Gilets jaunes en France: un motard décédé, des journalistes menacés et Macron qui prône le dialogue

Gilets jaunes en France: un motard décédé, des journalistes menacés et Macron qui prône le dialogue
Gilets jaunes en France: un motard décédé, des journalistes menacés et Macron qui prône le dialogue - © Tous droits réservés

Les manifestations des gilets jaunes ont continué un peu partout en France. Voici un récapitulatif d'une journée faite de nombreuses violences.

Au total, les mobilisations contre la hausse des prix du carburant et les taxes ont fait quelque deux morts et 530 blessés, dont 17 graves. 

Décès d'un motard dans la Drôme

Un motard de 37 ans, grièvement blessé dans la Drôme après une collision lundi avec une camionnette qui manoeuvrait pour éviter un barrage de "gilets jaunes", est décédé mardi des suites de ses blessures, a indiqué une source judiciaire.

L'accident s'était produit vers 7h30 sur la N7 à Portes-lès-Valence alors que le motard remontait par la gauche la file de voitures d'un bouchon causé par un barrage filtrant de "gilets jaunes". La victime avait ensuite percuté une camionnette, qui était en train de faire un demi-tour pour éviter l'embouteillage, a précisé la même source à l'AFP, confirmant une information du Dauphiné Libéré.

Ce décès s'ajoute à celui d'une manifestante tuée samedi matin à Pont-de-Beauvoisin (Savoie), percutée par une conductrice qui a été prise de panique et a foncé sur les manifestants.

"Des investigations judiciaires sont en cours mais nous avons bien deux personnes décédées sur les points de barrages", a confirmé sur BFM TV le secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez. 

Aussi, mardi, à Colombelles dans le Calvados, un motard a été grièvement blessé par un automobiliste qui a paniqué à l'approche d'un blocage.

Près de 100 policiers blessés

A Calais, un motard de la police, qui avait pris en chasse un routier ayant tenté de forcer un barrage, avait ensuite heurté une voiture.

95 membres des forces de police et de gendarmerie ont été blessés depuis le début du mouvement des "gilets jaunes" samedi, a indiqué Laurent Nuñez.

La Réunion secouée par une flambée de violences

Paralysée depuis quatre jours par le mouvement des "gilets jaunes", l'île de La Réunion est confrontée à une flambée de violence comme elle n'en avait plus connu depuis près de trente ans et qui a largement débordé la question du pouvoir d'achat.

"L'évolution du mouvement est intolérable : les blocages routiers durant la journée se transforment en violences urbaines la nuit", a dénoncé mardi soir la ministre des Outre-mer Annick Girardin, en évoquant des violences commises par "des jeunes gens qui n'ont rien à voir avec les gilets jaunes".

En dépit d'un couvre-feu décrété par la préfecture, de nouveaux incidents ont éclaté mardi soir, notamment au Chaudron, un quartier populaire de Saint-Denis-de-La-Réunion. Une grande surface a été pillée et des voitures incendiées.

Voitures brûlées, commerces incendiés, automobilistes rackettés et caillassés : les incidents de la nuit de lundi à mardi avait déjà conduit le préfet Amaury de Saint-Quentin à instaurer mardi un couvre-feu partiel sur la moitié des communes de l'île.

Jusqu'à vendredi au moins, il sera interdit d'y circuler entre 21h00 et 06h00, "une mesure forte, inédite" et "adaptée à cette menace", selon le préfet.

En attendant, tous les établissements scolaires, des crèches à l'université, ainsi que les administrations étaient fermées mardi. La quasi-totalité des événements culturels et sportifs ont été annulés. L'aéroport international Roland-Garros a fermé à 18 heures locales (15 heures à Paris) jusqu'à mercredi matin, obligeant les compagnies aériennes à revoir leurs horaires ou à annuler des vols.

"Bien sûr on ne peut pas cautionner la violence. Mais il faut aussi se poser les bonnes questions. Dans certaines familles, les grands-parents, les parents, les grands frères et les grandes soeurs n'ont jamais travaillé. Beaucoup sont en échec scolaire. Tous vivent des minima sociaux. Que des gamins de 12 ans issus de ces familles soient sur les barrages, c'était couru d'avance", estime un représentant syndical. 

"Et puis il ne faut jamais oublier ces chiffres : 28% des actifs sont au chômage et 42% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté", ajoute-t-il.

 

violences à Saint-Denis (Réunion):

Des journalistes dénoncent un climat tendu

"Insultes", "crachats", "menaces" : des dizaines de journalistes ont dénoncé sur les réseaux sociaux des tensions dans le cadre de la couverture des rassemblements des "gilets jaunes".

Samedi à la sortie de Besançon, un photographe bénévole de la radio associative Bip a enduré des insultes racistes avant de recevoir un coup de poing au visage, a affirmé la radio dans un communiqué, précisant qu'une plainte avait été déposée lundi.

BFMTV assure avoir été particulièrement visée par les manifestants. Samedi soir, un reporter a reçu un oeuf pendant un direct sur les Champs-Élysées, une plainte a été déposée. Lundi soir, plusieurs dizaines de "gilets jaunes" se sont présentés au pied de la rédaction parisienne de la chaîne, selon sa direction. 

Dimanche, une jeune journaliste pigiste pour BFMTV a été prise à partie par des manifestants près de Montpellier, ce qui l'a poussée à lancer avec des amis et collègues le mouvement "Paye ton journaliste". "Je me suis fait aboyer dessus", a indiqué à l'AFP la reporter, Céline Durchon.

Ces incidents "sont de plus en plus fréquents et ne permettent pas de travailler de manière sereine", a protesté Hervé Béroud, directeur du pôle information dans l'audiovisuel chez Altice France, la maison-mère de BFMTV qui fait désormais parfois accompagner ses reporters de gardes du corps.

"Nos équipes subissent des quolibets, des injures", a aussi confirmé à l'AFP le directeur de l'information régionale de France 3, Bernard Loche, qui se réserve le droit de déposer plainte. "On entend beaucoup de rejet des institutions, et ils ont tendance ici ou là à mettre les journalistes dans le même sac"

Macron appelle au dialogue

Lors d'un débat en compagnie du Premier ministre Charles Michel et 800 étudiants à Louvain-la-Neuve, au second jour de sa visite d'Etat en Belgique, le président français Emmanuel Macron a affirmé mardi que "c'est par le dialogue" et "l'explication" qu'il sera possible de mettre fin au mouvement des "gilets jaunes" qui protestent depuis plusieurs jours contre la hausse des carburants.

Sans citer nommément les "gilets jaunes", le chef de l'Etat a jugé "normal" qu'il y ait des protestations car "les choses ne se font pas spontanément". La transition écologique "suppose de changer les habitudes, ce n'est jamais aisé", a-t-il ajouté, en souhaitant que, "collectivement, il faut qu'on ait un esprit de responsabilité".

Il a réexpliqué que la stratégie du gouvernement était "d'une part de taxer davantage les énergies fossiles et, d'autre part, d'avoir un accompagnement des plus modestes". Il a cité l'"aide à la conversion (...) pour acheter des véhicules beaucoup moins polluants", l'indemnisation des "gens qui ont besoin de beaucoup se déplacer" et le soutien à ceux "qui se chauffent au fioul".

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK