Hong Kong: nous avons retrouvé Andy Chang, jeune Hongkongais, 5 ans après la révolution des parapluies

Andy Chan dans les rues de Hong Kong, novembre 2019
Andy Chan dans les rues de Hong Kong, novembre 2019 - © RTBF

Physiquement, il n’a pas beaucoup changé. Andy Chang a aujourd’hui 27 ans. Il essaie de construire sa vie à Hong Kong en tant que photographe indépendant. Nous l’avions rencontré pour la première fois il y a 5 ans, en 2014, au moment de la révolution des parapluies. À l’époque il était toujours étudiant et logeait dans les rues du centre-ville avec d’autres jeunes Hongkongais pour occuper les lieux et demander le suffrage universel. C’était l’émergence du mouvement pro-démocratie.

5 ans plus tard, les mêmes convictions

A ce moment-là Andy croyait au changement, "Beaucoup de jeunes ici à Hong Kong restent chez eux expliquait-il à notre micro en 2014. Mais aujourd’hui beaucoup de jeunes sont sortis dans la rue pour dire au grand public ce qu’ils pensent. C’est déjà un grand changement".

Aujourd’hui, 5 ans plus tard, le mouvement pro-démocratie s’est durci et les confrontations avec la police sont devenues presque quotidiennes mais Andy n’a rien perdu de ses convictions. "Je souhaite toujours vraiment que Hong Kong puisse être un territoire de libertés nous dit le jeune photographe quand nous le rencontrons dans un jardin du centre-ville. Je ne veux toujours pas que Hong Kong devienne simplement une ville de Chine comme les autres".

"Je ne veux pas être arrêté"

En 2019, Andy veut continuer de porter le mouvement pro-démocratie lui aussi. Il était dans les grandes manifestations qui ont émaillé le territoire cet été. Mais aujourd’hui, il n’est plus dans la rue toutes les semaines pour se joindre aux militants qui bravent régulièrement les interdictions de manifester. "Mes parents ne veulent pas que je me rende aux manifestations car ils ne veulent pas que je sois arrêté. D’un autre côté, j’ai aussi peur d’être face à la police ou la justice. Je ne veux pas être arrêté et avoir un casier judiciaire qui pourrait hypothéquer mon avenir. Et je me déteste quand je dis ça. C’est très égoïste. J’admire ceux qui sont en première ligne. Moi, j’essaye d’agir autrement, notamment en boycottant les produits des entreprises chinoises".

Un débat qui déchire la société et les familles

Dans sa famille, comme dans beaucoup d’autres à Hong Kong, ce débat est un sujet de crispations. Andy le sait, dans cette société très divisée, tout le monde ne partage pas sa vision des choses. "Mon père est plutôt pro-Chine décrit le jeune homme. Il a le sentiment que le gouvernement Chinois fait un bon travail parce qu’il voit le développement économique de la Chine. Il est fier de ça. C’est son point de vue et je ne le partage pas. Je suis d’accord pour dire que la Chine est forte mais pour moi, cela va bien au-delà du développement économique. On parle ici de liberté. Heureusement mon père est assez ouvert d’esprit et il me laisse penser ce que je veux. Mais après le mouvement des parapluies en 2014, j’ai eu des mots avec mon père et cela a été une guerre froide entre lui et moi pendant presque 2 ans. Ensuite nous avons dû établir une règle et nous mettre d’accord pour ne plus parler politique à la maison. Aujourd’hui, quand nous regardons les infos à la télévision, certains commentaires de mon père sonnent comme une torture pour moi mais je dois aussi respecter son point de vue. Et j’attends qu’il respecte aussi le mien. Nous devons chacun vivre avec cette situation et ce n’est pas facile".

La violence : un enjeu qui divise

Hong Kong vient de vivre la semaine la plus violente depuis le début du mouvement. Une violence qui crispe une partie de la population hongkongaise. Certains fustigent l’attitude des protestataires qui utilisent des cocktails Molotov ou des arcs à flèches lors des confrontations avec les policiers. D’autres, comme Andy, pointent le gouvernement de Hong Kong et la police comme responsables de cette escalade. "Bien sûr, il y a de la violence dans les deux camps reconnaît le jeune homme. Je sais que la violence engendre la violence. Mais nous avons essayé la voie pacifique plusieurs mois. Quand un million de personnes était dans la rue, le gouvernement n’a pas répondu. Quand deux millions de personnes étaient dans la rue, comme au mois de juin, le gouvernement n’a pas répondu non plus. Et c’est quand les protestataires ont haussé le ton que le gouvernement a fait un petit pas en avant en retirant le projet de loi sur l’extradition (le gouvernement de Hong Kong voulait amender une loi sur l’extradition qui aurait permis le transfert vers la Chine continentale de personnes arrêtées sur le territoire de Hong Kong, ndlr). Mais ce n’est qu’une seule de nos cinq demandes. Alors je me pose la question : qui pousse à utiliser la violence ? Je sais que la plupart de ceux qui défendent la démocratie sont pacifiques. Mais si le mouvement reste pacifique, malheureusement, je pense que le gouvernement continuera de nous ignorer."

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