Ghana : les autorités politiques et religieuses veulent faire changer le regard sur la lèpre

L'entrée de la léproserie.
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L'entrée de la léproserie. - © DYLAN GAMBA

Dans la Bible, la lèpre était déjà évoquée comme une maladie d’exclusion, qui se manifeste notamment par des lésions cutanées ou des excroissances. « L’Éternel dit à Moïse et à Aaron : Lorsqu’un homme aura sur la peau une grosseur, une dartre ou une tache blanche qui ressemblera à une plaie de lèpre sur sa peau, on l’amènera au prêtre Aaron ou à l’un de ses descendants qui seront prêtres. Le prêtre examinera la plaie qui est sur la peau. Si le poil de la plaie est devenu blanc et que la plaie paraisse former un creux dans la peau, c’est une plaie de lèpre. Le prêtre qui aura fait l’examen déclarera cet homme impur' ».

Aujourd’hui encore, même si l’Organisation mondiale de la santé (OMS) considère que la maladie ne fait plus partie depuis 2000 d’un problème de santé publique, quelque 200.000 personnes sont infectées dans le monde, dont près de 60% en Inde. « Au Ghana, même s’il est difficile d’avoir des données, on estime qu’environ 1000 personnes sont touchées par la maladie », estime le père Andrew Campbell. Le prêtre catholique irlandais, arrivé au Ghana en 1971, milite pour une meilleure inclusion des malades au sein de la société. « Je n’avais jamais vu de lépreux avant de venir au Ghana, témoigne-t-il. Ma première réaction a été un rejet, mais après m’être renseigné sur la question, j’ai vu que l’on pouvait guérir de la maladie, mais que le plus dur commençait alors pour ces personnes, car elles sont exclues de la société », poursuit Andrew Campbell.

Nous n’allons pas vous laisser seuls

Dans un pays où les superstitions sont particulièrement ancrées, être porteur de la lèpre conduit à être mis au ban. Mais les autorités politiques commencent à se saisir de la question. À l’occasion de la journée mondiale contre la lèpre, qui se déroule chaque dernier dimanche de janvier, le vice président du Ghana, Mahamudu Bawumia, a fait le déplacement à la léproserie de Weija, dans la banlieue ouest de la capitale Accra. « Il y a une vraie discrimination contre les lépreux dans le pays, certains ont même peur de leur serrer la main », avance Mahamudu Bawumia. « Nous n’allons pas vous laisser seuls », poursuit-il, à l’adresse d’une dizaine de patients de la léproserie, aujourd’hui guéris.

Parmi eux, Gladys Adobea, pensionnaire depuis son ouverture en 1950. Aujourd’hui âgée de 87 ans, la femme au dos légèrement voûté et aux fines lunettes, constate le chemin parcouru dans l’approche de la maladie. « Dans les années 50, j’ai été rejetée par ma famille qui avait peur de ma maladie, témoigne-t-elle. Aujourd’hui, je sens que les choses changent, même si la lèpre est toujours vue avec défiance ». « C’est aussi le rôle des médias et des politiques de faire passer le message que la lèpre est une maladie qui se guérit, comme vous pouvez le voir avec moi », sourit de son côté Joe Agrey, un homme de 89 ans, qui porte les stigmates de la maladie avec ses doigts repliés.

"Il est vrai que le regard commence à changer un peu au sein de la société ghanéenne, témoigne le père Andrew Campbell. Mais même pour les personnes qui ne sont plus porteurs de la maladie, le simple fait de trouver un emploi ou un logement est extrêmement difficile, voire même impossible. Le gouvernement doit véritablement se saisir de la situation avec des programmes sociaux adaptés", estime-t-il. Aujourd’hui, les lépreux, qui sont le plus souvent dans l’impossibilité de trouver un emploi, touchent une allocation mensuelle de 30 cedis soit moins de… 6 euros. "C’est vraiment ridicule et il faut changer les choses", conclut Andrew Campbell.

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