Hongrie : un pays en voie de militarisation ?

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban au Parlement européen le 5 juillet 2011
Le Premier ministre hongrois Viktor Orban au Parlement européen le 5 juillet 2011 - © EPA/CHRISTOPHE KARABA

A partir de l’année scolaire 2012/2013, les lycéens hongrois pourront choisir de suivre un cours intitulé "sciences militaires fondamentales". Une initiative du gouvernement de Viktor Orbán qui conforte un peu plus une politique de défense affirmée, comme en témoigne une bloggeuse hongroise.

Pour Eva Balogh du blog Hungarian Spectrum, le gouvernement hongrois a résolu le problème de la diminution drastique des effectifs -liée à son passage à l'armée de métier- par la création d'un mouvement parascolaire pour les garçons, à travers "une habile formation militaire de base".

La science militaire de base est déjà enseignée dans 27 écoles en Hongrie, mais il s’agit d’écoles professionnelles, pas de lycées.

Parallèlement, une école militaire ouvrira ses portes à Debrecen d’ici peu. Les écoles militaires ont été nombreuses avant 1948, mais après la prise de pouvoir communiste et la révolution hongroise, il n’y en avait plus aucune dans le pays.

Si aux Etats-Unis les écoles militaires représentent un facteur d’intégration, les écoles militaires hongroises étaient autrefois destinées aux enfants des classes moyennes aisées. Ces écoles reflétaient les tendances politiques officielles du gouvernement.

Des camps d’été militaires très rigides

Aujourd'hui, l'armée hongroise organise des camps d'été pendant une semaine pour les jeunes qui s’intéressent aux questions militaires. L'un des deux sites est à Debrecen, la plupart des recrues venant de l'Est du pays. Il semblerait, toujours selon Eva Balogh, que ce camp soit "très rigide" avec les jeunes volontaires.

Le ministre de la Défense, Csaba Hende, prend vraisemblablement cette question à cœur. Il a récemment déclaré que l'armée aura un important rôle à jouer dans des chantiers de travaux publics. Les soldats sont actuellement formés à surveiller les chômeurs que l'Etat voudrait engager pour la construction de gros projets de travaux publics.

Unités spéciales en formation

Le gouvernement hongrois semble très préoccupé par les questions de défense et de sécurité. En janvier 2012, une nouvelle garde de soldats sera déployée devant les bureaux présidentiels. Cette unité dont on ne connait pas encore l’envergure sera nommée "Garde du Palais". Une sorte de garde prétorienne qui sera renforcée par un bataillon spécial lors des parades militaires.

Ironique, Eva Balogh suppose que la vie du président Schmitt doit être singulièrement menacée car il sera protégé non seulement par la garde du palais, mais également par un centre antiterroriste. Ce groupe a été créé par le gouvernement Orbán immédiatement après que son parti, le Fidesz ait gagné les élections. "Ce groupe anti-terroriste est souvent décrit, non sans raison, comme l'armée privée de Viktor Orbán, car elle a été créée à partir d'un groupe assez important de ses gardes du corps personnels" précise la bloggeuse.

Une autre information donnée par Eva Balogh, "qui reflète peut-être la paranoïa du gouvernement", à propos des nouveaux diplômés de l'Académie de police, recrutés dans tout le pays mais qui ne seraient pas retournés dans leur ville natale pour rester à Budapest dans la police anti-émeute.

Besoin de chars d’assaut

Il ya quelques mois le ministre de la Défense voulait acheter des vieux chars d’assaut à l'Autriche. L'Autriche vendait ces véhicules, car le pays n’en avait plus aucune utilité. Pourquoi la Hongrie en aurait-elle eu besoin ? Le ministre n’avait de cesse de répéter que l'armée hongroise est incapable de défendre le pays. Il fallait davantage d’hommes, d'argent, et donc, plus de chars d’assaut.

"C'est pourquoi j'ai été surprise d'entendre hier que le même Csaba Hende veut vendre 24 MIG-29 avions de combat. Certes, avec des MIG-29s on ne pouvait pas vraiment défendre le pays. Selon moi, les chars d’assaut sont beaucoup plus adaptés à l’idée de la guerre que se fait Csaba Hende", suppose Eva Balogh.

Eva Balogh termine son article en se demandant contre qui le ministre de la Défense souhaite se défendre : "Ses voisins ? Les dissidents hongrois ? Qui sait ?".

Julie Duclos

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK