ont également perdu la vie dont le jeune volcanologue David Johnston emporté avec le camp d’observation situé à 10 kilomètres du Mont Sint Helens. Quatre jours après l’éruption, le photojournaliste Reid Blackburn est retrouvé sans vie dans sa voiture à moitié ensevelie sous les gravats. Son appareil photographique sera lui aussi découvert, permettant d’obtenir des clichés inédits de l’événement. Quant à la montagne maudite, elle a perdu 400 mètres de hauteur, un cratère d’une largeur de 1,5 kilomètre ayant remplacé le sommet.

Haroun Tazieff n’avait rien vu venir

Quelques semaines avant la catastrophe, interdit par ses confrères américains de se rendre sur place, le célèbre volcanologue français Haroun Tazieff avait du se contenter de survoler le volcan. Son verdict fut sans appel, cette "petite Soufrière" (en référence au volcan guadeloupéen) ne présentait aucun risque majeur. C'est finalement un autre volcanologue français qui apportera sa vision de la catastrophe plusieurs jours après l'éruption.

Les explications du volcanologue français Maurice Krafft en 1980

L'avis de l'expert, Jacques-Marie Bardintzeff

Jacques-Marie Bardintzeff est volcanologue, professeur à l'Université Paris-Saclay, auteur d'une vingtaine de livres et du blog Volcanmania. Pour ce spécialiste des phénomènes éruptifs la situation aux Philippines peut paraitre impressionnante à cause notamment des éclairs produits par les charges électriques que les nombreuses particules de cendres génèrent, mais le véritable danger serait ailleurs: "Le volcan Taal est actuellement dans ce que l'on appelle une éruption phréato-magmatique caractérisée par un magma rencontrant des terrains hydratés tels que les nappes phréatiques, des sols enneigés, englacés ou détrempés. Ce que l'on redoute, c'est l'éruption plinienne, du nom de Pline le Jeune, ayant le premier décrit ce type de dynamisme éruptif explosif lors de la destruction de Pompéi et Herculaneum par le Vésuve en 79 après J-C. Ce type d'éruption est caractéristiques des volcans dit "gris", car ils émettent des panaches de cendres, là ou les volcans dit "rouges" émettent des coulées de lave. On parle alors d'éruption effusive. Une éruption explosive pourrait causer une sorte de tsunami volcanique dont l'effet serait dévastateur outre à engendrer une nuée ardente pouvant impacter de 400 à 900.000 personnes dans un rayon de 15 kilomètres."

Le Taal comme le Vésuve, le Mont Saint-Helens ou le Pinatubo ?

Toujours selon Bardintzeff, le Taal s'inscrit donc dans la lignée du Vésuve, du Mont Saint-Helens ou encore du Pinatubo, autre volcan des Philippines qui s'est réveillé en 1991 après 500 ans d'inactivité faisant un millier de victimes, éjectant 10 kilomètres cubes de matériaux et déployant un nuage de cendres sur une surface de 125 000 kilomètres carrés. "La dangerosité de ce volcan résulte également de son environnement. Malgré sa taille relativement modeste, il ne fait que cinq kilomètres de diamètre pour un peu plus de 300 mètres de haut, sa structure en 'poupées russes' le rend potentiellement très dangereux. Situé au centre d'un lac ayant comblé dans un ancien cratère d'effondrement, le Taal comporte lui-même un plus petit lac en son centre. C'est ce dernier qui a commencé à se volatiliser, laissant de plus en plus place a du magma et augmentant le risque d'explosion, comme au Mont Saint-Helens", conclut Bardintzeff.

Reportage au Mont Saint-Helens deux semaines après l'éruption

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