Hongrie: campagne explosive avant le référendum sur la relocalisation des réfugiés

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban en quête d'un plébiscite
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Le Premier ministre hongrois Viktor Orban en quête d'un plébiscite - © ATTILA KISBENEDEK - AFP

Les Hongrois sont appelés aux urnes ce dimanche 2 octobre : le gouvernement de Viktor Orbán (Fidesz - droite nationaliste et populiste) organise un référendum contre la relocalisation de réfugiés au sein de l'Union européenne. 

8 millions de Hongrois sont invités à répondre à la question "Voulez-vous que l'Union européenne décrète une relocalisation obligatoire de citoyens non-hongrois en Hongrie sans l'approbation du Parlement hongrois? "

Le camp du "non" semble assuré de l'emporter à une écrasante majorité, selon les sondages. Toutefois, un quorum de 50% de participation est requis pour que ce référendum, consultatif, soit valide. Selon un sondage de l'Institut Zavecz, ce seuil pourrait être atteint, près de 54% des sondés se disant "sûrs" d'aller voter.

L'opposition dénonce régulièrement une "campagne de peur" et un "climat de haine" des migrants entretenus par le gouvernement à l'occasion de ce référendum.

La Hongrie n'a accueilli aucun réfugié dans le cadre du premier programme de relocalisation conclu à l'été 2015 entre les Etats membres de l'UE. Les candidats à l'asile avaient été 400 000 à transiter par la Hongrie en 2015, la plupart avant l'installation de clôtures barbelées le long des frontières serbe et croate.

Plébiscite

Le Fidesz de Viktor Orbán, et ses alliés Chrétiens démocrates, gouvernent la Hongrie depuis 2010 avec une majorité des deux tiers au Parlement. Mais le Fidesz connaît une baisse importante de sa popularité depuis 2014, à la suite de la révélation d'affaires de corruption et de l'adoption de dispositions impopulaires comme la taxe sur l'internet qui a dû être abandonnée suite à de violentes manifestations.

Selon Csaba Toth, analyste du Republikon Institute, le parti-d'extrême droite Jobbik est désormais en position de se considérer comme le principal rival du Fidesz aux prochaines élections en 2018.

Par ce référendum, le gouvernement Orbán entend asseoir sa position et rester incontournable tant au plan intérieur qu'au niveau international en se posant à la fois en défenseur de l'Europe et de ses "valeurs", qu'en tant que leader des eurosceptiques de tout poil.

Spectre du terrorisme

Le gouvernement Orbán mène activement campagne sur le sujet, saisissant toutes les occasions de rappeler que la menace terroriste est liée à la question des réfugiés. Un journal pro-gouvernemental révélait encore cette semaine que les trois terroristes qui ont attaqué le Bataclan à Paris le 13 novembre sont arrivés en Hongrie avec un groupe de réfugiés en provenance de Syrie. Salah Abdeslam serait venu les chercher à Budapest.

Après les attentats meurtriers de Paris de l'an dernier, en dehors de la France, la Hongrie a été le seul pays avec le Bénin à déclarer un jour de deuil national. Et vendredi dernier, le ministre hongrois de la Défense, István Simicskó affirmait que malgré tous ses efforts, le pays ne pourrait pas empêcher une attaque terroriste.

Explosion

Le ministre de la Défense ne croyait pas si bien dire. Samedi dernier, une explosion a secoué le centre de la capitale Budapest blessant deux policiers.

La police hongroise a rapidement publié un avis de recherche pour un suspect et offert une récompense pour tout renseignement menant à lui, son chef évoquant une attaque contre la police, ce qui sans le nommer, désigne un acte de terrorisme.

L'engin qui a explosé était une bombe à clous, similaire à ceux qui ont explosé à Bruxelles le 22 mars dernier, faisant 31 morts et blessant 250 personnes. C'est la première fois qu'un tel engin est utilisé en Hongrie.

Certains médias comme 24.hu se sont montrés méfiants quant au fait que seuls deux policiers aient été blessés par une telle explosion et que les déclarations des policiers arrivés rapidement sur les lieux soient contradictoires, soupçonnant un coup monté par la police.

Depuis les mesures de sécurité ont notamment été renforcée à l'aéroport de Budapest, aux frontières routières et sur les trains internationaux.

Boycott

Un collectif de 22 organisations non-gouvernementales ont appelé à la mi-septembre les électeurs hongrois à "boycotter" ce référendum qualifiant ce scrutin d'"inhumain".

"Nous décidons de faire campagne pour que ce référendum soit invalide : il ne permet pas de promouvoir nos valeurs communes, il n'a aucun sens et il est inhumain", souligne ce collectif qui comprend notamment le Comité Helsinki pour les droits de l'Homme et un groupement d'enseignants à l'origine de manifestations antigouvernementales au printemps.

A noter que le parti socialiste MSZP recommande aussi à la population de s'abstenir, de façon à infliger un désaveu au gouvernement.

"Un million de réfugiés attendent de venir en Europe"

Des centaines d'affiches parodiant les messages hostiles aux migrants du gouvernement ont fait leur apparition pour contrer "la campagne de peur" de l'exécutif. "Nous sommes contre le climat de haine créé par ce gouvernement", a expliqué mardi Gergo Kovacs, du parti satirique hongrois du chien à deux queues (MKKP), un mouvement qui depuis plusieurs années manie la dérision contre le discours populiste du Premier ministre hongrois.

Le gouvernement a lancé cet été dans les médias une nouvelle campagne contre les migrants. "Le saviez-vous ? Plus de 300 personnes sont mortes en Europe depuis le début de la vague migratoire" ; "Bruxelles veut que nous recevions un nombre de migrants équivalant à la taille d'une ville" ; "Un million de réfugiés attendent de venir en Europe", disent les slogans.

Les satiristes ont répliqué avec 800 affiches et des dizaines de milliers de tracts parodiant ce discours: "Le saviez-vous ? Les gens ne sont pas stupides" ; "Le saviez-vous ? Plus d'un million de Hongrois veulent quitter la Hongrie pour l'Europe" ; "Le saviez-vous? Il y a la guerre en Syrie". Kovacs dénonce une "campagne de la peur".

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