Grèce: négociations sur le texte, très dur, de l'Eurogroupe

Alexis Tsipras avant la réunion des chefs d'Etat et de gouvernement de la zone euro, le dimanche 12 juillet.
6 images
Alexis Tsipras avant la réunion des chefs d'Etat et de gouvernement de la zone euro, le dimanche 12 juillet. - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

Les chefs d'Etat et de gouvernement des dix-neuf pays membres de la zone euro ont pris le relais de leurs ministres des Finances, pour une réunion que l'on annonce, comme toujours, décisive. Ils devront prendre position sur les très dures mesures prônées par l'Eurogroupe. 

A 18 heures, Donald Tusk, président du Conseil, demandait la suspension de la séance plénière au profit d'une consultation quadripartite entre Alexis Tsipras, Angela Merkel, François Hollande et lui. Le Premier ministre grec, élu sur un programme anti-austérité, confirmé en ce mandat par le référendum du 5 juillet dernier, a fait voter à son parlement une série de dispositions très proches de ce que lui demandaient les créanciers de la Grèce. Ce n'est manifestement pas suffisant pour la majorité des dirigeants européens. 

Selon nos confrères britanniques du Guardian, l'Allemande Angela Merkel aurait mis Alexis Tsipras face à une brutale alternative. Soit la Grèce se plie aux lourdes mesures avancées par l'Eurogroupe, en les mettant en oeuvre dans les prochains jours, c'est l'hypothèse de la tutelle, soit elle sort, temporairement ou pas, de la zone euro, et voit ses systèmes bancaire, économique et social s'effondrer. C'est l'hypothèse du Grexit. 

Un officiel européen proche des discussions aurait comparé cet ultimatum à un procédé de torture, celui du "waterboarding", par lequel on plonge la tête de la victime sous l'eau jusqu'à ce qu'elle avoue, dit encore le Guardian.

Les discussions plénières ont repris autour de 20 heures. A table, et paragraphe par paragraphe, les dix-neufs chefs d'Etat et de gouvernement passent en revue, et arbitrent, les dispositions du catalogue des mesures avancées par l'Eurogroupe. 

On ignore si Alexis Tsipras a pu sortir la tête de l'eau. On ignore combien de temps durera son apnée. Et on ignore si, avec la tête d'Alexis Tsipras, émergera un consensus : un accord n'est pas prévu avant une heure avancée de la nuit. 

En attendant, à Athènes, le parti souverainiste avec lequel Syriza est en coalition au gouvernement, celui des Grecs Indépendants, a témoigné de son exaspération par la voix de son président, le bouillant Panos Kammenos. "Il est clair qu'ils veulent nous écraser. Ça suffit!" a-t-il lancé sur son compte Twitter. 

A 23h30, le porte-parole de Donald Tusk annonçait une deuxième pause dans les discussions. 

Dijsselbloem: "Des questions importantes restent ouvertes"

Les argentiers de l'Eurogroupe l'ont confirmé cet après-midi à l'issue de leur double séance de négociations: le texte qu'ils soumettent aux dirigeants européens ne penche pas, et c'est un euphémisme, pour l'acceptation des propositions pourtant très conciliantes du gouvernement grec. "Un long chemin a été parcouru mais quelques questions importantes restent ouvertes", a indiqué leur président, le Néerlandais Jeroen Dijsselbloem.

L'Eurogroupe plus dur que le FMI, la BCE et la Commission...

L'Eurogroupe prône la création d'un fonds de 50 milliards d'euros, basé au Luxembourg et alimenté par des actifs publics grecs, qui serait administré par les instances européennes. Ce fonds, en fait une mise sous tutelle européenne d'actifs grecs, est censé restaurer la confiance des créanciers en la bonne volonté grecque. Il réclame aussi de la Grèce un excédent primaire (c'est-à-dire un budget en boni, intérêts de la dette exceptés) de 3,5% du PIB en 2018. Une demande que les experts, y compris du FMI, de la BCE et de la Commission européenne estimaient samedi, lorsqu'ils ont présenté la situation grecque au même Eurogroupe, avaient estimée irréaliste...

Les ministres des Finances de la zone euro ont en outre transmis dimanche aux chefs d'Etat un document qui évoque noir sur blanc l'option d'une "sortie temporaire de la zone euro" de la Grèce, selon une copie obtenue par l'AFP. Le texte évalue les besoins de financement de la Grèce à plus de 80 milliards d'euros, dont 7 milliards avant le 20 juillet, et 20,5 milliards avant la mi-août. Les lois grecques devraient être validées par les créanciers avant leur passage au Parlement. 

