Grèce: l'UER dénonce une censure de la radio-TV publique

Jean-Paul Philippot
Jean-Paul Philippot - © BELGA/WARNAND

C'est une première au sein de l'Union européenne. Un pays n'a plus de service public de radio-télévision. Pour des questions budgétaires, les autorités grecques ont littéralement coupé la diffusion des radios et télévisions de l'ERT avec intervention de la police sur les sites des émetteurs. Jean-Paul Philippot, administrateur-général de la RTBF et président de l'UER (Union européenne de radio-télévision) réagit.

Comment jugez-vous ce qu'il s'est passé ce mercredi soir?

 - Quand la police coupe un émetteur et interdit à des journalistes de faire  leur profession, ça s'appelle un coup de force, ça s'appelle de la censure, ça s'appelle une régression majeure de la démocratie. Il y a un paradoxe, pour rentrer dans l'Union européenne, un pays doit démontrer que d'une part, il a un opérateur de radio et de télévision publique et que d'autre part, cet opérateur a toute une série de garanties d'indépendance par rapport au pouvoir établi. C'est dans un pays d'Europe, qu'aujourd'hui, on assiste à un acte d'une violence et une régression pour la liberté d'expression, pour le travail du journalisme, pour la production et les contenus culturels, régression qu'on n'a jamais connue.

-Dès l'annonce de cette fermeture, vous avez envoyé un courrier au gouvernement grec mais aussi à la Commission européenne, quelles étaient vos demandes dans ce courrier et avez-vous eu une réponse ?

- Les demandes sont évidentes et très claires, à savoir, revenir sur cette décision immédiatement, on ne peut pas se satisfaire d'une vague promesse de réouverture hypothétique et future dans quels délais, d'une chaîne publique dans une autre forme, il faut continuer à fournir ce travail que les journalistes dans les télévisions et radios publiques européennes, font tous les jours, à savoir, un travail critique, un travail d'investigation, un travail qui contribue au pluralisme de l'information, à l'investigation, à l'information du citoyen, c'est une des bases de la démocratie. On demande donc que cette décision soit rapportée immédiatement, on le demande au gouvernement grec, on le demande aux autorités européennes. On a adressé ce courrier dès l'annonce hier après-midi, nous attendons dans la matinée, des informations de l'Europe, je l'espère, du gouvernement grec, peut-être.

L'Europe est en crise, les budgets sont difficiles au sein des différents pays notamment en Belgique, est-ce que c'est un précédent pour vous ?

- C'est un précédent majeur, je pense que c'est un cas même unique et on le citait ce matin, aux pires heures de la dictature en Grèce, jamais, un gouvernement militaire et dictatorial n'avait pris une telle mesure, on est donc dans un cas de régression sensible et c'est paradoxal, au moment où on parle de plus de démocratie, de plus de transparence, d'un projet européen partagée par toutes et tous, que des décisions brutales, incompréhensibles et à contre-courant des valeurs européennes, sont prises, nous allons et nous avons eu beaucoup de contacts hier entre responsables de télévisions publiques européennes, nous allons poursuivre et prendre d'autres mesures dans les jours qui viennent.

Mehdi Khelfat

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