Guy Verhofstadt: "Ce n'est pas à la Turquie de décider qui peut rentrer dans l'UE"

Guy Verhofstadt, très en colère lors de la session plénière du Parlement européen le 9 mars dernier, durant les débats sur le préaccord Turquie-UE
Guy Verhofstadt, très en colère lors de la session plénière du Parlement européen le 9 mars dernier, durant les débats sur le préaccord Turquie-UE - © Mathieu CUGNOT

Ces jeudi et vendredi, un sommet européen se tient à Bruxelles pour tenter une nouvelle fois de trouver une solution à la crise des réfugiés. Il y a une dizaine de jours, lors d'un précédent sommet entre les dirigeants européens et le premier ministre turc Ahmet Davutoglu, un projet d'accord a été conclu entre les parties sur base de nouvelles propositions turques.

La Turquie s'engage en fait à reprendre les demandeurs d'asile qui parviendraient à se rendre en Grèce au départ de la Turquie, et l'UE reprendrait de Turquie, mais par voie légale, un candidat réfugié sur le sol turc. En échange, Ankara réclame trois milliards d'euros d'aide supplémentaire pour la prise en charge des réfugiés, la levée des visas pour les ressortissants turcs souhaitant voyager en Europe et la reprise des négociations d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne.

Un projet d'accord loin de faire l'unanimité

Ce projet d'accord, alors qu'il n'est pas encore entériné, a déjà suscité des réactions négatives très fortes. Parmi ces réactions, on peut noter un certain agacement de la part de dirigeants européens, l'inquiétude des ONG et de l'ONU quant au respect des droits de l'homme,  et de sévères critiques de la part de nombreux eurodéputés au Parlement européen. Parmi ceux-ci, Guy Verhofstadt est certainement l'un des plus virulents

L'ancien premier ministre belge et président du groupe ADLE au Parlement européen était l'invité de Bertrand Henne ce jeudi matin sur La Première. Il continue de se montrer pour le moins sceptique sur ce projet d'accord. Il relève notamment que si la Turquie a bien adhéré aux Conventions de Genève, elle n'en remplit pas tous les engagements : "Un refoulement collectif vers la Turquie n'est pas possible. La Turquie ne répond pas à toute les conditions reprises dans la Convention de Genève.  Il y a une limitation territoriale. La Turquie ne peut pas donner l'asile à des Syriens, il n'y a que les réfugiés qui viennent des pays membres du Conseil de l'Europe qui peuvent l'obtenir. Par ailleurs, la Turquie ne reconnait pas non plus les victimes de conflits intérieurs. Donc il y a un problème". 

La Turquie ne peut pas décider de qui rentrera en Europe

Au cœur des interrogations suscitées par ce projet d'accord UE-Turquie, la notion de "pays sûr". Pour la Commission européenne, à partir du moment où la Grèce, pays d'où seront refoulés la plupart des réfugiés, considère la Turquie comme un pays sûr, il n'y a aucun problème légal à ce plan. Pour Guy Verhofstadt, c'est clair, la Turquie n'est pas un pays sûr : "La Turquie ne peut pas être considérée comme un pays sûr si elle ne s'adapte pas sur ses conditions d'accueil. La Turquie doit d'abord appliquer toutes les dispositions légales des Conventions de Genève pour être reconnue comme un pays sûr. Pour que la Turquie devienne un pays sûr, il faut des adaptations, des modifications majeures dans son système d'asile et de protection".

Autre inquiétude de Guy Verhofstadt, laisser le champ libre à un pays tiers, la Turquie, pour décider de qui peut ou ne peut pas, rentrer en Europe. Cette question doit rester une prérogative européenne pour l'eurodéputé libéral : "La Turquie ne peut pas décider de qui rentrera en Europe. Elle ne peut pas dire, tel réfugié syrien, on l'envoie en Europe mais tel réfugié kurde irakien, on ne l'y envoie pas. Ce ne sont pas eux qui vont décider de qui peut entrer dans l'Union européenne". 

Guy Verhofstadt insiste aussi sur la nécessité de créer un corps européen de gardes-frontières : "Pour moi, c'est la priorité absolue. Pourquoi attendre encore des mois pour installer ces gardes-frontières? Pourquoi ne pas commencer tout de suite ? Les traités européens autorisent de telles mesures provisionnelles, urgentes, comme de mettre des gardes-frontières notamment entre la Grèce et la Turquie".

On ne peut pas brader les valeurs de l'Union européenne

Quant aux contreparties exigées par la Turquie, là encore, Guy Verhofstadt ne comprend même pas qu'on puisse envisager la libéralisation des visas pour les ressortissants turcs par exemple : "Il y a 72 conditions que les Turcs devraient remplir. Pour l'instant, ils en remplissent environ une trentaine de ces conditions. Et il n'est pas question de changer les règles de libéralisation des visas parce que c'est la Turquie. Ces règles sont les mêmes pour tous les pays qui veulent entrer dans ce système".

Même chose pour l'ouverture de nouveaux chapitres de négociations d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne : "Là, le Parlement européen est très clair. Commençons par les chapitres 23 et 24 qui portent sur la liberté de la presse, la démocratie, les droits humains, l'état de droit. Ce serait une très bonne manière pour tester la Turquie de commencer avec ces chapitres là".

Pour Guy Verhofstadt, ce qu'il faut à tout prix éviter, c'est de renier les principes fondamentaux de l'Union européenne : "Qu'on cherche des arrangements pratiques avec la Turquie pour résoudre le problème des réfugiés, je comprends. Mais ce qu'on ne peut pas faire, c'est oublier quels sont les principes et les valeurs de l'Union européenne. Et il est clair qu'il est impossible d'accepter la première mouture de cet accord, puisque les principes et les valeurs de l'Union européenne y sont bafoués". 

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