Hosni Moubarak "voudrait partir" mais "ne peut pas"

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Pour le dixième jour consécutif, des milliers de manifestants ont exprimé leur refus du maintien au pouvoir du président Moubarak. Ce dernier, lors d'une interview à ABC, a déclaré qu'il voulait quitter le pouvoir tout de suite, mais qu'il ne pouvait pas.

Face à la célèbre journaliste américaine Chritiane Amanpour, Hosni Moubarak a déclaré qu'il voulait quitter dès à présent le pouvoir, mais qu'il ne pouvait pas, "car ce serait le chaos". Le président a également exprimé son inquiétude de voir "les Egyptiens se battre entre eux", selon la journaliste. Evoquant le président Obama, Hosni Moubarak a également déclaré : "J'ai dit à Obama 'vous ne comprenez pas la culture égyptienne et ce qui arriverait si je quitte le pouvoir maintenant".

Cet entretien télévisé doit être diffusé dans le nuit de jeudi à vendredi, heure belge.

Le vice-président s'exprime aussi

Récemment désigné à la vice-présidence par Hosni Moubarak, Omar Souleimane s'est exprimé à deux reprises, ce jeudi, sur la télévision d'Etat égyptienne. Dans un premier temps, le vice-président a appelé à "la libération immédiate de jeunes détenus n'ayant pas commis d'actes criminels". Il a répété que ni le président Hosni Moubarak, ni son fils ne seront candidats à l'élection présidentielle prévue en septembre. En début de soirée, Omar Souleimane a également précisé qu'il ne serait pas candidat. Il insiste sur la nécessité de respecter le délai prévu avant l'élection présidentielle, pour éviter un "vide politique". Selon l'ancien lieutenant-général de l'armée égyptienne, le président Moubarak a mis en place "une feuille de route pour répondre aux revendications" des jeunes qu'Omar Suleimane juge "légitimes". Ce dernier appelle les Frères Musulmans et les autres partis d'opposition à dialoguer.

Mais, plus tôt dans la journée, la Coalition nationale pour le changement avait refusé de négocier avec le pouvoir avant le départ du président égyptien Hosni Moubarak. L'opposant Mohamed ElBaradei, avait aussi rejeté l'offre de dialogue de Omar Souleimane, insistant sur le fait que Hosni Moubarak doit d'abord quitter le pouvoir. Les Frères musulmans, principale force d'opposition, avaient aussi ce jeudi , rejeté "toutes les mesures partielles proposées" par le président et refusé qu'il reste jusqu'en septembre.

"Un complot"

"Il faut que le gouvernement prenne des mesures concrètes et immédiates pour savoir qui est à l'origine de cette crise. Tous ceux qui sont à l'origine de défaillances seront jugés" a déclaré Omar Souleiman, pour qui l'appel au départ du président Moubarak est "un appel au chaos". Selon le vice-président, les violences sont le résultat d'un "complot".

Le fil de la journée

Les violences au Caire ont repris jeudi dès l'aube sur la Place Tahrir (place de la Libération) où des milliers de manifestants ont passé la nuit. En fin d'après-midi, ils étaient encore des milliers.

Le bilan des heurts s'élevait jeudi à 6 morts et 836 blessés, selon le ministre de la Santé Ahmed Samih Farid. Les pro-Moubarak se sont organisés et protègent les accès à la place.

Dans la matinée, des partisans du président Moubarak armés de couteaux et de bâtons se sont à nouveau dirigés vers la place en provenance du quartier de Guizèh, sur l'autre rive du Nil. La place a été prise sous le feu d'un franc-tireur a tiré depuis l'hôtel Ramses-Hilton, causant des morts.

Un étranger a été battu à mort sur la place, selon un témoin et les services de secours.

Zone tampon

Une soixantaine de soldats égyptiens se sont interposés entre partisans et adversaires du président Moubarak place Tahrir, mettant en place une zone tampon entre les deux camps.

Malgré cela, les deux camps ont continué à se canarder à l'aide de pierres et des pro-Moubarak ont franchi le cordon. Les chars ont ensuite fait reculer les partisans du président Moubarak. Un char a fait mouvement leur direction. Les soldats ont tiré en l'air pour disperser les manifestants.

