"Hitler, ça fait vendre": en Allemagne, une vente aux enchères crée la polémique

"Hitler, oui ça fait vendre" ! C’est ce qu’explique le directeur de la maison Hermann Historica, Bernhard Pacher, qui réalise ce mercredi, une vente aux enchères particulièrement polémique.

900 objets liés au nazisme dont 143 issus du troisième Reich et certains ayant appartenu à Hitler himself seront mis aux enchères.

A titre d’exemple, le chapeau haut de forme du leader nazi sera mis en vente pour 12.500 euros, un contrat de location d’un appartement à Munich daté du 26 mars 1933 (mise à prix 2500 euros) ou un couteau à poisson et une cuillère de l’argenterie de sa résidence du Berghof (750 euros). Une robe de cocktail en soie noire ayant appartenu à Eva Braun, brève épouse d’Hitler, est également proposée. Mais aussi six pièces d’un service en porcelaine de la femme de Joseph Goebbels, une édition de luxe de "Mein Kampf" ayant appartenu à Hermann Göring ou encore une carte postale envoyée à Hitler par Rudolf Hess pendant son voyage de noces en 1928.

Comme nous l’expliquait Alain Colignon du CEGESOMA (centre d’études et de documentation Guerres et Sociétés contemporaines), "il y aura toujours une demande pour ce type d’objets, d’autant qu’on assiste à la fin de l’autocensure par l’élimination biologique de ceux qui ont connu la seconde guerre mondiale."

Une question morale pour la communauté juive

Pour le rabbin et directeur de l’Association juive européenne, Menahcem Margolin, qui publie une carte blanche dans le quotidien Tagesspiegel, la question n’est pas de savoir si cette vente est légale ou pas mais c’est une question de moralité : "Le commerce de tels objets ne devrait tout simplement pas avoir lieu." Pour le rabbin, il est évident que ces articles ne serviront pas de mémoire historique mais bien d’outils de glorification du régime nazi.

Les objets, outils de propagande

Hermann Historica se défend d’alimenter une quelconque propagande nazie : "Oui Hitler ça fait vendre ! Mais avant tout auprès de clients qui s’intéressent à la valeur historique de ces éléments".
C’est peut-être vrai. Mais ce n’est pas de la première fois que la maison de vente munichoise créée la polémique.

En 2016, une vente aux enchères a suscité la controverse. Un mystérieux acheteur argentin avait déboursé 600.000 euros pour l’achat d’effets personnels nazis.

"La dernière fois, une grande partie de la vente est partie en Argentine. Et on connaît bien les liens de ce pays avec le nazisme après 1945", avait indiqué Thomas Kirchner, le directeur du Centre allemand d’histoire de l’art à Paris, au micro d’Europe 1.


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Cette fois, la maison Hermann Historica aurait demandé à la police de surveiller la vente pour laquelle seuls les collectionneurs reconnus ont été conviés, expliquent nos confrères d’Europe 1. L’idée est donc bien d’éviter que des fanatiques du Troisième Reich, ne s’invitent à la vente. Mais comment être sûr de l’identité d’acheteurs anonymes qui passeraient leurs ordres d’achat par téléphone, par exemple ? Mystère.

La vente d’objets nazis est-elle légale?

Qu’on se le dise, il n’existe pas de loi qui interdirait la vente ou l’achat d’objets liés au nazisme.

Il s’agit donc principalement d’une question éthique. Pour Sotheby’s, une des plus grandes maisons de ventes aux enchères, " selon nos règles éthiques internes, nous refusons tous les lots qui appartiendraient au nazisme". Même son de cloche, du côté de la maison de vente Horta en Belgique.

Quant au cadre légal, il diffère d’un pays à l’autre.


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En Belgique, la loi est assez floue. Il n’est pas interdit d’exposer ou de vendre des objets nazis. Néanmoins, la loi du 23 mars 1995 tendant à réprimer la négation du génocide juif, en revanche, sanctionne l’utilisation de telles pièces aux fins d’apologie du régime national-socialiste. Selon les cas, l’exposition d’armes, d’uniformes et de sigles nazis tient donc à la fois de la propagande et de la collection historique. Vendre un objet remontant au Troisième Reich n’est pas illégal en Belgique, à condition de présenter une "valeur de collection historique". C’est d’ailleurs ce qu’avait dû prouver la foire de Ciney lors d’une exposition très controversée en 2018.

Et c'est aussi au regard de cette loi que le papy nazi de 76 ans, qui avait décoré la façade de sa maison avec des symboles nazis, risque une peine de prison d’un an. C’est d'ailleurs ce qu’a requis le ministère public à son encontre.

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