Dette grecque: un Eurogroupe sous haute tension, "c'est difficile"

Le ministre allemands des Finances, Wolfgang Schauble, ce vendredi: "Nous travaillons à la consolidation de la zone euro"
2 images
Le ministre allemands des Finances, Wolfgang Schauble, ce vendredi: "Nous travaillons à la consolidation de la zone euro" - © EMMANUEL DUNAND - BELGAIMAGE

"Il y a des raisons d'être optimistes, mais c'est très difficile", a commenté vendredi après-midi le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, avant le début de la troisième réunion, en dix jours, des ministres des Finances de la zone euro afin d'évoquer la situation de la Grèce.

Cette troisième réunion des ministres des Finances de la zone euro en moins de dix jours doit trouver un accord sur le prolongement du programme d'aide à la Grèce, qui expire le 28 février.

La Grèce demande une extension du programme d'aide financière, tout en refusant l'application pure et simple du "mémorandum", le programme de réformes imposé à la Grèce depuis 2010. Dans sa dernière proposition, le gouvernement de gauche radicale accepte la supervision de ses créanciers (UE, BCE et FMI), même s'il n'utilise plus le mot "troïka", une concession majeure pour Athènes. Il s'engage aussi à "financer pleinement toute nouvelle mesure tout en s'abstenant de toute action unilatérale qui saperait les objectifs budgétaires, la reprise économique et la stabilité financière".

Cette proposition "n'est pas conforme à ce qu'on avait convenu en Eurogroupe lundi", a commenté à son arrivée le grand argentier belge, Johan Van Overtveldt, qui a indiqué "attendre des explications, des éclaircissements". "La lettre d'hier était pleine de bonnes intentions, mais en terme de propositions concrètes, c'était assez vague".

Le ministre grec des Finances Yanis Varoufakis a dit "espérer sortir (de la réunion, ndlr) avec de la fumée blanche" annonciatrice d'un accord.

"Des progrès ont été enregistrés depuis lundi", a souligné le commissaire européen aux affaires économiques et financières, Pierre Moscovici. "Je suis convaincu qu'un accord est possible", a-t-il dit.

Il restera à voir si cet accord interviendra encore ce vendredi ou s'il faudra une autre réunion. Le ministre luxembourgeois des Finances, Pierre Gramegna, n'a pas exclu l'hypothèse d'une quatrième réunion de l'Eurogroupe. "Il reste quelques jours", a-t-il simplement constaté. "Il faudra une période transitoire de quelques mois, et il est indispensable que nos amis grecs nous donnent des garanties".

"Je ne connais pas de scénario qui aujourd'hui soit sur une sortie de la Grèce de la zone euro"

"La position de la France, c'est que tout soit fait pour que du côté grec et du côté européen il puisse y avoir une plus forte cohésion encore de la zone euro", a déclaré François Hollande lors d'une conférence de presse au côté de la chancelière allemande Angela Merkel, qu'il a reçue au palais de l'Elysée. "Je ne connais pas de scénario qui aujourd'hui soit sur une sortie de la Grèce de la zone euro. Et ce n'est pas d'ailleurs la position du gouvernement grec. Il l'a plusieurs fois affirmé", a ajouté M. Hollande, écartant l'éventualité d'une sortie de la Grèce de la zone euro (Grexit).

"Depuis que nous avons un programme pour la Grèce, l'action politique vise à maintenir Athènes dans la zone euro", a affirmé de son côté Mme Merkel. "Le peuple grec a fait des sacrifices considérables pour cela et nous allons tout faire pour poursuivre sur cette voie", a-t-elle poursuivi.

Toutefois, a relevé la chancelière, "il y a encore un besoin considérable d'amélioration de la substance des propositions pour que nous puissions obtenir un accord au Bundestag", a souligné la chancelière, le programme pour la Grèce devant être approuvé par la chambre basse du Parlement allemand.

Avec la nouvelle réunion de l'Eurogroupe ce vendredi "commence une phase de concertation intensive et j'espère que cela va aboutir", a-t-elle dit.

Le Portugal s'aligne sur Berlin

La ministre portugaise des Finances s'est rangée ce vendredi matin derrière les arguments allemands dans le débat sur la Grèce, estimant que les Européens n'étaient "pas prêts à discuter d'autres conditions" que celles prévues par le programme d'aide actuel.