La BBC note que mercredi, les tourelles des blindés étaient dirigées vers les manifestants anti-Moubarak, ce jeudi, en direction du camp pro-Moubarak.

 

 

Les excuses du Premier ministre

Le Premier ministre égyptien Ahmed Chafic s'est excusé pour ces affrontements meurtriers et a demandé qu'une enquête soit menée.

"Je présente toutes mes excuses pour ce qui s'est passé hier et il y aura une enquête", a-t-il déclaré à la télévision nationale. Ahmad Chafic, nommé Premier ministre samedi lors d'un remaniement ministériel du président Moubarak à la suite de manifestations antigouvernementales à travers le pays, a assuré que des violences semblables ne se produiraient plus. "Le but de ceux qui ont attaqué la place Tahrir était de semer le trouble", a ajouté le Premier ministre égyptien.

Le Premier ministre s'est dit prêt à se rendre place Tahrir, pour discuter avec les manifestants, a rapporté l'agence officielle Mena. Il a indiqué "avoir parlé au téléphone la nuit dernière avec un certain nombre de jeunes protestataires place Tahrir et s'est dit prêt à aller sur la place et à parler avec les protestataires".

Il a affirmé "ne pas avoir assez de policiers" pour assurer la sécurité dans le pays, après des heurts meurtriers dans le centre du Caire entre pro et anti Moubarak.

"Je n'ai pas assez de policiers. Lorsque l'armée est arrivée, beaucoup de policiers anti-émeutes sont rentrés dans leurs villages, ils sont partis et nous n'arrivons pas à les faire revenir", a déclaré Ahmad Chafic.

Il a également indiqué que le fait de rester sur la place Tahrir n'apportera rien de plus aux manifestants.

 

Vendredi du départ

Le mouvement de contestation a appelé à une nouvelle manifestation massive vendredi, baptisée "vendredi du départ", dans laquelle elle entend réunir comme mardi plus d'un million de personnes, malgré la promesse de Hosni Moubarak de s'effacer à la fin de son mandat en septembre.

Vodafone forcé de relayer la propagande

Le géant britannique de la téléphonie mobile Vodafone a déploré jeudi d'avoir été obligé de diffuser à ses abonnés en Egypte des messages officiels.

Dans un communiqué publié à Londres, Vodafone a expliqué que les autorités égyptiennes faisaient usage, depuis le début des manifestations antigouvernementales, d'une loi contraignant les opérateurs de téléphonie mobile du pays (Vodafone, Mobinil et Etisalat) à relayer des messages officiels à destination de la population, sous forme de SMS.

Le groupe, qui n'a pas donné le détail des messages concernés, a assuré qu'il n'avait aucun contrôle sur leur contenu, et qu'il s'était plaint auprès des autorités qu'ils ne soient pas attribués clairement au gouvernement. Il a qualifié cette situation d'"inacceptable".

D'après des journalistes de l'AFP en Egypte, un de ces SMS diffusés par les opérateurs à la demande des autorités disait : "Les forces armées veillent à votre sécurité et n'auront pas recours à la violence contre ce grand peuple". Un autre exhortait "chaque mère, père, soeur et frère, et tout citoyen honorable" à "protéger le pays".

"A la jeunesse d'Egypte : méfiez vous des rumeurs, écoutez la voix de la raison, l'Egypte est au-dessus de tout, préservez-là", assurait un troisième.

Les opérateurs mobiles en Egypte, dont Vodafone Egypt, ont également été contraints à plusieurs reprises de suspendre leurs services dans certaines zones à la demande des autorités. Celles-ci ont aussi coupé pendant cinq jours l'accès à internet dans tout le pays, dans l'espoir d'entraver le mouvement de protestation sans précédent contre le président Hosni Moubarak.

Les journalistes traqués

Les journalistes étrangés couvrant la situation sur place sont traqués et violentés. Les cas se multiplient.

 

JFH avec AFP et Reuter

Ecoutez l'envoyé spécial du JP, Daniel Fontaine et réaction de Bassam Tahhan professeur et spécialiste de la géopolitique de l'islam "pour un islam protestant"

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