Hausse des salaires en Grèce: entre bouffée d'air et crainte de licenciements

Barbe de quelques jours, cheveux coupés comme certains joueurs de football qu’il admire à la télévision, Stathis a 24 ans. Il n’a pas fait de grandes études, ne se voit pas travailler à l’étranger. Lui, ce qu’il veut, c’est une vie simple, en Grèce. Mais avec son travail à la cantine d’une entreprise automobile et ses 510 euros par mois, il ne peut pas faire autrement que rester chez ses parents. Il est au salaire minimum.

Heureusement, depuis quelques semaines, le gouvernement grec a décidé d’augmenter les salaires minimums de 11%. Une première depuis dix ans. Mieux, les jeunes de moins de 25 ans au sous-salaire minimum verront leurs salaires augmenter de 27%.

C’est le cas de Stathis, soulagé et enfin confiant dans l’avenir : « Depuis le 1er février, le sous-salaire minimum a été aboli. Et donc, je suis passé d’un peu plus de 500 euros à un peu plus de 600 euros bruts par mois. Évidemment, avec un salaire aussi bas que le mien, cette hausse est extrêmement importante. Cela me permet de mettre un peu d’argent de côté ».

« Démarrer enfin une nouvelle vie »

Même hausse et même satisfaction pour Argiris. Lui est ouvrier et remplit des pots de miel, toute la journée. « Cette hausse va me permettre d’aider mes parents et de faire plein de choses, seul, confie-t-il. Mes amis et moi, nous sommes à un âge où on vit encore chez nos parents. C’est encore compliqué de faire plein de choses, seuls, de manière autonome. Avec cet extra, on pourra tenter de vivre seul et démarrer enfin une nouvelle vie. »

Des jeunes heureux de travailler et de gagner plus. Mais forcément, il faut que cette hausse soit en partie supportée par les patrons, déçus de payer plus. Stavroula Theodorou et son mari Yiannis Karypidis ont créé leur société de miel grec en pleine crise. « Au départ, la hausse du salaire minimum a été une petite difficulté pour nous, explique Stavroula. Mais d’un autre côté, on doit bien avouer que cela fait du bien à nos salariés. Et puis, nous avons la chance de voir notre chiffre d’affaires croître chaque année, donc on peut supporter cette hausse. »

Pour eux, des salaires bas, cela permettait d’embaucher. Ils ont 20 salariés dont quelques-uns au salaire minimum. Mais la crainte de Stavroula et Yiannis, c’est de devoir licencier. « C’est évident que si le salaire minimum continue d’augmenter, il va y avoir un problème et nous devrons penser à diminuer nos effectifs ».

Licencier pour continuer d’exister

Cette crainte est également partagée par Nicos Vernicos, armateur mais aussi président de la chambre du commerce international d’Athènes.

« A part le secteur touristique et maritime, où le salaire est bien plus élevé que le salaire minimum, le reste va trinquer. J’ai bien peur que la conséquence de la hausse des salaires minimums sera inévitable pour les petites et grandes entreprises : elles vont devoir se séparer d’une partie de leur personnel et nous allons voir le chômage augmenter. »

Promesse de campagne et élections en vue

Alors pourquoi une telle augmentation ? Miranda Xafa, économiste et associée principale du Centre pour l’innovation dans la gouvernance internationale (CIGI), ne comprend pas la position du gouvernement : « Les spécialistes avaient envisagé une hausse des salaires minimums de maximum 8%. Le gouvernement grec a voulu offrir plus. Je ne pense pas que cela soit tenable vu la situation actuelle, analyse-t-elle. Je pense simplement qu’ils l’ont fait, car c’était l’une de leurs promesses électorales. Nous votons bientôt et le gouvernement souhaite récupérer une partie du vote des jeunes. »

La Grèce sort à peine du plan d’aide européen et tente de se financer par elle-même sur les marchés depuis quelques mois. La mesure coûtera cher et devrait profiter à 600.000 personnes dans tout le pays.

 

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