Haïti: un village abandonné de tous et coupé du monde

Haïti: un village abandonné de tous et coupé du monde
Haïti: un village abandonné de tous et coupé du monde - © Tous droits réservés

C'est un village oublié, coupé du monde dans le sud-est d'Haïti. Boucan Ferdinand se vide lentement de ses habitants. Il faut dire que sur place, il n'y a rien. Alors les habitants préfèrent tenter leur chance en République dominicaine.

En l'absence de services de santé, d'électricité ou de routes pavées, Boucan Ferdinand a perdu son unique route menant à la ville haïtienne la plus proche, Bois Negresse, lors d'inondations dévastatrices de 2004.

Certains de ses habitants sont partis pour la capitale haïtienne, Port-au-Prince. Beaucoup d'autres sont entrés illégalement en République dominicaine, plus prospère. Ceux qui sont restés, s'accrochent à une vie précaire.

"L'école ne fonctionne pas bien en raison de divers problèmes, explique l'instituteur. A cause de la sécheresse, les gens travaillent souvent sans rien ramasser, ils perdent tout au soleil, parfois c’est parce qu’il y a trop de pluie." ajoute Bienelus Jean.

Les villageois vivent dans des taudis de chaume et de bâton, recueillant l'eau de pluie pour boire et sont exposés à un risque constant de maladies infectieuses. L'an dernier, il n'y a eu que 17 jours de pluie. Les villageois ont perdu toute leur récolte.

Arnold Louis constate défaitiste : "J'ai eu 10 enfants, dont 4 sont décédés. Les 6 derniers sont partis à Saint-Domingue (République dominicaine) où ils habitent maintenant. Parce que, dans cette région, il n'y a rien."

Rien à faire et peu à manger

Certains enfants, vêtus d'uniformes bleus impeccables, se rendent à l'école de Chapotin. Le voyage prend une heure et demie sur un sentier étroit, impraticable durant la saison des pluies. Là, ils trouvent deux salles de classe de fortune, gérées par des chapelles baptiste et catholique. Mais pendant la période de plantation, beaucoup sautent les cours pour aider dans les fermes et gagner un peu d'argent, moins de 2 dollars par jour.

Les autres restent au village, ramassent du bois de chauffage ou font paître de petits troupeaux de chèvres et de moutons pour aider leurs parents. Le matin, on sent le bois de chauffage brûlé apporté par les enfants. Difficile pour les femmes de préparer un bon petit-déjeuner : parfois des pâtes, mais plus souvent c'est du café et un morceau de pain. Le plat principal est constitué de riz et de haricots. La viande est un luxe.

Exode rural et ruée vers l'international

Les campagnes se sont vidées. Selon les données de la Banque mondiale, moins de la moitié des Haïtiens vivent dans des communautés rurales, contre 84% en 1960.

Boucan Ferdinand semble être rayé de la carte et le centre de santé haïtien le plus proche se trouve de l'autre côté de la montagne. Le gouvernement local veut reconstruire la route empruntée par les inondations mais manque de moyens financiers, selon le maire.

Haïti est le pays le plus pauvre des Amériques. Il ne s'est jamais remis du puissant séisme qui l'a frappé le 12 janvier 2010 et qui a fait plus de 200 000 morts.

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