Grèce: des milliers de personnes pour soutenir le gouvernement

Grèce: des milliers de personnes pour soutenir le gouvernement après la décision de la BCE
Grèce: des milliers de personnes pour soutenir le gouvernement après la décision de la BCE - © LOUISA GOULIAMAKI - BELGAIMAGE

Parti la fleur au fusil pour convaincre les Européens de renégocier la dette grecque, le gouvernement d'Alexis Tsipras affronte sa première tempête mais assure qu'il tiendra le cap de ses engagements, "sans chantage" et avec le soutien de la rue. Des milliers de personnes ont en effet répondu jeudi soir à Athènes à un appel à manifester, lancé via les réseaux sociaux, contre le "chantage" exercé sur le gouvernement grec après la décision de la BCE de restreindre les mécanismes de financement des banques grecques.

Les manifestants, environ 5.000 selon la police, se sont rassemblés en silence et sans banderole sur la place Syntagma devant le parlement, théâtre de grandes manifestations anti-austérité ces dernières années, pour montrer "leur soutien" au gouvernement de gauche Syriza qui "ose défendre les intérêts" des Grecs, ont indiqué de nombreux manifestants à l'AFP. "C'est la première manifestation en faveur d'un gouvernement", se réjouit Télémaque Papathéodorou, ingénieur qui est venu avec son amie Dimitra Spyridopoulou, avocate. "Enfin un gouvernement qui respecte les engagements de son programme électoral et défend les intérêts de notre pays", souligne cet ingénieur trentenaire. "Aucun chantage ! Dignité maintenant", proclamait notamment l'appel à manifester posté sur Facebook.

Cette manifestation intervient à l'issue d'une tournée, au bilan mitigé, du Premier ministre Alexis Tsipras et du ministre grec des Finances Yanis Varoufakis à Rome, Paris, Bruxelles et Berlin pour rallier des soutiens à leur projet de renégociation de la dette grecque.

La décision soudaine de la BCE, mercredi soir, de priver les banques grecques d'un de leurs outils de financement a jeté une ombre supplémentaire sur l'entreprise diplomatique du gouvernement grec "La décision de la BCE montre la pression sur la Grèce mais tout ça n'est rien face aux problèmes des gens qui ont faim ou se suicident", ajoute Dimitra Spyridopoulou. Pour Nikoletta P., 55 ans, dont le fils a quitté la Grèce il y a un an pour trouver du travail à l'étranger, "les précédents gouvernements, droite ou socialistes, parlaient de la reprise mais ils ne faisaient rien". "On ne veut pas être étranglé car ce n'est bon ni pour la Grèce ni pour l'Europe", explique cette employée d'une agence de tourisme. "On n'a rien d'autre à perdre, c'est pourquoi on défend le gouvernement, au moins ils ne vont pas brader tous les ressources publiques", note Stavroula Drakopoulou, 55 ans, institutrice.

Une mobilisation rare

Le gouvernement d'Alexis Tsipras a annoncé la fin de privatisations, imposées par les créanciers du pays, ainsi que des mesures pour faire face "à la crise humanitaire" que traverse la Grèce après six ans de récession et d'une politique d'austérité drastique en échange de prêts internationaux.

Voir les réseaux sociaux s'enflammer, en dehors des cercles spécialisés, pour une décision nocturne et ultra-technique de la Banque centrale européenne (BCE) n'est pas chose courante. C'est ce qui s'est passé mercredi lorsque l'institution de Francfort a décidé de priver les banques grecques d'une de leur facilités de financement auprès d'elle. "Coup de force" voire "coup d’État", "démocratie bafouée", des critiques s'étaient déchaînées contre la dimension politique de l'annonce de l'institution monétaire interprétée comme une pression sur le gouvernement de gauche radiale élu le 25 janvier.

"L'intransigeance de la BCE et de l'Allemagne risque d'avoir un résultat contraire à l'effet recherché, les gens vont serrer les rangs autour de Syriza. Les Européens sous-estiment le sentiment anti-allemand en Grèce", avance le politologue Ilias Nikolakopoulos.

Début de l'atterrissage

Syriza a fait campagne en cultivant le besoin des Grecs de retrouver "leur dignité" après cinq années de politique d'austérité drastique prescrite par les créanciers UE-BCE-FMI en échange d'un engagement sur 240 milliards d'euros de prêts visant à éviter la faillite du pays.

Les dirigeants grecs ont multiplié ces derniers jours les comparaisons entre l'Allemagne défaite au sortir de la Première guerre mondiale et la Grèce saignée par six ans de récession. "Quand on humilie trop longtemps une nation fière (...), cette nation à un moment donné est en ébullition", a osé à Berlin le ministre grec des Finances Yanis Varoufakis, dans une référence indirecte à la crise des années 30 qui avait porté Hitler au pouvoir en Allemagne.

L'Allemagne était la dernière étape du marathon diplomatique qui a mené le nouveau grand argentier de la Grèce et le Premier ministre dans plusieurs capitales européennes pour convaincre les partenaires du pays de lui accorder un allègement de son abyssale dette.

Malgré la fermeté affichée par la BCE et le constat, par Athènes et Berlin, des "désaccords" solidement ancrés entre les deux pays, la Grèce maintient le cap.

La Grèce "ne souhaite exercer de chantage sur personne mais n'a pas l'intention d'accepter elle-même un chantage", a indiqué le gouvernement qui affirme également sa résolution à appliquer les mesures de relance budgétaire promises. "La décision de la BCE est le début de l'atterrissage pour le gouvernement Syriza qui était sur un nuage", estime pourtant Thanassis Diamantopoulos, professeur de sciences politiques à l'université athénienne de Panteion.

Le quotidien libéral Kathimerini appelait aussi à "ne pas se cacher derrière des illusions": "au-delà de la sympathie et de la compréhension, la Grèce n'a pas de solides alliés contre Berlin, l'Eurogroupe et la BCE".

Et un autre défi attend Syriza s'il est contraint au compromis, prédit Thanassis Diamantopoulos: "gérer ce tournant à l'intérieur du parti avec la composante trotskyste qui veut détruire le capitalisme mondial", mais dont il est encore difficile de mesurer le poids.

AFP

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