Centrafrique: d'éducatrice à ministre, l'étonnant parcours de Gisèle Bedan

Gisèle Bédan (au centre) : éducatrice dans un lycée en France, nouvelle ministre de l'éducation en Centrafrique
Gisèle Bédan (au centre) : éducatrice dans un lycée en France, nouvelle ministre de l'éducation en Centrafrique - © Tous droits réservés

C’est par e-mail que Gisèle Bedan, éducatrice dans un lycée de Mantes-la-Jolie, a reçu la nouvelle. La présidente centrafricaine Catherine Samba-Panza lui demande d’accepter le poste de ministre de l’éducation nationale dans le gouvernement de transition qu’elle dirige. Depuis, Gisèle Bedan n’en revient pas.

Gisèle Bedan a bien du mal à y croire, elle qui a eu tant de mal à trouver un travail en France, jusqu’à ce que Pôle Emploi lui décroche en septembre dernier, une entrevue pour devenir éducatrice dans un lycée à Mantes-la-Jolie (Yvelines). Mais malgré la surprise, Gisèle Bedan a accepté cette mission. " Je suis très émue ! Je n’avais rien demandé, mais c’est peut-être le moment d’apporter ma pierre à l’édifice " confie-t-elle par téléphone à Jeune Afrique. Car si dans le lycée ou elle travaille les élèves connaissent bien celle qui n’a pas sa langue en poche, Gisèle Bedan est une inconnue en France. Pas en Centrafrique. En 1996, elle a créé dans la capitale, Bangui, une école privée à tarif réduit. 980 élèves y sont scolarisés. Elle en est toujours la directrice " Sa nomination comme ministre, je ne suis pas étonnée ! C’est une grande dame, avec une grande classe qui voit grand pour nos jeunes " s’exclame Meryem Karbiche, la proviseur du lycée de Mantes-la-Jolie.

Une tâche immense

Gisèle Bedan s’envolera pour Bangui dans quelques jours, le temps de régler une foule de choses pratiques. Sur place, sa priorité sera double. Le retour à la paix et la sécurité " pour que les enfants reprennent le chemin de l’école " dit-elle. Mais la tâche sera immense. Car à Bangui, les violences se poursuivent malgré la présence des forces internationales. Dans toute la ville, on voit des soldats français qui interviennent pour empêcher les pillages. " Sortez de là, déposez tout " lance ces quelques soldats en approchant de ce qui reste d’une mosquée. Accompagné de quelques tirs en l’air pour persuader les plus récalcitrants.

 

Mais la misère est telle que beaucoup d’habitants affirment ne pas avoir le choix. " Regardez comment je vis ici en Centrafrique. Je peux vendre ce moteur de ventilateur pour 700 ou 1000 francs CFA (l’équivalent d’1,5 euros). Avec ça, je pourrais faire manger mon fils " dit Graceadieu Bangara qui vient de fuir à l’approche des troupes françaises. Des scènes de ce genre-là, il y en a dans toute la ville. On entend des tirs, bien réels cette fois, plus question de sommations pour empêcher les vols. D’un coté, quelques soldats français répondent aux tirs d’un groupe de seleka, ces milices majoritairement musulmanes que les troupes françaises tentent de désarmer depuis deux mois. Au milieu des tirs, des civils, le regard terrifié qui longent les murs et rampent pour éviter les balles.

Opération française Sangaris : deux mois et peu de résultats

Depuis deux mois, la France a déployé 1600 soldats en appui des 5500 hommes de la force de l’Union Africaine (MISCA). Officiellement le ton est prudemment positif. " Notre évaluation de la situation, c’est que nous sommes sur une pente positive. Ce n’est pas encore fini, nous n’avons pas encore gagné mais nous sommes dans un processus pour ramener la sécurité à Bangui " déclare l’amiral français Edouard Guillaud chef d’état-major des armées.

" La Centrafrique est un grand pays, alors il est très difficile de dire ce qui va se passer dans deux mois. Nous ferons ce que les Nations Unies nous demandent de faire " ajoute-t-il. Concrètement, après deux mois de présence sur place, " plus de 4000 armes blanches et des centaines de fusils ont été saisi " selon le général Francesco Soriano qui commande le contingent français.

Le début d’une crise de la sécurité alimentaire selon l'ONU

Sur les 800.000 habitants de la capitale, la moitié a fui son logement pour échapper aux combats et survit désormais entassée dans des camps improvisés. L’aéroport est devenu un camp de déplacés surnommé " Boeing " où 100.000 personnes s’entassent. Pour se nourrir, l’aide du PAM (programme alimentaire mondiale) est cruciale. Or les réserves de nourriture de la capitale sont au plus bas selon Elisabeth Byrs, porte-parole de l’organisation. " Une crise de la sécurité alimentaire est en train de commencer " a-t-elle expliqué. Et cela s’explique par une combinaison de facteurs. " Le manque d’assainissement dans les camps de déplacés, le manque de nourriture pré-conditionnée, l’augmentation du prix de la nourriture et l’arrivée de la saison des pluies " a précisé Elisabeth Byrs. Face à cette situation, un pont aérien depuis Douala au Cameroun va être installé jusqu’à Bangui. Chaque jour, un Boeing 747 fera le trajet avec 100 tonnes de nourriture à bord remplaçant ainsi le transport par camion devenu trop dangereux sans escorte armée vu l’insécurité qui règne.

Laurence Brecx avec AFP

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