Haut-Karabakh: vidéos à l'appui, l'Arménie accuse l'Azerbaïdjan de crimes de guerre

Haut-Karabakh: un soldat azerbaÏdjanais accroche son drapeau à Jabrayil repris par les forces de Bakou le 16 octobre
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Haut-Karabakh: un soldat azerbaÏdjanais accroche son drapeau à Jabrayil repris par les forces de Bakou le 16 octobre - © BULENT KILIC - AFP

Les combats se poursuivent ce samedi dans le territoire contesté du Haut-Karabakh, opposant séparatistes arméniens à l’Azerbaïdjan. Le conflit vieux de 30 ans mais gelé depuis des années a repris de la vigueur fin septembre. Il aurait déjà fait près de 5000 morts, selon le président russe Vladimir Poutine. Parmi ceux-ci des combattants arméniens en uniforme qui auraient été exécutés par des militaires azerbaïdjanais. Des vidéos montrant ces potentiels crimes de guerre sont apparues et ont été identifiées comme authentiques par la BBC.

Une vidéo publiée sur une application de messagerie montre l’arrestation de deux Arméniens en uniforme militaire par des troupes azerbaïdjanaises. Une deuxième montre ces mêmes Arméniens se faire fusiller les mains entravées. Les deux hommes ont pu être identifiés par les autorités arméniennes : Benik Hakobyan, 73 ans, et Yuri Adamyan, 25 ans. L’Azerbaïdjan qualifie les vidéos de "fake" (fausses).

Vraies et fausses vidéos

Depuis que les combats ont repris, des vidéos et des photos émergent des deux côtés montrant des prisonniers de guerre et des dépouilles de soldats. La BBC en a visionné plusieurs avec des fact-checkers de Bellingcat et n’en a retenu que deux comme authentiques.

La BBC a par exemple exclu une vidéo circulant sur Telegram prétendant montrer un prisonnier de guerre azerbaïdjanais abattu par des soldats arméniens car il s’agissait en fait d’une vidéo russe datant de 2013. D’autres vidéos manquaient de détails pour être vérifiées.

Par contre deux clips publiés sur un canal pro azerbaïdjanais anonyme en langue russe sur Telegram ont pu être authentifiés.

La capture de Benik Hakobyan et Yuri Adamyan les montre en compagnie d’une personne parlant russe avec un accent azerbaïdjanais, qui leur ordonne d’avancer, de rendre les armes et de lever les mains, avant de s’adresser à des soldats en azéri leur disant de ne pas frapper les captifs.

La seconde vidéo (non publiée ici en raison de sa nature violente) montre l’exécution des deux hommes, mains liées dans le dos. On entend toujours en azéri : "Visez leur tête", puis des coups de feu.

Le ministère de la Défense azerbaïdjanais dément qu’il s’agissait de troupes azerbaïdjanaises et qualifie les vidéos de provocation. Mais selon la BBC qui s’appuie sur la chronologie des combats, sur le type d’armes, des SVD et des AK-74, et de casques utilisés par les forces spéciales azerbaïdjanaises et sur la comparaison avec des images satellite, leur authenticité est avérée.

Un expert militaire britannique apporte sa caution : "Ce sont des balles réelles, c’est une exécution réelle, ce n’est pas mis en scène".

Les images ont été tournées à Hadrut, dans le sud du Haut-Karabakh où se sont déroulés d’intenses combats avant la chute de la ville annoncée le 9 octobre par l’Azerbaïdjan.

Crimes de guerre

Pour l’Arménie, il s’agit d’un crime de guerre, un crime de guerre indéniable, pour l’ombudsman arménien des droits de l’homme Arman Tatoyan qui s’exprime sur Facebook : "Dans ces vidéos, des membres de l’armée azerbaïdjanaise humilient les prisonniers de guerre puis les tuent brutalement avec un cynisme extrême". Arman Tatoyan partagera ces vidéos avec les organisations internationales compétentes.

Le Conseil de l’Europe a été saisi de même que la Cour européenne des droits de l’homme.

La notion de crime de guerre est définie par les traités internationaux dont les différentes conventions de Genève qui prévoient que tous les signataires, dont l’Azerbaïdjan et l’Arménie, doivent protéger les prisonniers de guerre ainsi bien sûr que les civils qui ont été visés par des bombardements dans ce conflit, faisant des dizaines de morts et des centaines de blessés, notamment avec l’utilisation de bombes à fragmentation. Le fait de tuer un prisonnier de guerre constitue un crime de guerre.

Le conflit du Haut-Karabakh a fait l’objet de cessez-le-feu sous l’égide de la Russie à deux reprises les 10 et 18 octobre, mais sans effet. Les Etats-Unis tentent en ce moment une médiation. Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a reçu séparément vendredi à Washington les chefs de la diplomatie arménien et azerbaïdjanais.

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