Grèce: les nœuds entre créanciers étranglent encore un peu plus le pays

Pierre Moscovici, le commissaire aux Affaires économiques et Euclide Tsakalotos, le ministre grec des Finances, lors de la réunion Eurogroupe de ce lundi
Pierre Moscovici, le commissaire aux Affaires économiques et Euclide Tsakalotos, le ministre grec des Finances, lors de la réunion Eurogroupe de ce lundi - © Enzo Zucchi

La Grèce se retrouve une nouvelle fois au cœur de l'actualité économique européenne. Ce lundi, les 19 ministres des Finances de la zone euro se sont retrouvés à Bruxelles pour une réunion extraordinaire alors qu'Athènes attend toujours le déblocage d'une aide de cinq milliards d'euros.

Cette réunion de l'Eurogroupe s'est achevée sans accord. Cependant, l'éventualité d'une crise aiguë telle que celle de l'an dernier semble s'éloigner. Les Européens reconnaissent les efforts réalisés par le gouvernement grec, notamment en faisant voter deux réformes importantes, l'une sur les pensions, qui a provoqué des manifestations en Grèce, et une loi sur les impôts qui augmente les taxes sur les hauts revenus mais qui augmente également le nombre de contribuables. Si la réunion de lundi n'a pas abouti à un accord, on peut penser que ce sera le cas dans les jours qui viennent, compte tenu des efforts grecs.

Si, malgré la reconnaissance des efforts de la Grèce, aucun accord n'a été bouclé, c'est que les créanciers veulent aller plus loin. Les Européens estiment que le budget grec, avant paiement des intérêts de la dette, dégagera des bénéfices importants en 2018, soit 3,5% des richesses produites. Mais le Fonds monétaire international (FMI) n'y croit pas. C'est beaucoup trop ambitieux, en l'état actuel des réformes prévues en Grèce. Ce à quoi les Européens ont répondu qu'ils allaient imaginer des mesures supplémentaires.

Le FMI ne veut plus accorder de dérogation à la Grèce

Mais ces nouvelles mesures ne s'appliqueront pas d'office. Le principe, c'est que si le budget grec n'est pas dans les clous en 2018, une série de réformes s'appliqueront automatiquement, sans devoir être rediscutées ou votées par le Parlement grec. Le gouvernement grec a fini par accepter cette mesure mais pas question de voter aujourd'hui le détail de ces réformes, c'est illégal. Les Grecs ont plutôt proposé une réduction automatique des dépenses en cas de dérapage. Européens et Grecs vont en discuter dans les jours qui viennent. La bonne nouvelle, c'est que cela semble en partie rassurer le FMI.

Il faut savoir que depuis 2010, le FMI a participé aux deux premiers plans d'aide à la Grèce. Pour participer à ces plans, le FMI avait adopté une dérogation à ses règles qui lui permettait d'aider la Grèce alors même que sa dette n'était pas soutenable. Mais plusieurs membres du FMI s'en agacent : ils trouvent que le fonds est plus coulant avec la Grèce qu'avec n'importe quel pays africain par exemple. En outre, ils estiment que la zone euro est assez riche pour aider elle-même un de ses membres. En janvier dernier, cette dérogation a donc sauté.

Aujourd'hui, il faudrait que la dette grecque soit soutenable pour que le FMI participe au troisième plan. L'institution demande donc aux Européens d'effacer une partie de ce que leur doit la Grèce. Absolument hors de question pour les Européens. Même s'ils acceptent tout de même d'évoquer un réaménagement de cette dette à partir de 2018 pour rallonger les délais de remboursement, réduire les intérêts, récupérer de l'argent destiné à aider les banques grecques pour racheter les prêts du FMI qui sont les plus chers, etc. Ce lundi, les Européens n'ont fait qu'ouvrir la discussion qui se poursuivra le 24 mai.

Pourquoi le Fonds monétaire international est-il incontournable?

En fait, le FMI est incontournable parce que plusieurs Etats membres, Allemagne en tête, ne souhaitent pas s'en passer. Pour ces Etats, parmi les plus durs envers la Grèce, si le FMI ne participe pas au plan d'aide, ils auront beaucoup de peine à convaincre leurs Parlements nationaux respectifs de dégager les chèques promis à Athènes.

Pour résumer la situation à ce stade, on a d'un côté le FMI qui ne croit plus à tant d'austérité et veut une réduction de la dette grecque, sous peine de se retirer. On a l'Allemagne qui tient à garder le FMI mais ne veut pas entendre parler de la réduction de dette requise par ce même FMI et réclame l'austérité à laquelle le FMI ne croit plus tout à fait.

Autant dire que la réunion de lundi, si elle n'a débouché sur aucun accord formel, était importante pour commencer à dénouer certains nœuds qui étranglent un peu plus encore la Grèce.

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