Ikea condamné pour espionnage au sein de son personnel

La décision est tombée ce matin. Ikea est condamnée en France à une amende d'un million d'euros pour recel de collecte de données à caractère personnel. L'ancien PDG d'Ikea France, Jean-Louis Baillot, a été condamné à deux ans de prison avec sursis et à une amende de 50.000 euros.

Rappel des faits

Rappel des faits. En 2012, Adel Amara est licencié pour comportement agressif à l'égard de plusieurs salariés, dont Claire Hery, alors codirectrice à Franconville. Devant le tribunal, elle avait déclaré avoir eu "peur pour (son) intégrité physique et psychologique".

Jugée dans ce procès l'ancienne codirectrice qui est aussi ancienne directrice des ressources humaines d'Ikea France. Elle a nié tout lien avec l'audit incriminé ou être au courant de recherches illégales visant les salariés syndiqués de son magasin.

Aucun lien de causalité entre les recherches au sujet d'Adel Amara et son renvoi n'a été démontré ", avait souligné l'avocat d'Ikea France, Emmanuel Daoud.

Caissière infiltrée

Au coeur de ce "système d'espionnage" selon les termes du parquet de Versailles, le prévenu Jean-François Paris, ancien directeur de la gestion des risques.

Le quinquagénaire a notamment reconnu avoir eu recours à une fausse caissière, infiltrée pour "prévenir" en cas d'actions syndicales jugées problématiques. "On était sur un magasin où le service paie avait été envahi par les organisations syndicales lors des mouvements. On était inquiet que cela recommence", a-t-il dit.

M. Paris a aussi reconnu avoir demandé des renseignements sur Adel Amara. Ce dernier "se vantait d'avoir été en prison et de ne pas avoir peur de la police", a-t-il justifié.

Pour ce faire, il a indiqué avoir sollicité Jean-Pierre Fourès, patron d'une société privée d'investigation dont Ikea France était cliente.

Ce dernier, ancien membre des renseignements généraux, est accusé de s'être renseigné sur de nombreux salariés d'Ikea France en ayant recours au STIC, un vaste fichier policier qui permet de connaître le passé judiciaire des individus, au-delà même des condamnations. Des données pourtant strictement confidentielles.

M. Fourès, aujourd'hui âgé de 73 ans, conteste toujours ces accusations. L'enquête a par ailleurs montré qu'une personne avait bien consulté, en 2010, le STIC au sujet de 20 salariés de Franconville, dont Adel Amara: il s'agit de Laurent Hervieu, alors policier au commissariat d'Ermont.

"Si j'ai fait des consultations, ce n'est que dans le cadre de procédures", a assuré le quarantenaire d'une voix calme à l'audience, évoquant des procédures, qui n'auraient finalement pas abouti, "pour vols, pour escroquerie". Les enquêteurs n'ont pas pu confirmer l'existence de telles procédures.

Candidats à l'embauche

Selon l'accusation, les recherches d'antécédents judiciaires ne visaient pas seulement des salariés, mais aussi des candidats à l'embauche.

Comme à Avignon, où l'ancien directeur du magasin Patrick Soavi avait même soumis à vérification le nom de son fils alors candidat, expliquant qu'"on ne pouvait embaucher sans". Pour réaliser ces recherches, il sollicitait notamment son cousin, commandant de police, qui consultait le STIC. "Cette pratique, je l'ai réellement découverte chez Ikea", a déclaré à la barre M. Soavi. "Avant je travaillais (pour une autre chaîne de magasins) et à l'époque, Alain était déjà mon cousin, mais jamais il ne me serait venu à l'idée d'utiliser ce moyen".

Fabrice Cadet, alors responsable sécurité au magasin d'Avignon, a admis avoir transmis "une liste" de noms. "On me l'avait vendu comme quelque chose de formalisé chez Ikea", a regretté le quarantenaire, tremblant à la barre en expliquant avoir été "traumatisé" par la procédure judiciaire à son encontre. Fait qui a étonné le tribunal : M. Cadet est encore payé par Ikea France mais "sans travailler", ce qui l'empêche de se reconstruire selon son avocat.

L'enseigne encourait jusqu'à 3,75 millions d'euros d'amende. Depuis ce matin, Ikea est finalement condamné à une amende d'un million d'euros pour recel de collecte de données à caractère personnel.

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L'enseigne risquait près de quatre millions d'euros d'amende pour avoir collecté des données sur son personnel. © Copyright 2021, dpa (www.dpa.de). Alle Rechte vorbehalten

Ikea "étudie" la décision

La société Ikea Retail France a indiqué mardi qu'elle allait étudier la décision du tribunal de Versailles, qui l'a condamnée à une amende d'un million d'euros pour recel de collecte de données à caractère personnel. Elle a ajouté réfléchir à prendre des mesures supplémentaires si nécessaire.
 

Archives JT 28/07/2018:

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