Hongrie: Viktor Orban a réussi à unir contre lui tous ses adversaires

Des milliers de Hongrois protestent contre le gouvernement Orban lors de la manifestation du 16 décembre à Budapest
Des milliers de Hongrois protestent contre le gouvernement Orban lors de la manifestation du 16 décembre à Budapest - © PETER KOHALMI - AFP

C’est le sixième jour de manifestation contre le Premier ministre national-conservateur Viktor Orban. Et pour la première fois, il a réussi à unir tous ses adversaires contre lui.

Plus de 15.000 personnes ont défilé à Budapest sous la même banderole dimanche 16 décembre: les Verts, l’extrême droite, les socialistes, les libéraux, sans compter les syndicats et des groupes d’étudiants et de citoyens. Cette grogne anti-Orban a été déclenchée par l'adoption d'une loi assouplissant le droit du travail et cristallisant les mécontentements d'une partie de l'opinion.

Adoptée mercredi 12 décembre par le parlement, la nouvelle législation porte à 400 le nombre d'heures supplémentaires que les employeurs pourront demander à leurs salariés chaque année, payables trois ans plus tard.

Ce volume, qui représente l'équivalent de deux mois de travail ou une semaine de 6 jours de travail, est jugé "exorbitant" par l'opposition et les syndicats, qui dénoncent la création d'un "droit à l'esclavage". Les employés sont en droit de refuser de prester ces heures. "Mais avec la perte de leur emploi comme épée de Damoclès au-dessus de la tête, en pratique, ils ne pourraient pas refuser", explique le journaliste hongrois Sándor Zsíros.

La télévision publique en ligne de mire

Le mouvement s'est déplacé devant le siège de la télévision publique MTVA, où un millier de personnes sont rassemblées ce soir. Cet organe est accusé d'être totalement verrouillé par le parti Fidesz de Viktor Orban. "MTVA est muette à propos des manifestations", s'indigne Sándor Zsíros. "La chaîne se contente de diffuser des programmes de Noël encourageant les dons. Imaginez : vous êtes un pensionné et vous suivez les informations via la radio et la télévision nationales. Vous êtes complètement perdu et désinformé ! C'est le plus grand reproche que l'on peut faire à ce régime", conclut-il.

Deux députés d'opposition ont réussi à pénétrer dans le bâtiment la nuit passée. Ils réclamaient la diffusion d'un message de revendication en cinq points. Outre l'abrogation de la loi travail, l'opposition exige la suppression d'un autre texte adopté la semaine dernière, instaurant des juridictions spécifiques pour les dossiers sensibles comme les appels d'offre publics ou les contentieux électoraux, ce qui alimente les craintes d'atteinte à l'indépendance de la justice.

Les protestataires réclament également l'adhésion de la Hongrie au Parquet européen, refusée par Budapest, et surtout davantage d'indépendance et d'objectivité des médias publics. 

Début décembre, 476 sites Web, chaînes de télévision, stations de radio et publications ont été "donnés" gratuitement par leurs propriétaires à une fondation dirigée par un proche de Viktor Orban et censée "mettre en valeur la conscience nationale hongroise".

"MTVA ne parle pas de l'opposition, n'invite pas ses représentants à des émissions, ne diffuse pas ses communiqués", relève le site d'information indépendant Index.hu, selon qui il est symptomatique que les parlementaires mécontents aient dû littéralement forcer la porte de cette institution.

C'était d'ailleurs un événement quand l'éditeur vidéo indépendant Albert Bánhegyi s'est assis avec les deux opposants pour discuter avec eux et les filmer. A la question "comment est la situation ?", ils répondent que "la police va arriver."

Les deux députés écologistes avaient vu juste. Ils ont été expulsés manu militari par des agents de sécurité ce matin, dans une action relayée en direct sur les réseaux sociaux et vivement critiquée. "Un député, quelle que soit la faute commise, ne peut être interpellé que par la police. Qu'un garde de sécurité le touche, le mette à terre et le jette dehors, c'est un crime des plus sérieux", s'est indigné M. Toth.

Un doctorant belgo-canadien risque la prison

Un ressortissant belgo-canadien, Adrien Beauduin, a été interpellé mercredi soir sur la place Kossuth devant le Parlement hongrois, lors de la manifestation nocturne contre la loi "esclavagiste" de flexibilisation du temps de travail. Les faits reprochés au doctorant en études de genre constituent en Hongrie le crime de "violence en réunion contre personnes détentrice de l'autorité publique", pour lequel il encourt une peine allant de deux à huit ans de prison. Il a découvert en cellule, en même temps que les quatre autres personnes qui ont été arrêtées en même temps que lui, qu'ils sont accusés d'avoir frappé des policiers avec leur bras gauche et d'avoir donné des coups de pied. "C'est assez étrange que nous ayons tous les cinq la même accusation...", fait-il remarquer.

Il explique au journaliste Pascal Bustamante ce qui s’est passé.

Il a été détenu près de deux jours. Selon le doctorant, les autorités hongroises prévoyaient un "procès expéditif", dans les 72 heures. Cette situation a été évitée et il a été relâché le soir du vendredi 14 décembre. Il met ce temps à profit pour trouver de nouvelles preuves de son comportement non-violent. "Nous avons réussi à trouver des vidéos qui me montrent calme, très pacifique juste avant cette charge", explique-t-il. "J'ai quelques témoignages. Malheureusement la plupart de mes amis étaient plus loin." Un appel à témoins est lancé et il espère aussi que les images de la police l'aideront à prouver son innocence.

En attendant, l'ambassade canadienne se penche sur son dossier, comme il l'explique ci-dessous.

Adrien Beauduin a été surpris par toutes ces manifestations car, depuis la réélection du gouvernement en avril dernier, il y avait très peu d'activisme dans la société, même si beaucoup de gens étaient mécontents. "Tout d'un coup, cette loi est venue chercher des gens qui ne sont pas très intéressés par les questions de la liberté de la presse ou de l'autonomie des juges, mais qui sont intéressés par l'obtention d'un niveau de vie normal, en travaillant des heures normales."

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