Hosni Moubarak: une présidence de 30 ans qui s'appuie sur l'armée

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Hosni Moubarak est à la tête de l'Egypte depuis 1981. C'est grâce au soutien de l'armée qu'il a pu rester 30 ans à la présidence et installer un clan familial. Mais la pression de la rue et l'islamisme pourraient avoir raison de ce président cancéreux de 82 ans.

Hosni Moubarak est né en 1928. Il a étudié à l'Académie militaire où il s'est spécialisé dans l'aviation. Dans les années 1960, il progresse régulièrement dans la hiérarchie militaire et, en 1972, il devient commandant de l'armée de l'air et ministre des Affaires militaires.

Sa carrière politique démarre alors. En 1975, il devient vice-président de la république d'Egypte et en 1978, vice-président du Parti national démocratique (PND). De 1975 à 1981, il sera donc le vice-président d'Anouar el-Sadate, jusqu'à l'assassinat de ce dernier le 6 octobre 1981.

A cette époque, on le décrit comme un homme sans réel charisme, une espèce d'éternel second. Mais il remporte l'élection anticipée d'octobre 1981 et devient président de la république, tout en prenant la tête du PND. Il sera ensuite réélu lors des scrutins présidentiels de 1987, 1993, 1999 et 2005.

Le néolibéralisme, le rapprochement avec Israël, la corruption étaient déjà présents lorsque le président Sadate était au pouvoir, explique Christian Cannuyer, spécialiste de l'Egypte contemporaine : "Le système Sadate était mafieux et liberticide".

"La vache qui rit"

Sans le soutien de l'armée, Hosni Moubarak n'aurait sûrement pas eu cette longévité de 30 ans à la tête de l'Egypte, comme le précise Christian Cannuyer : "Les Egyptiens l'appellent 'La vache qui rit', c'est-à-dire un fromage d'importation très cher, ni goûteux, ni très intelligent. Derrière Hosni Moubarak, il y a la toute-puissance du PND qui, avec son réseau tentaculaire, contrôle l'ensemble de la société égyptienne".

Il a aussi installé un clan familial : "L'influence de son épouse Suzanne Moubarak n'est pas négligeable à la tête de ce clan. C'est elle qui propulse, depuis des années, son fils cadet Gamal pour la succession du père à la présidence. Depuis 1981, Hosni Moubarak n'a jamais nommé de vice-président, probablement pour laisser la place à la montée en puissance de son fils Gamal. Mais ce dernier n'est pas très bien vu par l'armée, qui verrait plutôt Omar Souleiman, le chef tout puissant des renseignements égyptiens", comme futur président.

Le 29 janvier dernier suite à la pression de la rue, Hosni Moubarak a nommé ce dernier vice-président, espérant ainsi satisfaire les militaires. Selon des rumeurs qui courent en Egypte, l'épouse et les fils du président Moubarak auraient déjà quitté le pays pour aller à Londres, précise Christian Cannuyer.

Tentatives d'assassinat

Depuis les années 1990, Hosni Moubarak a cherché l'appui des Etats-Unis pour obtenir l'aide financière de ce pays et une réduction substantielle de la dette, en contrepartie de la participation de l'Egypte à la coalition lors de la guerre du Golfe de 1991. Cette alliance de fait a contribué à la montée en puissance de l'islamisme en Egypte, avec une série d'attentats contre les intérêts touristiques et aussi plusieurs tentatives d'assassinats du président Moubarak.

Mais alors que la contestation populaire appelle au départ du président Moubarak, l'attitude de l'armée sera déterminante. Les officiers et l'état-major sont très proches du régime en place, mais les soldats sont souvent issus des milieux ruraux, probablement infiltrés par l'islamisme, et aspirent peut-être aussi au changement. Ils pourraient décider de se mettre aux côtés des manifestants.

 

A.L.

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