Grèce: le chef de la droite promet de "sortir de la crise, pas de l'euro"

Le chef de file la droite conservatrice grecque, Antonis Samaras le 15 juin 2012 à Athènes
Le chef de file la droite conservatrice grecque, Antonis Samaras le 15 juin 2012 à Athènes - © Andreas Solaro

Le chef de file la droite conservatrice grecque, Antonis Samaras, a promis vendredi soir au pays de "sortir de la crise, pas de l'euro", en cas de victoire de son parti aux élections législatives cruciales de dimanche, qu'il aborde au coude à coude avec la gauche radicale anti-rigueur.

Les résultats de ce scrutin qui, par contagion, pourraient déstabiliser l'ensemble de la zone euro, seront soupesées en temps réel au sommet du G20 qui réunira, dès lundi, les pays riches et émergents à Los Cabos, au sud-ouest du Mexique.

Tous les dirigeants européens, et le président américain Barack Obama, ont mis en garde les neuf millions d'électeurs grecs contre les conséquences de leur vote s'ils devaient choisir les partis qui refusent l'austérité imposée par les créanciers internationaux du pays.

Et le clivage au sein de l'UE entre des pays comme l'Allemagne qui prêchent l'austérité d'abord aux Grecs, et d'autres comme la France qui prônent un coup de pouce à la croissance s'est exacerbé vendredi.

"L'homme malade" de l'UE

La chancelière Angela Merkel a condamné avec férocité le "faux débat" entre croissance et rigueur, après notamment des propos du président français qui s'est adressé directement aux Grecs, éreintés par cinq ans de récession, en leur promettant que la "croissance" serait "le thème sur lequel nous devons mettre les Européens autour de la table".

"La situation financière est devenue telle que nous devons aussi avoir des garanties pour que les banques puissent être préservées et financées" a-t-il ajouté, alors que le débat en Grèce tournait vendredi autour de "Etre ou ne pas être dans la zone euro?" selon une formule lancée par l'ex-premier ministre grec, Lucas Papademos, paraphrasant le Hamlet de Shakespeare pour résumer "le dilemme réel" de dimanche.

A J-2 d'un scrutin qui fait suite à celui, non concluant, du 6 mai, la droite et la gauche radicale étaient au coude à coude pour prendre les rênes d'un pays en récession et en pleine crise sociale, devenu "l'homme malade" de l'UE.

Des sondages non autorisés donnent cependant une avance minime à Antonis Samaras, 61 ans, patron conservateur de la Nouvelle Démocratie (ND) sur Alexis Tsipras, 37 ans, chef du Syriza.

Saluant cette tendance, la Bourse d'Athènes a clôture vendredi en hausse de 1,85% après un bond de 10,1% la veille sans toutefois effacer sa descente aux enfers depuis le 6 mai. Les autres Bourses européennes ont fermé aussi en légère hausse cependant que les marchés bruissaient de la possitibilité d'une intervention des grandes banques centrales en cas de victoire des partis qui dénoncent les exigences des créanciers européens.

"euro ou drachme, gouvernement de coalition ou non gouvernement"

Le leader de droite Antonis Samaras se présente comme le garant du maintien de la Grèce dans la zone euro, tout en voulant renégocier le "mémorandum", le plan de rigueur négocié avec les prêteurs internationaux en contrepartie de l'aide financière.

Pour lui, "les enjeux de ces élections sont clairs: euro ou drachme, gouvernement de coalition ou non gouvernement".

Vendredi soir, lors de son derniers discours avant le vote, il a promis aux Grecs de "sortir de la crise, pas de l'euro".

M. Samaras, un conservateur qui se présente à la fois comme nationaliste et europhile, n'a pas exclu, s'il n'avait pas la majorité, de diriger une coalition incluant d'autres formations de droite, ainsi que le Pasok socialiste.

Son rival de gauche, beaucoup plus charismatique, mais redouté par les marchés financiers, clame qu'il faut en finir avec un "mémorandum" signé par les partis traditionnels "soumis au diktat des créanciers".

L'édition allemande du Financial Times, le Financial Times Deutschland, a appelé vendredi dans un éditorial les Grecs à voter contre la gauche radicale grecque, accusée de "démagogie".

M. Tsipras s'est donné dix jours pour mener "une véritable et dure" renégociation avec l'UE s'il prenait les commandes de la Grèce, dans la perspective du sommet européen les 28 et 29 juin à Bruxelles.

Une aide de 347 milliards d'euros en deux ans

Aucun face-à-face télévisé n'a pu être organisé entre MM. Samaras et Tsipras. Un sondage sorties des urnes sera connu à la clotûre des bureaux de vote, à 16H00 GMT. La première projection officielle interviendra à 18h30 GMT.

Si la chancelière allemande conservatrice Angela Merkel s'est montrée intransigeante dans son ultime message à la Grèce, on table à Athènes sur une certaine flexibilité avec l'appui du nouveau président socialiste français François Hollande.

"Les termes du compromis, à signer d'ici septembre, porteraient sur un délai supplémentaire de deux ans pour l'assainissement budgétaire", a affirmé à l'AFP un ancien conseiller de M. Papademos, à la tête du pays jusqu'en mai.

En deux ans, c'est une aide massive de 347 milliards d'euros - deux prêts de 110 et 130 milliards courant jusqu'en 2015, et un effacement de dette de 107 milliards -, qui ont été accordés à la Grèce, l'équivalent d'une fois et demi son PIB.

Plongeant le pays dans le brouillard, provoquant une exaspération en Europe et la suspension "temporaire" du versement de 2,6 milliards d'euros d'aide, le scrutin du 6 mai n'avait pas dégagé de majorité ou de coalition de gouvernement.

Le spectre de la cessation de paiement

Depuis, la Grèce est au bord du précipice, les indicateurs sont au rouge vif: un PIB en chute de 6,5%, le chômage à 22,6%, une hémorragie quotidienne des dépots bancaires, et des caisses publiques qui pourraient être vides mi-juillet.

Vendredi, deux grands groupes français implantés en Grèce ont cherché à se protéger de la secousse que produirait une sortie de l'euro, en réduisant leur exposition au marché grec.

Le Crédit Agricole a isolé sa filiale grecque Emporiki en rapatriant à Paris les actions de ses filiales en Roumanie, Bulgarie et Albanie. Le groupe de supermarchés Carrefour, numéro un en Grèce, a revendu à son partenaire grec la part qu'il détenait dans la société Carrefour-Marinopoulos.

Des scénarios d'une possible sortie de la Grèce de la zone euro - une hypothèse rejetée par 80% des Grecs, sont devenus insistants dans des cercles européens et les milieux financiers depuis le 6 mai.

Le dernier en date, bouclé début juin par la Deutsche Bank détaille ce que pourrait être la période à hauts risques suivant une cessation de paiements "dès fin juin ou début juillet": session extraordinaire du Parlement le week-end, contrôle des flux de capitaux et des sorties de dépôts bancaires, rétablissement du rôle de la Banque de Grèce, émission d'une monnaie ou quasi-monnaie dévaluée de 50% minimum.

AFP

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