"Il faut que les Européens acceptent qu'ils sont un continent d'immigration"

L'affaire de l'Aquarius, ce bateau qui navigue en Méditerranée avec plusieurs centaines de migrants à son bord, montre "qu'aucun politicien européen n'arrive à faire démarrer une politique migratoire: il n'y a aucune solidarité, aucune coopération. L'Europe n'arrive pas à se doter d'une politique des réfugiés" explique au micro de La Première François Crépeau, professeur de droit international public à l’université McGill à Montréal et ancien rapporteur spécial des Nations Unies pour les droits de l’Homme des migrants de 2011 à 2017.

"La première chose qu'il faut que les Européens acceptent, c'est qu'ils reconnaissent qu'ils sont un continent d'immigration, qu'ils l'on toujours été, que la migration fait partie de l'ADN de l'humanité. Ce n'est pas 400 ans de théorie de la souveraineté territoriale qui va changer cela". En voulant bloquer les migrations, "on crée des marchés extraordinaires pour les mafias" selon lui. "Il faut se dire que la migration va se produire et il vaut mieux la gouverner que de la laisser gouverner par les passeurs".

"Il faut ouvrir beaucoup plus d'options de mobilité pour les étrangers"

Un pacte mondial sur les migrations et un pacte mondial sur les réfugiés sont en discussion aux Nations-Unies poursuit François Crépeau : "Il faut ouvrir beaucoup plus d'options de mobilité pour les étrangers qui veulent venir: plus de visas d'étudiant, plus de visas de réunification familiale, plus de visas de recherche de travail".

Les partis populistes ont le vent en poupe ces derniers temps dans plusieurs pays européens: "Il va falloir probablement vivre une décennie de politiques nationalistes-populistes pour se rendre compte à quel point elles sont délétères et elles divisent la population. Quand on aura vécu au travers de cela on se rendra compte que cela ne marche pas" prédit-il.

"Le problème que nous avons sur la migration, c'est que les migrants ne votent pas. Et ils ne participent pas au débat public. Tant que cela durera, nos ministres de l'Intérieur pourront parler sans contradiction de tous les problèmes que les migrants apportent, sans jamais mentionner tous les avantages que la migration apporte en matière de création d'emplois, de création d'entreprises, de démographie. La migration est une des réponses au défi démographique colossal" auquel l'Europe fait face souligne François Crépeau.

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