Idlib: pourquoi un assaut?

Une famille syrienne se réfugie dans une zone considérée comme plus sûre dans la province d'Idlib
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Une famille syrienne se réfugie dans une zone considérée comme plus sûre dans la province d'Idlib - © AAREF WATAD - AFP

Après Alep, après la Ghouta, c'est aujourd'hui au tour d'Idlib de se préparer à affronter un assaut des forces pro-gouvernementales syriennes. Idlib est le dernier gros bastion des rebelles, une mosaïque composée de combattants djihadistes, de rebelles modérés mais aussi de miliciens syriens financés par Ankara. Des rebelles qui se mêlent à la population civile.

Assaut imminent?

Pour discuter du sort d'Idlib, un sommet Turquie-Iran-Russie s'est tenu aujourd'hui à Téhéran. Pour le président iranien comme pour le président russe, soutiens de Bachar Al-Assad, il faut venir à bout des "terroristes". M. Rohani considère que "combattre le terrorisme à Idlib est une partie inévitable de la mission consistant à ramener la paix et la stabilité en Syrie". Pour Bachar Al-Assad, libérer Idlib serait donner le coup de grâce aux insurgés. Ces derniers mois, il a repris le contrôle du territoire syrien, bastion après bastion. Énormément de rebelles se sont dès lors repliés sur Idlib. Ils y aurait là-bas dix mille djihadistes.

Ces derniers jours, des raids de l'armée syrienne et russe ont déjà visé des positions rebelles et djihadistes, faisant plusieurs morts. Bachar Al-Assad a également massé des renforts aux abords de la province d'Idlib.

La Turquie freine des quatre fers

En face, Ankara, qui soutient les rebelles, freine des quatre fers. Selon Recep Tayyip Erdogan, "une offensive provoquerait une catastrophe, un massacre et un drame humanitaire". Il dit vouloir éviter que la ville se transforme en bain de sang et privilégie la négociation. Détail important: Idlib est située à la frontière turque. Ankara craint donc un afflux de réfugiés en cas d'assaut, elle a d’ailleurs fermé ses frontières. Pour Sam Heller, expert au sein de l'ONG International Crisis Group, la Turquie craint aussi l'arrivée de djihadistes sur son territoire. "Parmi l'afflux de réfugiés en Turquie, si cela arrive, vous pourriez voir des jihadistes, Syriens ou étrangers, qui étaient à Idlib, entrer en Turquie. Ils pourraient déstabiliser ou menacer la sécurité nationale turque, ou utiliser la Turquie comme une base pour voyager vers des pays tiers", explique-t-il. 

Aujourd'hui, les trois dirigeants ne sont pas parvenus à surmonter leurs divergences. Ils ont néanmoins convenu de "continuer à "coopérer" en vue de trouver une solution permettant d'éviter les pertes civiles". Le sort d'Idlib est dès lors encore en suspens. 

Les civils fuient par centaines

Sans attendre, des centaines de civils ont commencé à fuir par crainte d'un assaut imminent. Les mouvements de population pourraient être très conséquents quand on sait que la province compte trois millions d'habitants (la moitié sont des déplacés). L'ONU plaide pour l'ouverture de routes d'évacuations dans toutes les directions: est, nord, sud. Pour l'instant, cette option n'a été ni retenue ni même évoquée par les dirigeants turc, russe et iranien.

Selon l’ONU, la bataille d'Idlib pourrait être six fois plus meurtrière que celle de la Ghouta orientale. Au printemps, 1700 civils y avaient été tués. Au total, la guerre en Syrie, qui a éclaté en 2011, a fait plus de 350.000 morts et des millions de réfugiés.

 

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