Grand oral de Beata Szydlo au Parlement européen: "La Pologne respecte les droits de l'homme"

La cheffe du gouvernement polonais, Beata Szydlo, est venue mardi après-midi en séance plénière du Parlement européen à Strasbourg défendre la politique menée depuis l'installation du gouvernement fin octobre, et notamment les réformes controversées de la Cour constitutionnelle et des médias publics.

Depuis quelques semaines la Pologne est sous le feu des critiques européennes. Le parti conservateur Droit et justice est accusé de vouloir mettre la main sur la cour constitutionnelle et les médias publiques. La Commission européenne a lancé une procédure inédite sur le respect de l'état de droit en Pologne. Beata Szydlo a choisi de venir s'expliquer mardi devant les eurodéputés.

Liberté et souveraineté

C'est sous les applaudissements des visiteurs polonais venus la soutenir que Beata Szydlo est arrivée dans l'hémicycle du Parlement européen. Et c'est avec beaucoup d'assurance qu'elle a défendu les réformes controversées. Les élections d'octobre dernier lui ont donné un mandat clair pour modifier le fonctionnement de la cour constitutionnelle et remodeler le paysage médiatique de son pays. C'est une décision démocratique et la Commission européenne n'a pas à mettre son nez dans les affaires intérieures de son pays.

La Première ministre polonaise s'est réjouie de pouvoir s'exprimer devant les eurodéputés pour dissiper les "malentendus" qui sont à l'origine "des voix injustes que nous entendons depuis la Pologne", a-t-elle indiqué. "La liberté, la justice et la souveraineté sont des droits inaliénables pour nous", a-t-elle martelé.

Elle a défendu les deux réformes les plus controversées, adoptées rapidement après l'installation du gouvernement. La loi réformant la Cour constitutionnelle était "nécessaire pour corriger une loi non-démocratique prise par le gouvernement précédent", a-t-elle assuré. La nomination rapide de plusieurs juges visait aussi à contrer une décision prise par le gouvernement précédent. "La Cour constitutionnelle fonctionne très bien en Pologne", a commenté la cheffe de gouvernement.

De même, la loi sur les médias publics "ne lèse pas les règles européennes". "C'est une tentative de rétablir leur neutralité, il n'y a pas d'atteinte à la Constitution", a encore assuré Beata Szydlo.

Elle a aussi répété que la Pologne restait profondément européenne et a assuré qu'elle avait l'intention que son pays soit "un champion européen". "Je pense que la Pologne ne mérite pas d'être mise en examen par la Commission européenne. Les droits de l'homme ne sont pas remis en cause en Pologne, l'état de droit non plus. Et tout le travail que nous menons aujourd'hui est conforme à notre législation et aux Traités européens".

Un argument qui fait mouche chez tous les députés eurosceptiques. Mais qui fait poliment tousser la majorité des députés comme le conservateur espagnol Esteban Gonzales Pons : "Le pire des autoritarismes vient toujours de l'intérieur. La destruction du pouvoir judiciaire, le contrôle des moyens de communication peuvent être le début de la fin de la démocratie. Le problème ce n'est pas la Pologne, c'est l'autoritarisme".

Verhofstadt inquiet

Les réactions des eurodéputés se partageaient entre craintes pour les valeurs communes à l'Union européenne et soutien sans faille au gouvernement polonais.

L'eurodéputé libéral belge Guy Verhofstadt s'est inquiété du fait que le gouvernement polonais utilise sa majorité pour "démanteler le système de contrôle démocratique". "Un système qui est au coeur de la démocratie européenne", a-t-il fait remarquer. Il a aussi reproché au gouvernement polonais de faire le jeu du président russe Vladimir Poutine, dont "l'obsession est de casser l'unité européenne".

"L'Union européenne, c'est d'abord une communauté de valeurs, et puis un marché intérieur", a pour sa part insisté l'eurodéputé espagnol Esteban Gonzalez Pons (PPE).

"On a l'impression que le gouvernement recourt à un diktat. En une nuit, il a pris une décision qui aurait dû faire l'objet d'une discussion", a regretté l'écologiste Rebecca Harms. "Ce qui ne nous plaît guère, c'est que les intérêts politiciens puissent prendre le pas sur l'Etat de droit."

Du côté des conservateurs, des eurosceptiques et des europhobes par contre, on affichait un soutien vigoureux à la Pologne. Plusieurs eurodéputés ont critiqué le fait que le Parlement européen se mêle de la politique polonaise. Ils se sont aussi félicités du fait que la Pologne prenne le chemin ouvert par d'autres, comme la Hongrie ou la Slovaquie.

Le Premier vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans, a expliqué quant à lui que la Commission souhaitait "éviter une menace systémique pour l'Etat de droit" en Pologne. Il a rappelé que ce qui a poussé la Commission à agir, en ouvrant une enquête la semaine dernière sur la situation de l'Etat de droit en Pologne, est la nomination de plusieurs juges. "Le début d'une procédure n'implique pas forcément que des mesures seront prises", a-t-il souligné.

Au final, ni la Pologne, ni ses détracteurs n'auront changé d'avis. Mais au moins ils se seront parlés pendant plus de 2 heures. 

Lundi déjà, le président polonais, Andrzej Duda, s'était fendu d'une visite à Bruxelles pour rencontrer le président du Conseil européen, Donald Tusk, ancien Premier ministre polonais. Il s'agissait là aussi de rassurer sur les intentions du gouvernement polonais et de réaffirmer que la réalité n'avait rien à voir avec "des créations médiatiques".

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