Hongrie : Quand la politique de Viktor Orban séduit encore et encore

Hongrie : Quand la politique de Viktor Orban séduit encore et encore
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Hongrie : Quand la politique de Viktor Orban séduit encore et encore - © Tous droits réservés

Le premier ministre hongrois n’a de cesse de provoquer l’Union européenne. Ses propos xénophobes, sa politique familiale et chrétienne en hérisse plus d’un. Mais force est de constater que dans les campagnes, son discours séduit. L’homme a mis en place plusieurs systèmes d’aide aux familles. Et cela fait mouche. Dans le village de Sitke, au centre du pays, tous les dimanches, l’église est pleine à craquer. Près d’un tiers du village (700 habitants) assiste à la messe. La population ressemble à la Hongrie d’aujourd’hui. Elle est chrétienne, blanche et vieillissante. « Depuis que le gouvernement de droite est en place, ils encouragent les familles. Le nombre de mariages a un peu augmenté et le nombre d’enfants énormément » explique le curé de la paroisse. L’expression ‘énormément de naissances’ est peut-être exagérée. Pour la première fois cette année, la population est passée sous la barre des 10 millions d’habitants.

La famille Moorotz, elle, fait figure d’idéal. En moyenne, les femmes hongroises ont un enfant, chez les Moorotz il y en a 3. Les trois filles et leur mère ont un rôle bien précis.

Dans cette famille très pratiquante, on vote Fides, le parti du premier ministre Victor Orban et son slogan « la Hongrie d’abord ». Le gouvernement a récemment envoyé à chaque électeur un questionnaire sur sa politique de défense des familles, propagande quand tu nous tiens.  

Extrait : « Selon Bruxelles, tous les pays d'Europe doivent devenir des pays d'immigration. Nous rejetons cette approche. De notre point de vue, nous n'avons pas besoin d'immigration mais de renforcer le soutien aux familles élevant des enfants et d'encourager la volonté d'en avoir. »

Ou encore : « Ce sont les hongrois qui doivent résoudre le problème. Il faut que la diminution de la population s’arrête et si on constate qu’on est soutenus, plus d’enfants vont naître. »

Toute la famille Moortoz a approuvé. La politique anti immigration et pro famille de Viktor Orban ici, on approuve. Il faut dire que les aides gouvernementales mettent du beurre dans les épinards. Les parents sont techniciens dans une usine, ils ont un revenu confortable. Avec trois enfants à charge, ils ne payent pas d’impôts et ils ont droit à 32.000 euros de l’état pour l’achat d’un logement neuf. Le gouvernement leur a même donné de l’argent pour partir en vacances.

Défendre les racines chrétiennes

Les racines chrétiennes de la Hongrie, l'affirmation du mariage comme une union entre un homme et une femme ont comme été gravées dans le marbre par le gouvernement en place. Toute loi sur le mariage homosexuel est impossible. Les valeurs libérales ont de moins en moins leur place. Sauf peut-être à Budapest. L’université d’Europe centrale, fondée par le milliardaire américain, George Soros, devenu la bête noire du régime tente de résister. « Il symbolise l’engagement pour la tolérance, l’état de droit, la démocratie libérale, la société ouverte, la compréhension des nations. Explique le vice-recteur. Aujourd’hui en Hongrie, on a un gouvernement nationaliste autoritaire qui pense que la démocratie libérale appartient au passé, qu’un nouveau monde est né, qui ne partage plus le consensus post seconde guerre mondiale. » 

Alors le gouvernement a décidé d’interdire les études sur le genre dispensées par l’université d’Europe centrale. Plus aucun diplôme sur le genre ne pourra être délivré dans cette discipline dans aucune université du pays. Et la contre révolution culturelle est allée plus loin encore. Le gouvernement ne reconnait plus les diplômes américains délivrés par l’université d’Europe centrale.  

Protectionnisme et chasse aux migrants

Problème : la réalité économique de la Hongrie rattrape les discours populistes du premier ministre. Les entreprises ont du mal à recruter. Ses cinq dernières années, la société Videoton a augmenté les salaires de 50%. Mais cela n’a pas suffit.  « Au milieu de cette année, c’est devenu si grand que ce n’était plus possible de couvrir nos besoins en interne, à l’intérieur des frontières hongroises. Donc nous avons dû aller chercher un peu plus loin » explique le patron.  « Nous avons commencé à employer des gens de l’étranger, des travailleurs ukrainiens. Aujourd’hui nous avons 80 nouveaux collègues ukrainiens. »

En 10 ans, la Hongrie a perdu un demi-million d'actifs, partis travailler en Europe de l’ouest. Les jeunes ont soif d’exil. Comme Petra ,17 ans, étudiante en économie. « Je ne me sens pas très bien ici. Il y a plus de possibilités à l’étranger. » Et Maté, 20 ans, d’ajouter : « En Autriche, j’ai entendu dire qu’il y a  des postes d’électricien à pourvoir. Ici il faudrait travailler plus pour avoir le même salaire.

Partir pour une vie meilleure  

En 2015, des milliers de migrants ont frappé à la porte de la Hongrie. A l’époque, Andras allait à la frontière pour les aider avec son association. Mais depuis l’assistance aux migrants est devenue passible d’un an de prison. La loi à  également instauré une taxe de 25 % sur les ONG soupçonnées d’aider les illégaux. « On ne sait pas exactement comment va être appliquée la loi » regrette Andras. « Le gouvernement ne dit pas exactement ce qu’il en est. Et il pense que tout doucement on va fermer boutique. Il emploie la même technique pour toutes les ong. Tôt ou tard on sera obligé d’accepter des migrants. Je ne vois pas d’autre solution. Même si tout d’un coup, à partir de demain toutes les femmes hongroises se mettaient à mettre au monde un enfant, ce serait au bout de 18 ans, au plus tôt, qu’ils deviendraient des travailleurs potentiels. »

Mais les paroles d’Andras n’arrivent pas jusqu’au petit village de Sitke. Ici ni le curé, ni le maire ne veulent accueillir de migrants. Même s’ils n’en ont jamais croisé.

 

Soutenir les familles en les aidant à faire des enfants et fermer la porte aux migrants, c’est la ligne directrice de la Hongrie aujourd’hui. Un pays membre de l’Union européenne depuis le 1er mai 2004.

 

Reportage a découvrir ce dimanche 19 mai sur la Trois à 23h30 dans le magazine EuropeS

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