Guy Verhofstadt: "Il y a eu un déclic dans les opinions publiques en faveur de l'Europe"

Alors que Royaume-Uni a officiellement lancé le Brexit ce 29 mars 2017, Thomas Gadisseux reçoit ce jeudi au micro de matin 1ère Guy Verhofstadt, ancien premier ministre belge mais également négociateur du Parlement européen pour le Brexit. L'occasion de revenir sur le moment difficile que vit l'Europe, bousculée de toute part par les populistes qui l'accusent d'être responsable de tous les maux dont souffres nos sociétés, ou presque.

Macron a une vision pour l'Europe

Européiste convaincu, le leader des libéraux européens n'a d'ailleurs pas hésité à ouvertement marquer son soutien à Emmanuel Macron pour la présidentielle française. Un choix qu'il explique sans détour: "Je vois quelqu'un qui est passionné par la politique et qui a une vision claire pour l'Europe, ce qui n'est pas évident. Il a d'ailleurs dit que la souveraineté européenne est aussi importante que la souveraineté nationale. C'est la première fois qu'un candidat qui ose dire qu'il faut reformer l'Europe et pas la détruire comme c'est le cas avec les populistes et les nationalistes des quatre coins de l'Europe".

Une dernière chance de faire les réformes nécessaires

Et si Guy Verhofstadt demeure prudent quant à l'issue du second tour, car avec près d'un Français sur deux ayant voté pour un candidat eurosceptique, rien n'est impossible, selon lui le regard des gens sur l'Europe a évolué: "J'espère que Marine Le Pen ne gagnera pas d'autant que les choses ont changé depuis le Brexit. Dans toutes les élections depuis le Brexit, les populistes et les nationalistes n'ont pas gagné. Aux Pays-Bas, on voit que ce sont les partis pro-européens qui ont gagné. Je pense qu'il y a eu un déclic dans les opinions publiques en faveur de l'Europe. Car même si les gens sont très critiques vis-à-vis de l'Union européenne mais au même moment ils ne se considèrent pas aussi fous que les britanniques, pour sortir de l'Union. Les électeurs ont donné une dernière chance de faire les réformes nécessaires, en profondeur."

Normal de demander aux Anglais de payer une certaine somme

Des réformes auxquelles ne croyaient plus les Anglais, avec pour conséquence le choix du Brexit, un choix qui pour Guy Verhofstadt leur apportera plus de problèmes que d'avantages. "Ce sera douloureux pour tout le monde, mais surtout pour les Anglais. Cela va affaiblir économiquement, mais également geopolitiquement la Grande-Bretagne." L'Europe veut-elle faire payer au prix fort le divorce aux sujets de sa Majesté? " Ce n'est pas une punition, c'est tout a fait normal de demander aux Anglais de payer une certaine somme. Lorsqu'il y a une séparation, on ne sort pas de la maison en disant voilà c'est mon épouse qui se chargera de toutes les factures. Il faut que cela soit réglé de manière saine."

Placer la barre très haut, pour éviter un effet domino? Celui qui fut 36ème premier ministre belge le reconnaît à demi-mots et préfère évoquer une évolution dans l'opinion publique: "Après le Brexit, il n'y a pas de Frexit ou autres qui sont en train de se dessiner. Au contraire, on voit des opinions publiques qui n'acceptent pas une décision aussi folle que la sortie d'une organisation comme l'Europe."

La Flandre, victime du Brexit?

Un négociateur intransigeant donc Guy Verhofstadt, dont la position ferme pourrait bien nuire... à sa Flandre natale. Car avec 90% de leurs exportations vers le Royaume-Uni, nos voisins flamands appréhendent une rupture trop nette, sans nuance des relations commerciales qui pourrait impacter le PIB flamand de 2,5%. Une crainte que ne partage pas Verhofstadt :"Pas du tout, car on va prendre en compte dans le mandat, les intérêts des différents pays. L'intérêt de la Flandre, l'intérêt des Pays-Bas, qui est encore bien plus important, et des autres pays. Car si l'on prend en compte tous ces aspects on sera beaucoup plus fort pour la négociation, pour obtenir des solutions. L'intéret de l'Union c'est de prévoir un chapitre sur le commerce."

Des négociations qui devraient commencer en juin, juste après les élections britanniques. Un scrutin sans grande importance selon Guy Verhofstadt. "Ces élections sont un jeu politique interne des conservateurs qui ont vu la faiblesse de l'opposition travailliste. Cela ne changera pas les mandats donnés aux négociateurs."

Ce n'est pas très sérieux ce qu'Orban fait

Mais il n'y pas que la Grande-Bretagne qui met à mal la conception de l'Europe de Verhofstadt. La Hongrie de Viktor Orban aussi. À tel point que le négociateur à ouvertement demandé au premier ministre hongrois de quitter l'Europe lors de sa venue dans l’hémicycle ce mercredi. Une position qu'il assume: "Pour moi, s'il respecte les valeurs de l'Union, il ne doit pas la quitter. Mais ce n'est pas très sérieux ce qu'Orban fait, car il accepte l'argent, mais ne respect pas les valeurs. Les eurosceptiques sont plus décents. Lui, il aime l'argent de l'Union européenne."

Certains lui reprochent cependant un manque de cohérence dans ses prises de position, notamment eu égard aux pressions exercées sur le grec Tsipras. Des critiques que Verhofstadt balaie d'un revers de la main: "Il n'y a pas deux poids deux mesures. Il y a eu des pressions sur Mr Tsipras, les mêmes que celles exercées sur Mr Orban et qui seront exercées sur la Pologne. On ne peut pas voir des pays comme la Pologne et la Hongrie se moquer des principes de base de l'Union européenne. Une procédure d'infraction a d'ailleurs été enclenchée contre la Hongrie."

Les démons communautaires ne vont jamais disparaître

Un point de satisfaction néanmoins pour Guy Verhofstadt dans le climat tendu actuel, la stabilité politique de la Belgique. "On peut discuter sur les mesures qui sont prises, mais ça c'est la politique. Cette stabilité permet à la Belgique de s'investir dans le dossier européen. Moi je compte beaucoup sur la Belgique, dans les prochaines années, avec la France et les autres pays pour permettre à l'Europe d'effectuer ce bond en avant tant attendu."

Un optimisme qui demeure néanmoins réaliste quand à la place du communautaire en Belgique, surtout à l'approche des élections. "Les démons communautaires existent depuis près de deux cent ans et ils ne vont jamais disparaître. Mais je suis optimiste car chaque fois le bon sens l'emporte".

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