Grèce: les néonazis d'Aube dorée s'implantent via les écoles

Le parti néonazi Aube dorée se renforce en menant des actions sociales et en s'implantant dans les écoles
Le parti néonazi Aube dorée se renforce en menant des actions sociales et en s'implantant dans les écoles - © AFP PHOTO/ MENELAOS MICHALATOS

Plus d'un millier de lycéens affluaient jeudi après-midi dans le centre d'Athènes pour commémorer la mort d'un adolescent tué par la police il y a quatre ans dans un quartier de la capitale. Sa mort en 2008 avait causé des troubles. Mais aujourd'hui, les manifestants s'élèvent surtout contre l'infiltration des néonazis d'Aube dorée jusqu'au coeur des écoles.

 

Sur fond de la poursuite de la crise et de la percée du parti néo-nazi Aube dorée, élu pour la première fois au Parlement lors des législatives de juin, la plupart des banderoles des élèves proclamaient "Les fascistes hors des écoles". Dehors les nazis des quartiers et des écoles", "Le chemin de décembre est anticapitaliste", "Régularisation de tous les migrants, asile aux réfugiés", étaient inscrits sur les banderoles signées par des organisations de gauche.

Le principal parti de l'opposition la Gauche radicale Syriza a appelé à une manifestation en fin d'après-midi avant un rassemblement dans la soirée des groupes de la gauche extra-parlementaire. 

Dans un communiqué mercredi soir, la jeunesse Syriza a appelé à manifester "pour renverser" le gouvernement qui a signé un mémorandum avec ses créanciers. Dans la foulée, la Nouvelle-Démocratie (ND, droite), principal parti du gouvernement de coalition tripartite, a accusé le Syriza "de porter les cagoules et de vouloir saccager les biens des citoyens et s'en prendre à des policiers et leurs familles".

Pour certains journaux de gauche, "cette guerre des déclarations dures entre Syriza et ND", risque de "provoquer des incidents lors des manifestations programmées". "Jeux avec le feu sur fond du fantasme de 2008", titrait à la une le quotidien Ta Nea (centre-gauche).

Les néonazis investissent les écoles

Dénoncée de longue date par les militants anti-racistes, la pénétration des idées fascistes dans les écoles, illustrée au niveau national par l'accession du parti néonazi au parlement grec en juin dernier, s'est aussi manifestée dans plusieurs affaires récentes.

Des batailles rangées entre élèves grecs et albanais, blessant deux de ces derniers, ont éclaté à deux reprises dans un collège de Crète, pour cause de slogans anti puis pro Aube dorée inscrits au tableau, tandis qu'à l'occasion des célébrations de la fête nationale du 28 octobre, une chasse aux sorcières a visé des enseignants au patriotisme jugé défaillant.

L'un des 18 députés néonazis, propulsés au parlement en juin, a aussi fait sensation en interpellant des écoliers visitant la Chambre pour leur enjoindre de résister au "terrorisme" de gauche. 

Dans divers établissements opèrent "de manière organisée, des gangs qui injurient les élèves étrangers et leurs parents, avec une grande violence verbale qui peut à tout moment basculer dans l'agression physique", décrit Nicodème Mainia Kiniua, éditeur du magazine africain Asante. Pour le secrétaire d'Etat à l'Education Théodoros Papatheodorou, le pays doit "sans tarder" agir pour empêcher que se systématisent ce qu'il décrit comme des "tentatives sporadiques de pénétration dans les établissements et d'intimidation des professeurs et des élèves, contraires au fonctionnement démocratique de l'école".

"Cela émane soit de parents qui invoquent leur appartenance à Aube dorée, soit de membres du parti, sans compter ses annonces d'intervention pour contrôler l'enseignement de l'histoire", relève-t-il pour l'AFP, soulignant la détermination du ministère à faire barrage.

Observatoire des violences

Pour empêcher un "fait accompli", le ministre compte notamment sur la mise en place d'un "Observatoire de la violence à l'école", et veut introduire une éducation civique centrée sur "l'apprentissage de la citoyenneté, de la tolérance et du respect de la différence". Selon M. Maina Kiunia, le système éducatif grec offre en l'état un "terrain propice" à Aube Dorée: "la conception dominante repose sur l'idée que les Grecs ont tout inventé, alors que le reste de l'humanité était encore dans les arbres à manger des glands", déplore-t-il.

Dans l'immédiat, les autorités scolaires ont dû intervenir pour annuler la mutation, sous pression néonazie, d'une institutrice de maternelle, "coupable" d'avoir affiché des drapeaux albanais dans sa classe. Une procédure disciplinaire a aussi été ouverte contre un directeur de lycée à Athènes, qui avait menacé les élèves de recourir au service d'ordre musclé d'Aube dorée. "Cette menace est devenue très à la mode", confie à l'AFP une enseignante d'un lycée professionnel de la capitale, qui a requis l'anonymat. Elle en a récemment été la cible, prise à parti par trois élèves lui reprochant son engagement syndicaliste à gauche.

Dos-à-dos

"Le pire est que deux-tiers de mes collègues ont jugé que nous étions à renvoyer dos à dos", s'inquiète-t-elle, même si ailleurs, des enseignants lancent campagnes et mobilisations "antifascistes". Parmi ces militants, Artémis Kalogyri affirme devoir dialoguer sans relâche pour empêcher les thèses néonazies de gagner les esprits, dans le lycée de la banlieue populaire de Kallithéa où elle enseigne le grec.

"Des adolescents sont recrutés, surtout parmi les plus défavorisés, et assurent le relais via une formation théorique et paramilitaire qui leur est dispensée par Aube dorée", raconte-t-elle. Selon elle, ces jeunes "affichent leur volonté de changer le monde, senourrissent sur internet, et perçoivent l'extrême droite comme assurant la défense de l'hellénisme face au danger d'une dissolution, à laquelle les immigrés sont accusés de contribuer. La plupart veulent intégrer la police ou l'armée".

T.N. avec AFP

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