Gilets jaunes, climat, Emmanuel Macron... Raphaël Glucksmann entre en campagne

Essayiste, réalisateur, parfois polémiste quand il fait le tour des plateaux télé en France, Raphaël Glucksmann a ajouté une corde à son arc en lançant début novembre "Place publique", un mouvement "citoyen, écologiste et solidaire". Pas un parti traditionnel, mais une "structure collective" pour fédérer les initiatives citoyennes qui émergent partout en France.

Un peu à la manière des "Gilets jaunes", ces groupements de citoyens qui promettent des actions dans l'Hexagone pour protester notamment contre la hausse des prix des carburants ? Non, répond Raphaël Glucksmann au micro de La Première. "Je ne soutiens pas les gilets jaunes. Ils se soulèvent contre une taxe injuste parce qu'elle isolée au sein d'une politique fiscale injuste, mais une taxe qui est nécessaire."

Aucune justification au fait que le diesel soit moins cher que l'essence

Si le mouvement des gilets jaunes "exprime une colère sociale, la manière dont ils l'expriment pose question. On sait tous que si on veut mener à bien la transformation écologique, il va falloir hausser les taxes sur le diesel. C'est nécessaire. Il n'y a aucune justification au fait que le diesel soit moins cher que l'essence".

Et d'ajouter : "La transformation écologique, qui est nécessaire et vitale, ne pourra être acceptée par les peuples que si elle est aussi une transformation sociale. Le gouvernement a zappé le coût social engendré par ces mesures. La fiscalité punitive écologique doit se doubler nécessairement d'une fiscalité redistributive".

Celui qui vient de publier "Les enfants du vide" (Allary Éditions) souligne l'importance d'un réveil citoyen. "On n'a jamais eu autant de gens (...) qui se sont engagés dans les associations, dans les transformations écologiques, dans les circuits courts, dans des coopératives agricoles, dans la transformation de la démocratie", énumère-t-il.

Passer de l'indignation à l'engagement

Son objectif : fédérer cette "effervescence citoyenne qui ne se traduit pas dans un mouvement général". Vaste programme, reconnaît-il. Il rappelle au passage l'ouvrage "Indignez-vous" de Stéphane Hessel qui avait connu un large succès en 2010. Un an plus tard le livre "Engagez-vous", co-écrit par Stéphane Hessel et Gilles Vanderpooten, n'avait pas reçu le même accueil. "Il y a une forme de fatalisme, d'absence de débouché aux colères qu'on ressent tous", déplore Raphaël Glucksmann.

Faut-il voir un parallèle entre la structure lancée par l'essayiste et le mouvement En Marche d'Emmanuel Macron ? "Un mouvement qui porte les initiales de son fondateur, ce n'est pas une invitation au débat démocratique", tacle-t-il. Selon lui, En Marche a avant tout été créé "pour porter un homme à la présidence de la République".

L'urgence du défi climatique

Pourtant, "les inégalités sociales explosent dans toutes les démocraties libérales occidentales. La solution qui est apportée par En Marche à l'explosion de ces inégalités, c'est de souffler dans le sens du vent. Et de continuer le discrédit qui touche les structures collectives".

D'où cette nécessité de "penser en dehors des appareils politiques qui ne sont pas prompts à faire de l'auto-critique". Raphaël Glucksmann pointe alors "tous les grands défis qui nous font face", à commencer par "le réchauffement climatique, la question de la régulation des multinationales et du capitalisme mondialisé".  Pour lui, "ces questions se géreront à l'échelle européenne".

Il voit d'ailleurs l'écologie comme le premier combat à mener à l'échelon européen. "Il faut que l'Union européenne s'empare de cette question fondamentale pour l'ensemble de notre société. Le GIEC nous a donné la date de 2030. Dans 12 ans, nous basculons dans l'irréversibilité de la catastrophe climatique. Si l'Europe doit avoir un sens, c'est d'empêcher ce basculement-là."

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