Grèce : la montée du parti d'extrême droite ne fait pas beaucoup de bruit

Makis Voridis, membre du Laos, parti d'extême droite, nouveau ministre grec des transports.
Makis Voridis, membre du Laos, parti d'extême droite, nouveau ministre grec des transports. - © EPA/SIMELA PANTZARTZI

L’extrême droite fait son apparition au pouvoir en Grèce, cela n’était plus arrivé depuis la chute du régime des colonels en 1974. Pourquoi le Premier ministre Lucas Papadémos leur a-t-il ouvert la porte du gouvernement ?

Depuis quelques jours, les Grecs ont retrouvé un gouvernement à la tête de leur pays. Un gouvernement de coalition, composé également du parti d’extrême droite, le Laos (Alerte Populaire Orthodoxe). L’actuel Premier ministre Lucas Papadémos a composé un gouvernement d’union nationale suite à la démission de son prédécesseur, Georges Papandréou. L’ annonce d’un référendum, visant à faire accepter le plan d’austérité de l’Europe au peuple grec, a précipité le départ de l'ancien chef du gouvernement.

Pourquoi l’arrivée du parti d’extrême droite au pouvoir ne provoque-t-elle pas davantage de réactions ? Le Laos est en effet un parti qui se réfère à la junte des colonels, comme le mentionne un article paru sur le site du Courrier international.

Selon le politologue émérite de l’UCL Christian Franck, "le Laos a mis de l’eau dans son vin afin de pouvoir participer au gouvernement." Il ajoute, "c’est tout de même une surprise de le voir faire partie de la coalition mais le Premier ministre, en tant que technocrate, a fait une majorité composée. Je pense qu’il a voulu élargir au maximum son soutien politique."

Un parti héritier des colonels

Le Laos, crée en 2000, ne cache pas être l’héritier du régime des colonels, une dictature militaire qui a mené la Grèce d’une main de fer de 1967 à 1974.

Giorgos Karatzaferis, leader du parti, est notamment à l’origine de la demande d’amnistie pour les acteurs de cette junte. Le nouveau ministre des Transports, Makis Voridis, en était même membre. Il occupait le poste de secrétaire général de la jeunesse de la junte. Il est également très proche du Front National français de Jean-Marie Le Pen.

D'autres gouvernements européens sont composés de partis populistes ou d'extrême droite. Entre autre, le PVV (Parti pour la liberté) de Geert Wilders a signé un accord de gouvernement au Pays-Bas, l'extrême droite est également au pouvoir en Autriche avec le FPÖ (Parti autrichien de la liberté). Mais les dirigeants du Laos ne sont pas simplement membres d’un parti populiste. Ils sont directement liés au régime dictatorial des années 70 en Grèce. Leurs revendications les situent clairement à l'extrême-droite du prisme politique. Xénophobe, antisémite, nationaliste, anti-mondialisation, telles sont les caractéristiques du Laos.

Une extême droite "superficielle"

Selon Georges Prévélakis, professeur de géopolitique à l'Université Paris I et auteur du livre "Grèce : les raisons historiques de la faillite" (Esprit, novembre 2011), interrogé par TF1 news, la montée du parti d’extrême droite au pouvoir n’est pas tellement significative. "Il s'agit surtout d'un épiphénomène et d'une bulle. Il ne faut pas surestimer le Laos. Si Georges Karatzaferis se voyait proposer une place de choix dans un autre parti, il n'hésiterait pas à changer d'idéologie. Le Laos n'y survivrait pas."

"Il s'agit en effet d'un amalgame hétérogène de plusieurs tendances : des patriotes, des déçus de la Nouvelle démocratie qui trouvent un refuge et aussi des éléments antisémites. Mais toutes ces composantes ne tiennent ensemble que grâce et par un chef", explique Georges Prévélakis.

Pour le géopolitologue, la montée au pouvoir du Laos est risquée pour le parti. "Ce gouvernement doit mener une politique d'austérité. Ceux qui en font partie pourraient en subir les conséquences politiques lors des élections anticipées de février. Si la situation se stabilise, cette tactique à court terme s'avérera désastreuse. Seul un effondrement total de l'économie et du pays lui offrirait une chance."

Il conclut "cette extrême-droite reste superficielle". C’est peut-être la raison pour laquelle la participation de l’extrême droite au nouveau gouvernement grec n’a pas fait énormément de bruit…

 

MLC

Et aussi

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK