Himalaya indien: Ladakh, le Tibet en exil

Avec une altitude moyenne de 5300m et de nombreux réfugiés tibetains, le Ladakh est "little Tibet" dans l'Himalaya indien.
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Avec une altitude moyenne de 5300m et de nombreux réfugiés tibetains, le Ladakh est "little Tibet" dans l'Himalaya indien. - © Pascale Sury

Région himalayenne et bouddhiste, Le Ladakh est le petit frère du Tibet dans le nord de l’Inde. Des milliers de réfugiés tibétains y ont élu domicile. Ils y rencontrent des touristes, de plus en plus nombreux chaque année, avides de trekkings, de grands espaces et d’immensité. Le Ladakh est encore peu connu du grand public. Et c’est peut-être sa chance !

Avec une altitude moyenne de 5300 m et ses 150.000 habitants, le "pays des cols" porte bien son nom. Bienvenue au Ladakh, une région inspirante où se touchent des hauts sommets et des vallées sèches et rocailleuses ; des paysages uniques au monde aux couleurs rouge, ocre, gris, vert... Des étendues à perte de vue avec la sensation étrange d’être sur la lune.

"Jullay" ! Une dame accueille les voyageurs venus de loin avec un grand sourire dans une des nombreuses guesthouses de la petite ville de Leh, la capitale du Ladakh. La tête tourne mais pas d’inquiétude, c’est normal : on marche déjà à 3500 m d’altitude.

Ce "little Tibet" de l’Inde du Nord porte bien son surnom. Beaucoup de ressemblances avec son mythique voisin, sans doute grâce à la présence de nombreux réfugiés tibétains. À commencer par l’alimentation, les spécialités locales sont tout simplement celles des Tibétains : la "tsampa" (orge grillé), les momos (raviolis tibétains fourrés aux légumes, au fromage, aux pommes de terre, à la viande...) et puis tous les dons des yacks (yak cheese, yak milk, yak butter tea). Sans oublier la chang (bière locale à base d'orge), une alternative plus musclée au traditionnel thé qui rythme la vie ici. Et il faut bien ça pour se réchauffer !

Quelle atmosphère pure et sereine dans cette région du monde. Est-ce grâce à l’ambiance bouddhiste ? On y respire un climat de paix, de calme et de plénitude que l’on ne rencontre probablement nulle part ailleurs en Inde. On se sent bien dans cette petite ville de 10 000 habitants où cohabitent Ladakhis, réfugiés tibétains et militaires (une présence due à la position frontalière avec le Pakistan).

Les chiens, les ânes et les vaches sacrées errent ensemble dans les rues poussiéreuses. Ils partagent la route avec cette population contrainte de vivre au rythme des saisons. Les hivers sont longs et rudes, sept mois durant lesquels la ville de Leh est coupée du monde. Ici, l’altitude fait partie intégrante du quotidien, on y vit "slowly" (lentement, ndlr).

En se baladant dans les rues de la capitale, on se laisse bercer par des musiques bouddhistes tibétaines. En longeant les temples, on peut entendre aussi le couinement des nombreux moulins à prières, à faire tourner dans le sens des aiguilles d'une montre et qui produisent autant de "Ôm Mani Padme Um" (un des plus célèbres mantras du bouddhisme) qu'ils font de tours. Et puis, le claquement des drapeaux de prières qui colorent le ciel et offrent au vent leurs symboles. Chaque couleur représente un élément : rouge pour le feu, blanc pour l’espace, jaune pour la terre, bleu pour l’eau et vert pour la forêt, les arbres et les cultures.

Leh, c’est aussi un concentré de magasins, d’agences de voyage, de restaurants et de guesthouses. En été (de mai à septembre), les touristes occidentaux arpentent les ruelles étroites à la recherche de la meilleure agence pour un trekking ou la visite des nombreux "gompas" (monastères bouddhistes) nichés dans les montagnes alentours.

Le Ladakh est ouvert au tourisme depuis 1974 et aujourd’hui tourisme et surtout trekking sont devenus très à la mode. La concurrence entre les centaines d’agences est d’autant plus rude que la saison touristique est courte. Les guides ladakhis viennent parfois de très loin pour trouver un travail et nourrir leur famille pour le reste de l’année. Être guide demande beaucoup d’effort, de résistance et d’endurance, une bonne condition physique aussi. Ils sont d’ailleurs souvent incapables de continuer à exercer ce métier au-delà de 45 ans.

Cette région devient une destination touristique de plus en plus prisée. Mais, de par sa situation géographique, le Ladakh doit faire face à de nombreux problèmes pratiques et techniques : coupure d’électricité, de réseau Internet, de téléphone mobile, pénurie d’eau et quand ce n’est pas la pénurie, ce sont les inondations et les coulées de boue qui rythment le quotidien des Ladakhis.

Le Ladakh est une des rares parties du monde où l’on peut se perdre au milieu de nulle part, à des dizaines de kilomètres du premier village. En s’éloignant de Leh, vous dites temporairement "adieu" à toute civilisation. Vos seules rencontres sont des nomades installés au milieu de ces étendues. Ils vivent avec leurs troupeaux de chevaux ou de yacks et les transforment parfois en porteurs pour les sacs des touristes à bout de souffle. Pour les nomades, rien de plus simple : on pose sa tente ici et là, au rythme des saisons, au gré de ses envies. On déplace sa famille et son troupeau au milieu de ce désert aride.

Sur les chemins de trekking, tant de petits métiers inventés. Les habitants sont à la recherche de quelques roupies pour vivre, développent des homestays pour les touristes de passage, avides de rencontres et de découvertes locales. Une fois qu'on a quitté le campement nomade, on peut marcher des jours durant sans croiser d’autres vies que des animaux sauvages.

On peut aussi faire des découvertes étonnantes comme le maraîchage en altitude. Quelle surprise d’apercevoir, en été, des potagers remplis de fruits et légumes à plus de 3500m d’altitude ! Grâce au fleuve Indus, les Ladakhis parviennent à avoir une abondante récolte annuelle de multiples variétés de légumes et de fruits comme l’abricot. Délicieusement sucré, il est le roi sur tous les marchés.

Le Ladakh est magnifique, sereinement isolé sur le toit du monde. Mais son authenticité survivra-t-elle au déploiement du tourisme en plein essor ?

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