Homosexuels arrêtés en Tchétchénie: "Un projet assez proche de celui des nazis"

Détention, coups, électrocutions... Les homosexuels vivent un véritable cauchemar en Tchétchénie. Ce mercredi, c'est la journée internationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie. A cette occasion, Matin Première recevait Oliviero Aseglio, porte-parole et chargé des projets sociaux à la Rainbow House de Bruxelles.

Plusieurs centaines de personnes ont été arrêtées et torturées en Tchétchénie parce qu’elles sont homosexuelles. Certaines auraient été tuées. Des témoins assurent qu’il y en aurait beaucoup plus. D’après les journaux d’opposition, il y aurait même des prisons secrètes où les détenus seraient torturés et contraints de livrer les noms d’homosexuels de leur entourage. Est-ce que vous savez ce qui se passe concrètement sur place ?

"Non, on a juste le retour des associations qui sont sur place, des ONG comme Amnesty International et d’autres. On sait qu’il y a en effet une espèce de purge, de chasse à l’homme pour nettoyer la Tchétchénie avant le début du Ramadan, d’après les propos du porte-parole de Kadyrov, le président tchétchène, des homosexuels. Cela est évidemment une énorme illusion puisque l’homosexualité ne disparaîtra pas de Tchétchénie même s’ils tuent tous ceux qu’ils trouvent. Il y aura toujours des homosexuels qui naîtront en Tchétchénie et comme il y en a toujours eu dans l’histoire de l’humanité dans le monde entier, quel que soit l’époque, quel que soit l’endroit. Donc de toute façon, c’est complètement impossible, mais c’est un projet qui est assez proche de celui des nazis, pendant les années 30, par rapport aux juifs, aux homosexuels, aux personnes handicapées. Il y a vraiment une volonté de s’en débarrasser et en même temps de dire de l’autre côté qu’il n’y en a pas en Tchétchénie".

Oui, les autorités tchétchènes nient toutes les accusations. Il n’y a pas d’accusation puisque le pays est vierge de toute homosexualité...

"Voilà, et Vladimir Poutine parle de rumeurs puisque personne n'est allé porter plainte sous son vrai nom parce qu’évidemment les gens préfèrent être anonymes. Ils ont peur des répercussions. Donc s’il n’y a pas le vrai nom, ça veut dire que c’est des fausses plaintes et que ce ne sont que des rumeurs".

Notre ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, s’est exprimé ce lundi. Il a déclaré que la Belgique était intervenue auprès des autorités russes pour qu’une enquête soit menée pour connaître la situation réelle. Qu’attendez-vous des autorités belges et européennes?

"Angela Merkel a été en visite à Sotchi, dans le sud de la Russie, pas très loin de la Tchétchénie, il y a quelques jours. Elle a demandé des explications à Vladimir Poutine. Celui-ci lui a répondu que ce sont des rumeurs, mais qu’il allait faire une enquête officielle. Ce serait en effet bien que la Belgique s’aligne sur ce point de vue-là, que l’Union européenne également. On peut attendre de la part de l’Union européenne des sanctions économiques puisque la Russie est un très grand partenaire commercial de l’UE, et également la possibilité éventuelle de proposer des visas humanitaires, des couloirs humanitaires, pour exfiltrer ces personnes qui sont en danger de mort actuellement".

Alors Oliviero Aseglio, vous êtes responsable associatif au sein de la communauté LGBT. Qu’en est-il de la mobilisation autour de ce qui se passe, de ce drame en Tchétchénie?

"On a fait, il y a quelques semaines, une réunion devant la Bourse avec des drapeaux, des panneaux pour expliquer la situation en Tchétchénie et pour expliquer qu’en général, dans le monde entier, il y a encore plus de 70 pays qui criminalisent l’homosexualité sur tout ou partie de leur territoire, parfois par la peine de mort, parfois par la torture, parfois par la prison. Ce n’est jamais en tout cas très réjouissant. Du coup, la Tchétchénie n’est pas le seul pays dans cette situation-là. Maintenant, c’est une situation particulièrement médiatique. La situation des camps de concentration est particulièrement visible et particulièrement horrible, mais beaucoup de pays pratiquent ce genre de choses. Donc on voulait attirer l’attention sur le cas tchétchène et sur le reste du monde. On voulait aussi que la communauté LGBT européenne occidentale se mobilise et se rende compte qu’elle a gagné ces droits et cette liberté-là, mais que beaucoup de gens dans le monde n’ont pas encore cette situation-là".

Oui, en Belgique, les homosexuelles ont obtenu pas mal de droits, pas mal de liberté, même si dans certains endroits c’est assez compliqué de s’afficher comme étant homosexuel. Ce que vous me dites, c’est que cette journée internationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie a encore un intérêt?

"Oui, bien sûr parce qu’il y a les droits et il y a la réalité sociale. C’est-à-dire que nous avons en effet le droit de nous marier, le droit d’adopter des enfants, le droit de se déplacer plus ou moins librement dans le centre-ville, etc., mais il y a évidemment encore les situations familiales et de société où il vaut mieux ne pas être homosexuel ou transgenre et où on est vraiment en danger en effet. Et donc évidemment la Belgique est un bon élève par rapport à d’autres pays du monde, si on peut la comparer. Mais il reste encore beaucoup de progrès à faire dans les mentalités, particulièrement dans les endroits reculés ou moins urbains, etc. Donc oui, ça reste toujours d’actualité, tout à fait".

Aurez-vous une pensée pour les Tchétchènes lors de la gay pride qui a lieu ce samedi 20 mai à Bruxelles?

"Bien sûr! En fait, cette année, le thème de la pride, c’est l’asile et la migration. Je travaille avec des demandeurs d’asile. J’en reçois environ 250 par an et il y a 1200 personnes qui demandent asile par an en Belgique pour ça. Donc la majorité d’entre eux viennent d’Afrique subsaharienne, aussi un peu du monde arabo-musulman, de Russie, de l’Amérique latine parfois. On va peut-être avoir les Tchétchènes bientôt. Si on peut les recevoir, ce sera évidemment avec beaucoup de soin. Cette année nous voulons attirer l’attention sur le fait que plus de 70 pays criminalisent l’homosexualité et que beaucoup de nos frères et sœurs LGBT sont encore en danger de mort partout dans le monde".
 

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