Parmi les "durs", le ministre finlandais des Finances, dont le gouvernement est soutenu par la droite radicale, s'est montré très péremptoire: la Grèce doit faire valider, par son parlement, ces conditions avant le 15 juillet pour pouvoir espérer, en échange, se voir concéder le plan d'aide qu'elle réclame.

Le quotidien grec I Kathimerini a pu se procurer le document de quatre pages. Les phrases entre crochets, dont celle relative à une sortie temporaire de la Grèce de la monnaie unique, ou cette garantie de 50 milliards d'euros, sont celles qui n'ont pas recueilli un consensus des dix-neuf ministres des Finances de la zone. 

Van Overtveldt: "Propositions grecques insuffisantes"

Le ministre belge des Finances, Johan Van Overtveldt expliquait lui qu'il "y avait unanimité au sein de l'Eurogroupe pour dire que les propositions grecques étaient vraiment insuffisantes pour assurer un rétablissement de l'économie grecque. Nous avons développé une série d'éléments complémentaires qui étaient nécessaires pour rendre possible la reprise de la croissance." "Il y a maintenant consensus sur 90%" de la discussion, les 10% restants devront "être tranchés par les chefs de gouvernement". Le ministre n'a pas souhaité préciser en quoi consistent ces 10% en souffrance.

Merkel: "Pas d'accord à n'importe quel prix"

Mais Alexis Tsipras continue de se montrer optimiste, et certain de pouvoir convaincre les chefs d'Etat et de gouvernement de la zone, tout en leur envoyant la balle. "Un accord est possible aujourd'hui si tout le monde est d'accord", déclarait-il ce dimanche après midi, visant notamment Angela Merkel.

Au même moment et presque au même endroit, justement, la chancelière allemande se montrait plus froide, et donc plus encline à partager la sévérité de l'Eurogroupe: "Il n'y aura pas d'accord à n'importe quel prix".

Hollande: "Tout faire pour un accord"

Quant au président français François Hollande, il appuie depuis plusieurs jours les revendications grecques et se confronte à ce titre aux durs de la zone euro. La France va "tout faire" pour que la Grèce conserve la monnaie unique. "Si l'Europe n'est plus dans la zone euro, c'est une Europe qui n'avance plus. Et cela, je n'en veux pas", a-t-il déclaré.

Les deux plus puissants pays de la zone euro comptent donc défendre des positions opposées dimanche. Dans le rôle de l'arbitre, la Commission européenne. Son président Jean-Claude Juncker se dit prêt à travailler "jusqu'à la toute fin pour trouver une solution". "C'est maintenant aux dirigeants de la zone euro de parvenir à un accord, même si les divergences subsistent", a appuyé le commissaire européen aux Affaires économiques, le Français Pierre Moscovici.

Charles Michel: "Nous voulons travailler pour que la Grèce reste"

Le Premier ministre belge Charles Michel a plaidé l'unité en arrivant au sommet de la zone euro consacré à la Grèce dimanche après-midi. Il y a un espoir qu'une solution puisse être possible même si "ce sera difficile certainement", a affirmé le chef du gouvernement qui n'est pas favorable à une sortie temporaire de la Grèce de l'union monétaire.

Les chefs d'Etat et de gouvernement de l'eurozone doivent se prononcer dimanche soir sur les propositions de réformes de la Grèce, conditionnant le lancement de négociations pour un troisième programme d'aide au pays. "Les propositions ne sont pas encore totalement satisfaisantes, il y a encore des problèmes mais chacun maintenant va devoir se retrousser les manches, faire de derniers efforts et trouver une solution", a déclaré le Premier ministre belge à son arrivée au sommet.

Lui-même a dit venir à la réunion des dirigeants "les manches retroussées et prêt à essayer d'être créatif pour soutenir le rapprochement des points de vue".

Alors que les divergences se creusent entre les Etats membres partisans d'une solution, et ceux envisageant plus ouvertement un "Grexit", le Premier ministre a estimé qu'il était "essentiel de rester rassemblés et unis, même dans les moments difficiles. Je vais plaider l'unité, le rassemblement et l'esprit de solution", a promis le chef du gouvernement. "Au nom de la Belgique nous voulons la stabilité, nous voulons le plus tôt possible une solution qui permette aux investisseurs de créer de l'activité et de l'emploi."

La question d'une sortie temporaire de la Grèce de l'eurozone pendant cinq ans ne reçoit pas la faveur de Charles Michel, "nous voulons travailler pour que la Grèce reste" dans l'union monétaire, a-t-il assuré.

Le Premier ministre n'exclut pas des négociations tard dans la nuit, "mais en Belgique, on a l'habitude". "J'espère qu'on pourra sortir de la réunion avec le sourire", a conclu Charles Michel.

