Il ne fait pas bon être prix Nobel en Chine

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Le Prix Nobel de la paix 2010, le dissident chinois Lui Xiaobo a décidé de dédier son prix aux militants du Printemps 89, c'est-à-dire ceux qui s'étaient soulevés contre le pouvoir en manifestant sur la place Tien An Men à Pékin.

Liu Xiaobo l'a annoncé à son épouse samedi, lorsqu'elle lui a rendu visite en prison.

Et dès son retour à Pékin, la femme du dissident s'est vue assignée à résidence. Le pouvoir communiste tente par tous les moyens  de limiter l'impact de ce prix Nobel de la Paix.

C'est par un  bref message via Twitter que l'épouse  du Prix Nobel a informé ses connaissances qu'elle était assignée à résidence à son domicile de Pékin. Elle était allée annoncer le prix Nobel de la Paix à son époux ce week-end. Liu Xiaobo purge onze années de prison pour  subversion du  pouvoir de l'Etat. Il est emprisonné dans le Nord-Est du pays.  Liu Xiaobo a pleuré  en apprenant la nouvelle et il a  dédié la récompense aux victimes du mouvement de contestation étudiante du printemps 89 sur la Place Tien An Men.

A peine rentrée à Pékin, Liu Xia  aurait  pu donner deux coups de fil. Et depuis, elle ne peut plus ni recevoir ni lancer d'appels. La police garde son domicile. Elle ne pourra sortir que dans une voiture de la police et sous bonne escorte.

Les quelques  sympathisants qui s'étaient rassemblés devant son domicile ont été dispersés. A l'entrée de l'immeuble, la police contrôle les identités.

Dès vendredi, les autorités chinoises ont qualifié d'obscène l'attribution de ce prix Nobel. Et la presse chinoise s'est mise au diapason : selon le journal populaire Global Times, l'attribution du Nobel au dissident traduit les préjugés occidentaux vis-à-vis de la Chine, et leur grande peur devant le succès de l'essor et du modèle chinois.

La Chine est, depuis cette année, la deuxième puissance économique mondiale. Si la Chine  introduisait le multipartisme comme le préconise Liu Xiaobo, elle connaîtrait les mêmes échecs que l'URSS ou la Yougoslavie.

Mais la question de la place de la démocratie et des libertés fondamentales est depuis longtemps au coeur des interrogations sur  la force et la qualité  du développement. Le tort de Liu Xiaobo  est d'avoir continûment posé la question de la démocratie, du multipartisme, du respect des minorités, dans ses essais et poèmes.

Pour Pékin, c'est  un criminel, pour l'Occident et ses amis et défenseurs chinois, un  intellectuel dissident et réformateur qui pose des questions pertinentes et nécessaires.

 

Françoise Nice 

 

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