« Ibiza gate »: le scandale en Autriche, une secousse pour l'extrême droite européenne?

Matteo Salvini, leader italien de la Ligue, et la française Marine Le Pen, présidente du Rassemblement National au meeting des partis nationalistes et identitaires, à Milan.
Matteo Salvini, leader italien de la Ligue, et la française Marine Le Pen, présidente du Rassemblement National au meeting des partis nationalistes et identitaires, à Milan. - © MIGUEL MEDINA - AFP

L'«Ibiza gate» secoue le jeu politique en Autriche. Trois jours après la publication de la vidéo qui le compromet, le leader du parti d'extrême droite FPÖ, Heinz-Christian Strache, a dû quitter son poste de vice-chancelier et la présidence de son parti. Et dans les heures à venir, ses quatre colistiers qui détiennent un portefeuille ministériel pourraient également quitter le gouvernement de Sebastian Kurz. Le jeune chancelier conservateur renonce à sa coalition de droite-extrême droite: il annonce des élections anticipées pour septembre.

Voilà pour l'impact du scandale en Autriche, un effondrement politique. Mais la secousse affectera-t-elle d'autres partis d'extrême droite en Europe, à quelques jours des élections européennes? 

Une «photo de famille» gâchée

Le scandale autrichien aura gâché leur grand-messe: samedi, douze partis nationalistes et identitaires s'étaient donné rendez-vous à Milan pour une démonstration d'unité européenne de la droite radicale à une semaine des élections. Le leader de la Ligue italienne, Matteo Salvini ambitionne d'élargir son groupe parlementaire européen jusqu'à devenir la troisième force politique de l'hémicycle. 

Avaient répondu à son appel des représentants du Vlaams Belang, du PVV néerlandais, de l'AfD Allemande ou encore la française Marine Le Pen du Rassemblement National. 

Marine Le Pen qui s'est formellement distanciée de l'ex-leader autrichien en parlant d'une « faute lourde ». Une mise à distance pour éviter les éclaboussures de celui dont elle partage les idéaux politiques, une même volonté de coopération avec la Russie de Vladimir Poutine et la pose sur de nombreuses photos de campagne. 

Aujourd'hui ce rassemblement en coupole des partis d'extrême droite est laborieux. Cela reste un conglomérat de partis très différents, avec des regards distincts sur la Russie, sur leurs intérêts nationaux, sur la répartition (ou non) des migrants en Europe. Le scandale autrichien vient aviver la méfiance envers les casseroles potentielles des partenaires et compliquer encore ce chantier d'unité. 

Des rêves d'alliances plombés

L''Ibizagate' plombe aussi les chances d'alliances de ces partis d'extrême droite avec la droite traditionnelle.

Le gouvernement autrichien était présentée comme l'exemple d'une alliance Droite-extrême droite qui fonctionne, comme une preuve qu'un parti d'extrême droite est fréquentable à la tête d'une démocratie européenne. Ce modèle autrichien vient de s'écrouler. Et vraisemblablement avec lui les espoirs de Matteo Salvini de ratisser plus large, de rallier les souverainistes du Fidesz hongrois de Viktor Orban et le PIS polonais. 

Une perte d'électeurs?


En Autriche, les sondages préélectoraux de ce lundi montrent déjà une baisse des intentions de vote pour le FPÖ. Mais rien ne dit que ce scandale affectera le score des autres partis d'extrême droite ailleurs en Europe cette semaine. 

C'est l'avis de Jean-Yves Camus, directeur de l'Observatoire des radicalités politiques à la fondation Jean Jaurès à Paris. D'abord parce que la proximité de certains de ces partis avec le pouvoir russe n'est plus un secret et ce n'est pas un critère majeur pour cet électorat, explique Jean-Yves Camus. Et quant à l'évidence d'une tentative de corruption, elle ne détourne pas forcément non plus ces électeurs d'extrême droite. 

Cette famille des populistes de droite est extrêmement résiliente. Beaucoup de ces partis ont déjà été touchés par un certain nombre d'affaires, de scandales. Et pourtant quand on regarde les démêlés avec la justice d'un côté et les résultats électoraux de l'autre, on constate que finalement les démêlés judiciaires ne mettent pas ces partis en déroute ». 

Jean-Yves Camus explique: Leur électorat a tendance à considérer qu'au fond c'est le système qui veut les abattre et que tout cela relève de la cabale. Et à considérer que s'ils ont quelque chose à se reprocher, ce n'est que péché véniel quand on compare à l'ampleur de la dégradation des moeurs politiques. (...) Ces partis entonnent toujours le même couplet de la victimisation, en éludant le fond du problème et en essayant de faire porter le chapeau à leurs adversaires ». 

Cette fois ne fait pas exception. Marine Le Pen a d'ores et déjà questionné le moment de publication de cette vidéo, diffusée une semaine avant le scrutin mais tournée il y a deux ans. Et le flou qui persiste autour de ce film, notamment sur ses auteurs, alimente ce discours victimaire du FPÖ et des autres partis européens d'extrême droite.

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Meeting des leaders européens d'extrême-droite nationaliste à Milan, ce 18 mai (Salvini - Le Pen- Wilders -...)

Marine Le Pen (RN) s'est exprimée à la tribune. 

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