Dans l'opposition fédérale, Elio Di Rupo a tenu à intervenir. Estimant la position allemande "incompréhensible", le président du PS s'en est, a-t-il indiqué dans un tweet, inquiété auprès des dirigeants socialistes allemands qui exercent, en coalition avec la CDU-CSU d'Angela Merkel, le pouvoir à Berlin. 

Sarkozy et le "spectacle désolant"

Le prédécesseur de François Hollande et président du principal parti français d'opposition, Nicolas Sarkozy, est lui aussi à Bruxelles ce dimanche. Favorable à un "Grexit", il n'a pas manqué de déplorer le "spectacle désolant" de la dissension franco-allemande sur la question grecque. "Il faut que M. Hollande se ressaisisse et reconstitue son unité avec Mme Merkel", a-t-il déclaré.

"Renforcer les privatisations"

Le projet de déclaration de l’Eurogroupe de ce dimanche souligne que les ministres des Finances de la zone euro ne voient pas encore de base pour l'ouverture de négociations pour un troisième plan d'aide à la Grèce.

Dans cette déclaration, les ministres des Finances réitéreraient la nécessité que les changements en matière de TVA, de retraites et d'indépendance de l'office statistique en Grèce, interviennent préalablement à toute ouverture de négociations pour un troisième plan d'aide. En outre, la Grèce serait sommée de renforcer son programme de privatisations de manière significative.

Une décote sur la dette grecque serait par ailleurs totalement exclue, toujours selon le projet de déclaration de l'Eurogroupe.

Des négociations "très très difficiles"

Les négociations entre la Grèce et les 18 autres ministres des Finances de la zone euro ont repris à 11h00, après qu'une première réunion a été suspendue vers minuit, dans la nuit de samedi à dimanche, faute de résultats probants. Le sommet européen réunissant l'ensemble des chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE a, par ailleurs, été annulé par le président du Conseil Donald Tusk.

Après neuf heures de réunion samedi, aucune position commune ne semblait se dégager sur les propositions présentées par le gouvernement grec jeudi soir.

Aux tensions entre la Grèce et ses créanciers sont venues s'ajouter des considérations de politique interne, l'extrême-droite finlandaise menaçant de faire sauter la coalition au pouvoir (dont elle fait partie) si le ministre des Finances Alexander Stubb acceptait le principe d'une nouvelle aide à la Grèce.

"Je suis toujours optimiste mais ce sont des négociations très très difficiles parce qu'il y a beaucoup de points sur lesquels nous n'avons pas d'accord", a commenté à son arrivée le ministre autrichien des Finances Hans Joerg Schelling. Son homologue chypriote Harris Georgiades a indiqué que pour lui, "un Grexit était définitivement exclu", tandis qu'Alexander Stubb déclarait qu'"on fait des progrès, mais nous n'y sommes pas encore".

Le vice-président de la Commission européenne chargé de l'Euro, Valdis Dombrovskis, a pour sa part indiqué qu'il était "peu probable que la Commission reçoive dimanche un mandat pour commencer des négociations formelles en vue de conclure un troisième accord d'aide à la Grèce", mais que "l'Eurogroupe peut préparer et donner l'impulsion pour la discussion des dirigeants européens" dimanche après-midi.

Dans la matinée de dimanche, le président du Conseil européen Donald Tusk a annoncé avoir annulé le sommet européen des 28 chefs d'Etat et de gouvernement, prévu à 18h00 après un sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de la zone euro, maintenu lui, à 16h00.

Le sommet des 28 était destiné à faire le point sur la situation, à informer les pays qui ne sont pas (encore) membres de la zone euro des progrès enregistrés, voire de la solution retenue pour Athènes.

Le sommet des dirigeants de la zone euro, réuni dès 16h00, pourrait dès lors avoir à trancher et prendre lui-même les décisions que les ministres des Finances ne parviennent pas à prendre.

Ceux-ci sont divisés entre la ligne dure prônée par le ministre allemand Wolfgang Schäuble, qui juge les dernières propositions grecques insuffisantes et penche pour une sortie du pays de la zone euro (le Grexit) le temps pour Athènes de redresser sa situation économique, et l'attitude plus conciliante prônée par la France, Chypre et quelques autres, qui voient d'un mauvais oeil un Grexit aux conséquences inconnues pour le reste de la zone euro.

La Belgique se situe plutôt dans la ligne de l'Allemagne, ayant régulièrement estimé ces derniers temps que la confiance envers le gouvernement d'Alexis Tsipras était "abîmée".

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK