Grèce: "Ne pas réduire cette élection à un référendum sur l'euro"

Alexis Tsipras (à gauche), leader de la gauche radicale, et Antonis Samaras, leader de la droite conservatrice, les deux favoris pour ce scrutin grec du 17 juin.
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Alexis Tsipras (à gauche), leader de la gauche radicale, et Antonis Samaras, leader de la droite conservatrice, les deux favoris pour ce scrutin grec du 17 juin. - © AFP

Michel Vakaloulis est politologue grec. A la veille de cette nouvelle élection législative, d'une importance capitale pour l'avenir de la Grèce au sein de la zone euro, il nous livre son sentiment sur la tension qui pèse sur ce rendez-vous et sur les éléments qui pourraient faire pencher la balance.

"Etre ou ne pas être dans la zone euro? Telle est la question", a lancé cette semaine l'ex-premier ministre grec, Lucas Papademos, paraphrasant Hamlet de Shakespeare, pour résumer "le dilemme réel" de ce dimanche.

Les neuf millions d'électeurs grecs appelés aux urnes savent en effet que l'avenir de leur pays au sein de la zone euro se joue en partie avec ce nouveau scrutin. Plusieurs dirigeants européens, et même le président américain Barack Obama lui-même, n'ont cessé de répéter cette mise en garde cette semaine.

Les Grecs veulent l'euro

Pour Michel Vakaloulis, politologue grec, maître de conférence en Science politique à l'Université de Paris VIII, "réduire ce scrutin à un referendum sur l'euro est une contre-vérité, une imposture politique à l'échelle européenne. Car les partis favoris pour ce scrutin ne souhaitent pas la sortie de l'euro. Ce que les Grecs savent, c'est que tous les partis souhaitent à présent renégocier le memorandum sur le sauvetage de la Grèce. Reste à voir qui aura la légitimité pour renégocier. Les Grecs savent aussi que, quelle que soit l'issue des urnes ce dimanche, ils ne peuvent pas espérer le retour immédiat à l'optimisme".

"L'espoir contre la peur"

Pour rappel, les derniers sondages concernant cette élection grecque donnaient comme favoris, au coude à coude, le parti de la gauche radicale, Syriza, et celui de la droite conservatrice, la Nouvelle Démocratie. "Plus qu'un rendez-vous en faveur ou contre l'euro, ce scrutin de dimanche est en effet surtout le duel entre deux camps. Antonis Samaras joue surtout sur le sentiment de la peur en rappelant qu'avec le parti Syriza, en cas de victoire de la gauche radicale, ce sera l'aventure. Alexis Tsipras, lui, joue davantage la carte de l'espoir".

Depuis les dernières élections du 6 mai, ce sont surtout deux personnalités qui ont dominé le débat grec. Deux hommes politiques au charisme différent. "Tsipras avec ses 38 ans incarne plutôt la jeunesse et l'optimisme. Sa parole rencontre un succès certain auprès de la jeunesse grecque. Il n'a de cesse de dénoncer l’austérité, les interventions systématiques des pays européens, qui remettent en cause le principe de souveraineté nationale. Le vote en faveur de Samaras est un vote plus âgé, recueilli surtout en province alors que la gauche radicale attire les électeurs des grandes villes, Athènes, Pirée et Thessalonique par exemple".

La nécessité d'aboutir

L'impasse dans les manoeuvres pour former une coalition les jours qui ont suivi le 6 mai, date du dernier scrutin législatif, est un scénario qui devra, selon Michel Vakoulis, être évité à tout prix. "Retourner une troisième fois aux urnes n'est pas envisageable. L’économie grecque ne le supporterait pas. Nous allons rentrer dans une période estivale et toutes les forces politiques craignent le prolongement de cette situation. Il y a donc cette fois-ci une nécessité d’aboutir, une nécessité de former cette coalition autour de Nouvelle démocratie ou bien autour de Syriza élargi à d’autres forces radicales de gauche qui n’ont pas signé le mémorandum".

Pour rendre les choses plus claires au soir de ce dimanche 17 juin, il faudrait qu'une des deux formations favorites, qui ne pourra selon toute vraisemblance atteindre la majorité absolue fixée à 38% des voix, se détache plus clairement dans les résultats. "Syriza pourrait une nouvelle fois créé la surprise. Le parti apparaît depuis quelques semaines comme une force nouvelle, qui n'a pas versé dans la corruption, qui n'y est pour rien dans l'incurie de l'Etat grec et le clientélisme du système politique qui a participé à l'effondrement moral. La gauche radicale est conquérante, elle est enthousiaste et sait que si elle rate ce rendez-vous de ce dimanche, ce sera la prochaine fois".

Un climat d'avant-scrutin explosif

Ce week-end met donc fin à une nouvelle campagne électorale, dominée principalement par un climat d'extrême tension. "Les deux partis, Nouvelle Démocratie et Syriza se sont illustrés par une série d'invectives l'un envers l'autre, et puis il y a eu aussi toutes les immixtions étrangères dans le débat grec, notamment la presse allemande, qui ont crispé les esprits. Le côté plus que jamais imprévisible de l'après-scrutin participe évidemment à cette tension ambiante", conclut Michel Vakaloulis.

Alexis Tsipras s'est donné dix jours pour mener "une véritable et dure" renégociation avec l'Union Européenne s'il prenait les commandes de la Grèce, dans la perspective du sommet européen les 28 et 29 juin à Bruxelles. Lors de sa dernière conférence de presse mardi dernier, le leader de la gauche radicale, qui a refusé de répondre à la presse étrangère, a enfoncé le clou en répétant qu'il y aurait ce lundi "soit un gouvernement pro-mémorandum avec les conservateurs, soit un gouvernement anti-austérité avec le Syriza pour fer de lance". Les capitales européennes sont prévenues !

F.L.

 

 

 

 

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