Hongrie: des milliers d'étudiants manifestent pour la liberté et contre Orbán

"Liberté !", c’est la revendication de milliers d’étudiants hongrois ont qui ont manifesté à Budapest en ce vendredi, 23 octobre, jour anniversaire du début du soulèvement contre le régime communiste en 1956. Torches à la main, ils étaient quelque 10.000 selon AFP, 15.000 selon Le Courier d’Europe centrale et même 20.000 selon une estimation proche du gouvernement recueillie par Le Monde, à protester contre une perte d’autonomie de leur université et une reprise en main idéologique par le Premier ministre Viktor Orbán.

Un fait rare, dans un pays tenu solidement en main par le parti du Premier ministre, le Fidesz.

"Pays libre ! Université libre !", ont scandé les protestataires, tandis que se succédaient à la tribune des étudiants de l’Université des arts du théâtre et du cinéma (SZFE), qu’ils occupent depuis début septembre.

Bras de fer

Les élèves et leurs professeurs dénoncent la mise sous tutelle de leur faculté par une fondation privée proche de Viktor Orbán et la désignation par le gouvernement d’un nouveau conseil d’administration.

Les étudiants s’opposent à la nomination de l’homme de théâtre Attila Vidnyánszky, proche de Viktor Orbán qui l’a chargé de mettre au pas "moralement" leur école avec l’aide d’un "chancelier", un ancien militaire, Gábor Szarka, qui a immédiatement décidé de couper l’internet et changer les serrures de l’université.

La semaine dernière, la faculté avait sommé les occupants de libérer les lieux mais ces derniers ont refusé d’obtempérer.

Vendredi, un tribunal de Budapest a jugé "illégale la grève" des enseignants de la SZFE. Selon la nouvelle direction, la privatisation de la faculté, qui a vu son budget doubler pour 2021, vise à améliorer le niveau de l’enseignement prodigué.

Viktor Orbán avait annoncé en 2018 une ère de "grands changements" dans le secteur culturel et intellectuel, considéré comme un foyer du libéralisme opposé à sa volonté de réorienter la société hongroise vers les valeurs traditionnelles.

Les étudiants disent défendre leur "autonomie universitaire", garantie juridiquement par la charte européenne des droits fondamentaux. Le gouvernement hongrois a déjà réformé la gestion des théâtres et privé d’autonomie la direction de l’Académie hongroise des sciences.

La Commission européenne a déclenché fin 2018 une procédure exceptionnelle, toujours en cours, pour risque de "violation grave" des valeurs de l’UE, pointant notamment l’assujettissement croissant au pouvoir politique de la communauté universitaire hongroise.

Mobilisation des enseignants et des soignants

Si la manifestation de vendredi soir a rassemblé plusieurs milliers de personnes, elle n’a trouvé aucun écho à la télévision publique hongroise, contrôlée par le gouvernement.

Aucun parti politique n’était officiellement présent, mais le maire écologiste de Budapest, Gergely Karácsony, y a fait une apparition.

Des anciens de l’université et des sympathisants ont également rejoint la manifestation en cours de trajet. Des représentants des enseignants aussi, de même que des personnels soignants également touchés par la politique de rigueur menée par le gouvernement de Viktor Orbán.

Une loi réformant en profondeur le secteur de la santé vient d’être votée à la faveur des mesures anti-Covid. Elle prévoit des augmentations de salaire et l'interdiction des enveloppes complétant le salaire des médecins, mais restreint aussi la liberté de mouvement professionnel des médecins et infirmiers qui souvent exercent une activité secondaire dans le privé en plus de leur emploi dans les structures publiques. La loi modifie aussi la durée possible de la réquisition de ces personnels et leur envoi partout dans le pays et la porte de 40 jours à deux ans. La foule a sifflé la nouvelle loi santé.

La soirée de manifestation s'est clôturée en musique avec le groupe FreeRoma.

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