Guillaume Soro, l'ex-chef rebelle ivoirien qui vise la présidence

Ancien chef de la rébellion ivoirienne, Guillaume Soro, qui a déclaré vendredi sur les ondes sa candidature à l'élection présidentielle de 2020, se veut désormais un homme politique responsable et moderne.

"Je suis très heureux de ne pas avoir d'armes, d'être dans l'arène politique et de me battre en tant qu'homme politique", a affirmé M. Soro, lors d'un entretien à la radio RFI et la chaîne France 24.

"J'ai 47 ans, j'ai décidé de prendre mon destin en main", a lancé ce chrétien natif de Ferkessedougou (nord).

Par le passé, son destin a été lié aux armes. Ancien leader charismatique du bouillant syndicat étudiant Fesci (Fedération estudiantine et scolaire de Côte d'ivoire), "GKS", qui garde de cette époque une rhétorique de gauche, a montré sa capacité à faire parler la poudre. 

Il a dirigé la rébellion des Forces nouvelles qui contrôlaient le Nord ivoirien après l'échec du coup d'Etat contre le président d'alors, Laurent Gbagbo en 2002. 

Homme d'action très populaire à cette époque, on l'accuse d'être à l'origine de la mort de son rival, Ibrahim Coulibaly, dit "IB", en 2011. Accusation qu'il a toujours niée.

GPS et Premier Gaou

Leader de la rébellion, Soro est devenu Premier ministre de Gbagbo en 2007 grâce aux accords de paix. Mais c'est le même Soro, soutien d'Alassane Ouattara lors de la présidentielle de 2010, qui avec ses Forces républicaines (FRCI, ex-FN), mettra fin à la crise post-électorale (3.000 morts) en portant le dernier coup à Laurent Gbagbo qui s'accrochait au pouvoir.  

Premier ministre de M. Ouattara jusqu'en 2012, il devient ensuite président de l'Assemblée nationale, poste qu'il ne quittera qu'en janvier 2019 en claquant la porte du parti au pouvoir. "Je rends le tabouret pour aller chercher le fauteuil", avait-il lancé dans une métaphore limpide. 

"Aucun homme de sa génération dans toute l'Afrique ne peut se prévaloir d'un parcours comparable", écrit Franklin Nyamsi dans sa biographie en forme d'hagiographie, "Phénoménal Guillaume Soro". 

Pendant son passage à l'Assemblée, M. Soro, qui a dû surfer entre plusieurs écueils judiciaires (mandat d'arrêt burkinabè pour une possible implication dans le putsch de 2015, découverte d'une cache d'armes chez son chef de protocole) s'est attaché à changer son image: de guerrier à celle d'homme politique responsable. 

En même temps, il s'est construit un carnet d'adresses au plan diplomatique et s'est assuré de soutiens financiers. Selon des proches, il a assez de soutiens pour faire campagne. 

Sans doute dans l'optique de la présidentielle, ces derniers mois, il fait son chemin de Canossa en demandant pardon à son ancien ennemi, Laurent Gbagbo, et en rencontrant longuement l'ex-président Henri Konan Bédié, qu'il a longtemps honni.   

Il est aujourd'hui l'homme politique ivoirien le plus présent sur les réseaux sociaux avec deux millions d'abonnés sur Facebook (réseau le plus utilisé en Côte d'Ivoire) ou 700.000 followers sur Twitter, 200.000 de plus que Ouattara.

Des chiffres "gonflés", selon certains observateurs, qui notent que Soro s'est entouré d'une équipe d'informaticiens. 

Son nouveau mouvement politique GPS (Générations et peuples solidaires) prétend avoir enregistré 7.000 adhésions en ligne en quelques jours à peine. 

Sa manière de faire campagne est originale avec ses "crush party", réunions de militants calquées sur les fêtes dans les universités américaines.

Mais, M. Soro a gardé la verve et l'assurance en public de ses années de la Fesci, pouvant monter au pied levé sur scène à l'invitation du groupe Magic System pour chanter le tube "Premier Gaou" devant des milliers de spectateurs.

"C'est vrai, il plaît beaucoup aux jeunes qui sont la majorité de la population, mais la plupart ne votent pas. En plus, une partie des gens du Sud ne lui pardonneront jamais la rébellion du Nord. Et pour couronner le tout, il n'a pas de parti. En Côte d'Ivoire, les gens votent selon les indications du chef de village, par ethnie... Sans l'appui d'un des trois grands partis, il ne pourra pas transformer sa popularité en voix. Il n'a aucune chance", analyse un observateur avisé de la politique. 

"Quand (Emmanuel) Macron lançait +En marche+, toute la classe politique était unanime (pour dire) qu'il ne serait jamais président", répond Guillaume Soro, disant ne pas vouloir être "le Macron ivoirien" mais "le Guillaume Soro de Côte d'Ivoire, élu président".
 

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