"Il y a un cadre au sein duquel nous sommes prêts à discuter avec le gouvernement grec. Ce cadre, c'est le programme d'aide actuel, qui doit être prolongé", a déclaré la ministre Maria Luis Albuquerque dans une interview au quotidien des affaires allemand Handelsblatt. "Nous ne sommes en revanche pas prêts à discuter sous d'autres conditions. Les 18 Etats de la zone euro, tout comme la BCE et le FMI sont d'accord sur ce point".

Octroyer des prêts sans contrepartie "n'est possible pour personne au monde, que ce soit pour le Portugal ou pour la Grèce, pas plus que pour vous et moi", a-t-elle martelé. "Quand je demande un crédit à ma banque je dois m'engager à le rembourser, et je dois donner des garanties, c'est comme cela que cela fonctionne et pas autrement".

Le Portugal, lui-même bénéficiaire de l'aide de ses partenaires et qui a mené la cure d'austérité qui allait avec, se range ainsi derrière l'Allemagne, à quelques heures d'une réunion des ministres des Finances de la zone euro décisive pour le sort de la Grèce.

Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a immédiatement rejeté la demande grecque déposée jeudi, estimant qu'elle ne remplissait pas les conditions fixées par les Européens.

Dans le camp des "intraitables", comme l'Allemagne et le Portugal, on compte également la Finlande, l'Espagne ou encore les pays baltes, ces derniers ayant consenti de gros sacrifices pour entrer ou rester dans l'euro.

Les membres plus pauvres de la zone euro ne veulent pas financer la Grèce

Des anciens pays communistes, entrés dans la zone euro au prix de longues années d'austérité et de réformes douloureuses, éprouvent peu de sympathie pour la Grèce surendettée, affirmant même que l'eurozone pourrait très bien survivre au "Grexit".

Dans une interview au Financial Times, le Premier ministre de la Slovaquie Robert Fico a sèchement exclu toute aide supplémentaire de son pays à la Grèce, disant accueillir avec "calme" sa sortie éventuelle (Grexit) de la zone euro.

"Personne en Europe ne veut donner de l'argent à la Grèce", a affirmé le chef du gouvernement slovaque de gauche, en ajoutant qu'il lui serait "impossible d'expliquer à l'opinion publique que la 'pauvre' Slovaquie doive subventionner la Grèce".

"Expliquer aux gens que nous devons donner de l'argent aux Grecs, avec leurs salaires et pensions ? Impossible. Impossible", a-t-il affirmé.

La Slovaquie, pays de 5,4 millions d'habitants et membre de la zone euro depuis 2009, avait déjà menacé en juin 2012 de demander la sortie de la Grèce de la zone euro, au cas où elle n'applique pas un plan d'austérité en échange de l'aide internationale qui avait sauvé ce pays de la faillite.

Selon l'Estonie, pays balte de 1,3 million d'habitants, une éventuelle sortie de la Grèce de la zone euro aurait un faible impact sur la monnaie européenne qui est en meilleure forme que pendant la première période de la crise de la dette grecque.

"La zone euro est certainement plus stable et plus forte qu'il y a cinq ans et la sortie hypothétique d'un de ses membres ne devrait avoir qu'un faible impact" sur elle, a déclaré la ministre estonienne des Finances Maris Lauri.

"Si on doit autant d'argent aux autres, et qu'on a reçu autant de leur part, on devrait se tenir tranquille et essayer d'être aussi poli que possible, s'entendre avec tout le monde", estime pour sa part l'eurodéputée libérale estonienne Kaja Kallas

"Ils ont, cependant, une attitude différente. Ils ont l'air de dire : vous nous devez de l'argent, notre peuple souffre, vous nous avez fait une injustice. Ils oublient que d'autres pays souffrent aussi", a-t-elle déclaré à la radio publique estonienne.

Ancienne République soviétique, l'Estonie, pays de 1,3 million d'habitants, a rejoint la zone euro en 2011, avant la Lettonie (2014) et la Lituanie (2015). Frappée par la crise dans les années 2008-2009, l'Estonie a réussi à redresser son économie au prix d'une cure d'austérité sans précédent. Les trois pays baltes affichent actuellement une croissance économique autour de 3%.

RTBF avec agences

Et aussi

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK