Huawei accusé d'espionnage aux Etats-Unis: que se passe-t-il entre le géant chinois et Donald Trump?

Donald Trump et Xi Jinping se sont rencontrés à Pékin le 9 novembre 2017 lors d'un événement business
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Donald Trump et Xi Jinping se sont rencontrés à Pékin le 9 novembre 2017 lors d'un événement business - © NICOLAS ASFOURI - AFP

Le président des Etats-Unis, Donald Trump, a signé mercredi 15 mai un décret interdisant aux réseaux américains de télécoms de se fournir en équipements auprès de sociétés étrangères présentant un risque pour la sécurité nationale. Une décision qui semble avant tout viser la Chine.

En pleine guerre commerciale avec Pékin, le président a déclaré une « urgence nationale » pour prendre ce décret qui était attendu et qui vise, notamment, le grand groupe chinois des télécommunications Huawei, depuis longtemps dans le collimateur des autorités américaines et suspecté d’espionnage.

Le secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, précise que Donald Trump a appuyé cette mesure qui « empêchera la technologie américaine d'être utilisée par des entités étrangères d'une manière qui peut potentiellement nuire à la sécurité nationale américaine ou à ses intérêts de politique étrangère ».

Pour Huawei, l'empêcher de commercer aux Etats-Unis « ne rendra pas les Etats-Unis plus sûrs ou plus forts ». « Au lieu de cela, ajoute l’entreprise, cela va seulement réduire les Etats-Unis à des alternatives de qualité inférieure et malgré tout plus coûteuses, laissant les Etats-Unis à la traîne pour le déploiement de la 5G ».

Pékin, de son côté, invite Washington à cesser de nuire aux relations commerciales bilatérales. « La Chine a souligné à plusieurs reprises qu'il ne fallait pas abuser du concept de sécurité nationale et qu'il ne devait pas être utilisé comme un outil protectionniste », a déclaré le porte-parole du ministère chinois du Commerce, Gao Feng.

Huawei dans le collimateur américain

Les Etats-Unis estiment que les équipements de Huawei pourraient servir à des activités d'espionnage de la Chine et ils exhortent leurs alliés, notamment en Europe, à ne pas s'appuyer sur le groupe chinois pour le déploiement de la nouvelle génération de téléphonie mobile, la 5G.

Selon nos collègues de L’Echo, les lois chinoises obligent en effet les groupes dont le siège social est en Chine à apporter une aide technique aux services de renseignement. D'où ces soupçons que les équipements d'Huawei permettraient à Pékin d'espionner les communications des pays qui les utiliseraient. 

Le département du Trésor a par ailleurs annoncé le placement de Huawei et de 70 de ses filiales sur une liste noire, nommée « Liste des entités ». Le groupe télécoms chinois devra ainsi demander une dérogation pour acheter des pièces et composants électroniques aux sociétés américaines.

Huawei a démenti à plusieurs reprises les allégations américaines. Il se dit aujourd’hui « prêt et disposé à collaborer avec le gouvernement américain pour trouver des mesures efficaces visant à garantir la sécurité des produits ».

Des réactions européennes mitigées

En visite au Salon VivaTech organisé à Paris ce jeudi 16 mai, le président français a réagi en disant que « déclencher maintenant une guerre technologique ou une guerre commerciale vis-à-vis d’un autre pays [n’était] pas approprié ».

« Nous voulons développer l’emploi, les affaires, l’innovation et nous croyons en la coopération et dans le multilatéralisme », a souligné Emmanuel Macron. « En même temps, pour la 5G par exemple et beaucoup d’innovations, nous faisons très attention à l’accès aux technologies essentielles pour préserver notre sécurité nationale. Notre perspective n’est pas de bloquer Huawei ou toute autre entreprise, c’est de préserver notre sécurité nationale et la souveraineté européenne. »

Côté européen, les Etats avancent en ordre dispersé sur le sujet malgré les pressions américaines. Certains, à l'image du Portugal ou de la Pologne, accueillent sans difficulté le groupe chinois quand d'autres, comme les Pays-Bas, se montrent nettement plus réticents.

Selon la presse néerlandaise, les services de renseignement du royaume jugeraient « non souhaitable » l’ouverture du marché national de la 5G au groupe chinois. Les services de renseignement (AIVD) refusent tout commentaire mais ils auraient, écrit Le Monde, lancé une enquête pour déterminer si l’un des trois grands opérateurs nationaux, Vodafone, KPN et T-Mobile/Tele2, a été victime de « portes dérobées » – un moyen pour les hackers de s'introduire secrètement dans un système informatique –qui auraient permis à Huawei de mener des opérations d’espionnage.

En mars dernier, la Commission européenne prônait « une approche concertée en matière de sécurité des réseaux 5G ». Il revient donc à chaque pays de procéder à « une évaluation » des fournisseurs de la future infrastructure, sans interdire Huawei, à ce stade du moins. Pour la Commission, « les États membres de l'UE ont le droit d'exclure des entreprises de leur marché pour des raisons de sécurité nationale si celles-ci ne respectent pas les normes et le cadre juridique du pays. »
 

Archives : Journal télévisé 07/03/2019

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